« L’homme irrationnel » de Woody Allen

Un Woody Allen à mi-distance constante entre la légèreté, l’ironie et le plus grand sérieux.

Tout le monde ne peut pas être Antigone. Rationnel, ou irrationnel, il faut être capable d’aller jusqu’au bout de sa logique ; et, avant tout, de dépasser la médiocrité.

Par Johan Rivalland

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Envie de vous distraire un peu ? Alors pourquoi pas une petite sortie au cinéma ?

« L’homme irrationnel ». Le titre me plaisait bien et j’aime partir dans l’inconnu lorsque je vais au cinéma. Pas tout à fait, car le réalisateur ne m’était pas tout à fait inconnu. Un certain… Woody Allen.

J’ai déjà traité, ici, de l’homme compassionnel, ou encore de l’homme révolté. Mais aussi des convictions irrationnelles. Que réservait donc ce titre mystérieux ? Un peu un mélange de tout cela, d’une certaine manière.

L’histoire d’un professeur de philosophie un peu dévasté, ancien idéaliste, et séducteur, à présent devenu sans illusion et pessimiste à la fois sur l’humanité et le sens de la vie. Mais aussi sur le sens de la philosophie, dont il pense avec le recul qu’elle ne s’apparente parfois qu’à de la « masturbation intellectuelle » (ici, Emmanuel Kant et sa Critique de la raison pure sont particulièrement visés).

Manifestement, ce professeur a été très inspiré par l’existentialisme de Kierkegaard, mais aussi Jean-Paul Sartre. Et Hannah Arendt continue de l’imprégner à travers son concept de « banalité du mal », de même qu’il reste fasciné par un écrivain qui, selon lui, « a tout compris » : Dostoïevski.

Une seule valeur, en fin de compte, devrait guider les êtres humains : l’action. C’est, en quelque sorte, à l’Homme de se déterminer lui-même (« l’homme est la mesure de toute chose » ?). Tout le reste ne serait que verbiage.

Ce professeur en pleine déprime et en mal d’inspiration va donc se retrouver sur un nouveau campus, où sa réputation d’esprit libre et peu conventionnel le précède. Il est vrai que l’on va constater à quel point cet homme peut être parfois, surtout sous l’influence de l’alcool, aussi excentrique, voire dangereux, qu’il est intelligent et réelle force de séduction. Y compris auprès de son jeune public estudiantin…

Je ne peux malheureusement pas en dire plus, pour ceux qui voudraient aller voir le film. Mais il s’agit d’un film à la Woody Allen, c’est-à-dire à mi-distance constante entre la légèreté, l’ironie et le plus grand sérieux. Mi-drôle, mi-sarcastique. Mi-cinéma, mi-réalité. Mi-rêve, mi-réalisme. Mi-lenteur, mi-célérité.

Avec, de manière diffuse, ses thèmes habituels, mais aussi comme toujours une vraie intrigue. Même si ce n’est probablement pas le plus grand film du réalisateur. Mais on passe toutefois un bon moment.

  • L’homme irrationnel, film américain de Woody Allen (sortie nationale le 14 octobre 2015), avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jaimie Blackley. Durée : 1h35min.