Que sont devenues les études de médecine ?

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

À la veille d’un Black Friday des blouses blanches, le Docteur Bernard Kron témoigne, avec une certaine nostalgie, de l’évolution des études de médecine.

À la veille d’un « Black Friday » des blouses blanches, le Docteur Bernard Kron témoigne, avec une certaine nostalgie, de l’évolution des études de médecine.

Par Bernard Kron

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)
Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

 

Les médecins se dressent contre l’étatisation de la médecine qui est en marche avec la Loi Santé. Parallèlement s’engage un début de réforme du troisième cycle qui ne va pas dans le bon sens. Il faudrait en effet refonder tout l’édifice depuis la base.

Je voudrais pour ce faire revenir sur l’époque des concours élitistes, en particulier de l’Internat des hôpitaux. On pouvait le passer dès la réussite de celui de l’Externat permettant d’être nommé dès la cinquième année de médecine.

Les gardes étaient fréquentes, de l’ordre de deux à trois par semaine avec un réel bénéfice formateur. On y était responsable de l’accueil, du diagnostic et des soins que l’on pensait être capable de faire sous condition qu’une anesthésie générale ne soit pas nécessaire. La petite chirurgie n’avait plus de secrets au bout de quelques mois mais les nuits sans sommeil étaient fréquentes.

En cas d’anesthésie générale, la présence du chef-de-clinique était obligatoire. Très compétents, ils nous formaient en nous laissant opérer sous leur direction. Ces gardes furent souvent des premières chirurgicales.

L’apprentissage

On vivait quasiment à plein temps à l’hôpital dans un milieu fermé, monde clos qui allait former notre propre univers pendant plus de dix ans. Les salles de gardes nous apparaissaient comme un lieu magique, amical, ludique et hors du temps. Certaines étaient décorées de fresques évocatrices encore célèbres de nos jours. On y partageait entre nous, à l’abri du monde extérieur, une vie d’échanges. Mais dès que le téléphone sonnait, l’un d’entre nous repartait vers le monde des malades et de la douleur.

Les services n’étaient pas encore spécialisés à cette époque et comportaient en moyenne une centaine de lits. Les urgences étaient nombreuses et variées. Une fois la confiance acquise, le patron nous laissait rapidement opérer après nous avoir observés en nous lâchant dans l’arène pour une première appendicite ou une hernie mais toujours aidé par un senior.

Les complications postopératoires n’étaient pas très fréquentes et ne surprenaient pas les patients car on était encore pour quelques temps un peu des magiciens. Il n’y avait de leur part aucune plainte, sauf lors de fautes réelles et avérées, ce qui était quand-même très rare.

Aider le patron pour une opération était un honneur. Souvent, nous avions alors la responsabilité des nœuds pour l’hémostase des vaisseaux et de la suture finale de l’incision sous son contrôle et ses conseils.

Le grand jour était celui de la première « grosse intervention ». Je me souviens encore de ma première gastrectomie, sous la direction du professeur Robert Aurousseau qui fut mon chef de service à l’hôpital Boucicaut en troisième année d’Internat (1967). L’angoisse de tout interne était de réussir correctement cette toute première intervention, ce qui fut le cas.

Certaines interventions lourdes et complexes sont en effet rarement pratiquées. Il faut parfois attendre des années avant d’en avoir l’opportunité et c’est de là que naîtra peu à peu l’évolution vers l’ultra spécialisation.

L’évolution actuelle

Cette époque est révolue et nombre d’Internes finissent leur Internat sans avoir fait ce type de chirurgie. Le compagnonnage en salle d’opération, base de la formation est peu à peu remplacé par les simulateurs, les mannequins et l’apprentissage sur l’animal. La chirurgie viscérale n’est plus la voie royale que j’ai connue. Elle devient avec la robotique de plus en plus ultra spécialisée.

La robotique, l’ultra spécialisation et la formation de plus en plus tardive (j’avais 29 ans le jour de mon installation en clinique) pose donc avec acuité la question que je décris dans mon livre Chirurgie chronique d’une mort programmée : « Serons-nous soignés demain ? »

Il faut ainsi peut-être revenir en arrière pour certaines spécialités et revoir de fond en comble les études de médecine.