Les secrets des marchands de tapis… et des banquiers centraux

Qu’est-il arrivé dans le monde de l’argent tandis que nous suivions les traces d’Ulysse ?

Par Bill Bonner.

Parthenon - Credits Konstantinos Dafalias (CC BY 2.0)

Vendredi dernier, nous avons fait le tour des ruines d’Éphèse. Nous avons repris le bus pour Kusadasi (à côté d’Éphèse sur la côte de Turquie). Là, notre groupe d’archéologues amateurs et de médecins à la retraite a été invité à s’asseoir à l’ombre, dans la salle d’exposition d’un marché de tapis.

« Je sais que vous avez entendu dire que les marchands de tapis sont des voleurs. Et c’est vrai. Tous mes concurrents sont des escrocs. Je suis le seul marchand de tapis honnête dans cette ville. Mais je ne vais pas vous vendre n’importe quoi que ce soit. Je veux juste vous montrer comment sont fabriqués de bons tapis turcs ».

On nous a servi des verres de raki, l’alcool turc, pendant que le vendeur poursuivait.

« Seules trois choses comptent. Le matériau. le nombre de nœuds au centimètre carré. Et si le tapis vous plaît ».

Il déroulait un tapis après l’autre, expliquant comment chacun était fait… progressant petit à petit vers des tapis de plus en plus grands et de plus en plus somptueux. Finalement, un magnifique tapis entièrement en soie, de 3m sur 4, fut ouvert sur le sol tandis que notre groupe poussait des oooh et des aaah d’admiration. Le raki faisait effet.

« Combien coûte celui-là ? demanda l’un de nos co-voyageurs.

Oh… je ferais mieux de vous donner un autre verre de raki avant de vous le dire… »

Il était bon vendeur. Charmant. Instructif. Enjoué. Et les tapis continuaient d’arriver… l’un après l’autre, comme des vagues d’infanterie sur une plage, chacun gagnant plus de terrain. Les gens qui n’avaient aucune intention d’acheter un tapis en arrivant dans sa boutique n’ont pas tardé à hisser le drapeau blanc, se demandant lequel irait mieux avec leurs rideaux et leurs meubles.

Nous avons regardé autour de la pièce. Qui allait payer pour cette présentation, nous sommes-nous demandé ? Les tapis étaient superbes. Mais ils n’étaient pas bon marché. Le propriétaire avait mis toute sa force de vente sur le terrain. Quelqu’un devait payer. Le gentil couple de Houston, qui construisait une nouvelle maison ? Le médecin et sa femme, de Pennsylvanie ? L’Anglais ? La Française ?

D’Éphèse à Ben Bernanke

Éphèse fait partie de tout un archipel de cités fondées par des peuples hellénophones dans le Bassin méditerranéen. L’île et, sur le continent, ce qui est désormais la Grèce moderne étaient habités par des peuples non-indo-européens (comme les Minoens) jusqu’au milieu du deuxième millénaire av. J.C. Puis sont arrivés les Grecs… ou les proto-Grecs.

Ils ont développé leur culture mycénienne et ont dominé la région jusqu’à 1 100 av. J.C. environ. Personne ne sait ce qui en est à l’origine mais, par la suite, leur civilisation est entrée en déclin. La population a diminué. Les gens oublièrent d’écrire et de lire. Les historiens grecs accusèrent une invasion de Grecs moins civilisés, les Doriens. Les historiens modernes n’ont pu ni confirmer ni infirmer cette affirmation. Mais 1 100 av. J.C. a été une mauvaise époque pour la civilisation méditerranéenne. Les Hittites et les Égyptiens ont eux aussi eu des problèmes. Les « Peuples de la Mer », quels qu’ils soient, terrorisaient tout le monde.

Après un « âge sombre » qui a duré environ 300 ans, les Grecs se sont remis sur pied. Homère est apparu. L’alphabet phénicien fut adopté. Quelques siècles plus tard, Aristote instruisait Alexandre le Grand.

Mais attendez. Qu’est-ce que tout ça a à voir avec l’investissement ? Qu’est-il arrivé dans le monde de l’argent tandis que nous suivions les traces d’Ulysse ?

Eh bien, les choses semblent avoir suivi leur cours en notre absence. Le Dow est de retour au-dessus des 17 000 points.

Bloomberg note que les investisseurs sont devenus soudain plus riches… grâce aux manipulations des banques centrales :

« Les actions mondiales, les matières premières et les devises de marchés émergents sont en route pour leurs meilleures semaines depuis des années, prolongeant un rallye qui a ajouté environ 2500 milliards de dollars aux marchés d’actifs alors que les banques centrales ne montrent aucun désir de ralentir leurs mesures de relance avant longtemps ».

Par ailleurs, Ben Bernanke a sorti un nouveau livre dont le titre démontre le culot le plus éhonté que nous ayons jamais vu, Le courage d’agir. C’est ainsi qu’il appelle ses manipulations de marché en réaction à la crise de 2008. Au lieu de laisser les marchés corriger le problème de la dette, M. Bernanke a eu des sueurs froides, a paniqué et a injecté plus de crédit. Le résultat de cette lâcheté, c’est qu’aujourd’hui, le monde est confronté à une crise encore plus énorme.

(Nous avons commandé un exemplaire de son livre… et nous nous abstiendrons de tout sarcasme et moqueries jusqu’à ce que nous l’ayons lu).

En attendant, de retour en Turquie, nous avions laissé Elizabeth et les autres touristes dans la boutique de tapis pour aller nous promener dans la ville. Une fois tous de retour sur le bateau, nous avons demandé :

« Alors, est-ce que quelqu’un a acheté un tapis ?
Oui, moi, j’en ai acheté deux » a répondu l’épouse de notre correspondant.

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