Fonctionnaires : Les absents ont tort. Les présents ont une prime !

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Les fonctionnaires sont-ils si paresseux qu’il faille les payer davantage pour qu’ils se rendent à leur travail ?

Par Baptiste Créteur.

Pour lutter contre l’absentéisme dans la fonction publique, certains fonctionnaires sont désormais payés pour aller au travail. Comme beaucoup de gens qui, me direz-vous, touchent chaque mois leur salaire. À une différence près. En plus de leur salaire, certains fonctionnaires perçoivent des « primes de présentéisme » : une prime qui récompense, en plus d’avoir un travail, le fait de s’y rendre.

C’est ainsi que le maire de Florensac veut lutter contre l’absentéisme, un fléau qui frappe étrangement la fonction publique. En offrant 600 euros par an aux bons élèves, le maire de Florensac peut se targuer d’un taux d’absentéisme 3 fois inférieur à la moyenne nationale des mairies (3,8% contre 11,7%). Son expérience n’a pas seulement le mérite d’indiquer que l’absentéisme moyen dans les mairies devrait être à 3,8%, ou que l’on pourrait ainsi faire économiser au contribuable 8% de la masse salariale des mairies. Elle vient corroborer d’autres études menées sur cette espèce particulière de salarié qu’est le fonctionnaire.

Le fonctionnaire bénéficie de l’emploi à vie et d’une progression automatique. Il bénéficie d’un régime spécial et particulièrement avantageux de protection sociale. Et son travail consiste à remplir des missions que l’État s’est arrogées, à juste titre ou non. Bien que son comportement au travail soit en bien des points différent de celui du salarié du privé, le fonctionnaire est un cobaye tout indiqué pour les expériences sociales : le fonctionnaire ne risque absolument rien, et peut donc à peu près tout se permettre.

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Il ne faudrait pas tomber dans le piège de la généralisation. S’il était nécessaire de le rappeler, c’est maintenant chose faite : certains fonctionnaires sont des personnes dévouées qui font très bien leur travail. Certaines professions ne sont d’ailleurs accessibles qu’en devenant fonctionnaire. Et après tout, on voit mal pourquoi quiconque se priverait des conditions de travail avantageuses offertes par la fonction publique, ce qui ne nécessite en rien d’être un tire-au-flanc. Le problème, c’est que tous les bons fonctionnaires en prennent pour leur grade quand les mauvais fonctionnaires tombent dans les pièges tendus par des scientifiques sournois et tordus.

En 2012, ces expérimentateurs fous ont instauré un jour de carence pour les fonctionnaires, sachant que dans le privé, il y en a 3. Pour mesurer l’assiduité des fonctionnaires, le premier jour d’absence pour cause de maladie n’était plus remboursé. Et les mauvais fonctionnaires sont bien sûr tombés dans le panneau : ils ont modifié leur comportement, démontrant ainsi que jusqu’alors, ils se moquaient du monde. L’absentéisme avait diminué de 43% dans la fonction publique territoriale et 40% dans la fonction publique hospitalière.

On pourrait bien sûr penser que de telles mesures, conçues pour quantifier les abus dans la fonction publique, seraient ensuite utilisées par les responsables de l’État pour assurer la meilleure gestion des affaires publiques et redorer le blason des fonctionnaires vertueux. Mais ce n’est étrangement pas le cas : le jour de carence a été supprimé, pour des raisons qui échappent à nombre de contribuables. Et les primes de présence sont présentées comme un outil de lutte contre l’absentéisme, comme si les fonctionnaires étaient des gens si paresseux qu’il faut les payer davantage pour qu’en plus d’avoir un travail, ils s’y rendent.

C’est évidemment le citoyen qui est perdant, souffrant de ces absences lorsqu’il a besoin des services de l’État et parce qu’il les finance. Mais il faudrait être bien naïf pour penser que l’État est au service des citoyens, n’est-ce pas ?