Canada : les bavures du complexe militaro-industriel

Comment le Canada est-il devenu le 15ème plus grand exportateur d’armes ?

Par le Minarchiste.

F-35 credits Rob shenk (CC BY-SA 2.0)

Pour plusieurs Canadiens, leur pays est plutôt pacifique et peu belliqueux. Les activités militaires canadiennes ne se limiteraient qu’à des missions de paix et humanitaires, et non à des agressions. La vérité est toute autre.

Tout commence quand le Canada joint l’OTAN en 1949. Cette coalition vise à contrer le bloc communiste durant la Guerre Froide, durant laquelle les dépenses militaires augmentent considérablement et que de nombreuses bases étrangères sont établies.

Puis, le Premier ministre Lester B. Pearson propose aux Nations-Unies en 1956 la formation d’une force de maintien de la paix, ce qui lui vaudra un prix Nobel de la paix. Cette force sera d’ailleurs menée par un Canadien au Congo en 1963, un dénommé Jacques Dextrase.

La solution trouvée consista à ce que l’OTAN devienne la «police mondiale ». Les États-Unis utiliseraient l’OTAN pour :

  • assurer leurs intérêts géopolitiques,
  • court-circuiter l’ONU, de laquelle les États-Unis ont d’ailleurs perdu le contrôle suite aux décolonisations,
  • donner l’impression que les actions des Américains ne sont pas unilatérales puisque soutenues par les alliés de l’OTAN,
  • garder le complexe militaro-industriel actif,

La première intervention majeure de l’OTAN eut lieu en Yougoslavie, ce qui mena à l’affreux bombardement de 1999. Ce faisant, l’OTAN a violé ses propres règles puisqu’aucun pays de l’OTAN ne faisait l’objet d’une attaque. Il s’agissait plutôt d’une insurrection des indépendantistes du Kosovo contre le pouvoir Serbe. Notez qu’environ 10% des bombes lancées sur la Serbie, lesquelles ont tué des milliers de civils et détruit des infrastructures importantes telles que des ponts traversant le Danube, l’ont été depuis des aéronefs canadiens.

Le Canada était d’ailleurs très belliqueux à l’époque, voulant à tout prix faire plaisir aux Américains. Est-ce que les États-Unis respecteraient quand même l’ALENA si le Canada n’obtempérait pas ? Se mettraient-ils à obstruer la frontière pour nuire aux exportations canadiennes ? Diminueraient-ils leurs achats d’équipement militaire canadien ? Les dirigeants canadiens craignaient cela énormément, d’où leur docilité.

Il est vrai que les Serbes ont commis des atrocités et niaient au Kosovo son droit à l’auto-détermination. Cependant, l’intervention de l’OTAN n’avait aucune légitimité et l’armée Canadienne n’avait pas à y participer. Une chose est sûre, ce n’était pas du tout une mission « humanitaire » comme le prétendaient plusieurs politiciens. D’ailleurs, pour ceux qui me rétorqueront que les Serbes ont commis des atrocités, ce qui justifiait l’intervention, alors pourquoi l’OTAN n’est pas intervenue dans d’autres pays où de biens pires actes furent commis, comme par exemple au Timor Oriental, où des crimes furent commis par l’Indonésie pour étouffer le mouvement d’indépendance du Timor ? La différence est souvent que dans ces autres pays, le dictateur en place agit avec le soutien explicite des États-Unis, comme par exemple Soeharto dans le cas de l’Indonésie.

Évidemment, suite à la destruction de la Serbie, il fallait reconstruire, mais comme l’économie était ruinée, le gouvernement Serbe n’avait pas l’argent. Intervient alors la Banque Mondiale et les institutions d’aide internationale des pays de l’OTAN, toutes excitées d’octroyer des prêts et des subventions pour des projets de reconstruction, à condition que des contrats soient octroyés à des pays fournissant ladite aide. Ces projets sont souvent inadéquats et ne sont pas économiquement viables, mais ils assurent que la monnaie fiat de la banque mondiale et l’argent des contribuables canadiens finissent en profits pour les firmes bénéficiant de ces lucratifs contrats (voir ceci).

La seconde mission d’envergure de l’OTAN fut l’invasion de l’Afghanistan en 2001, encore une fois sans résolution de l’ONU. Le même scénario s’est répété. Ce que l’on constate est que l’OTAN ne mène pas d’interventions défensives, mais bien des guerres d’agression.

La plus récente intervention de l’OTAN fut en Libye, laquelle opération fut menée par un général Canadien et où environ 10% des forces furent fournies par le Canada. Au moins cette fois-ci, l’ONU avait approuvé, pour ce que cela vaut…

Le complexe militaro-industriel canadien

Ceci dit, le gouvernement canadien a lui aussi développé son complexe militaro-industriel en vertu de ces campagnes guerrières. Le gouvernement aide cette industrie par des subventions directes et des contrats gonflés. L’industrie canadienne de l’armement avait des revenus de $12 milliards en 2012. Sur le plan mondial, le Canada est devenu le 15ème plus grand exportateur d’armes (2009-2013). Le plus grand acheteur est les États-Unis…

Les organismes impliqués sont, entre autres, Industrie Canada, la Corporation de Développement des Exportations et même le Fonds de Pension du Canada. Mais l’industrie bénéficie aussi de subventions plus subtiles à travers les contrats sans appel d’offre, qui permettent aux firmes impliquées de gonfler la facture.

En septembre 2015, l’émission Enquête de Radio-Canada révélait que 30% des contrats de dépenses militaires sont octroyés sans appel d’offre. C’est General Dynamics Canada qui en a été le plus grand bénéficiaire, mais on pourrait aussi penser au gigantesque contrat des F35 accordé à Lockheed-Martin, ainsi qu’au contrat naval octroyé à Irving et Seaspan.

Ainsi, le gouvernement octroie un contrat à General Dynamics sans appel d’offre pour de l’équipement dont nous n’avons pas vraiment besoin ; en échange de quoi la firme américaine maintient et/ou crée des emplois dans sa division canadienne. Les politiciens peuvent ensuite utiliser ces emplois comme levier politique.

Ce que l’on constate est que les politiciens utilisent donc les contrats militaires sans appel d’offre comme caisse électorale. Le processus est d’ailleurs facilité par la connivence entre les haut-gradés de l’armée et l’industrie. Gordon O’Connor, un ancien lobbyiste de General Dynamics, était brigadier général avant d’être nommé au ministère de la Défense. Louis de Sousa, brigadier général, travaille pour General Dynamics. Même chose pour le colonel Mark Campbell.

En mai 2008, le gouvernement Conservateur a dévoilé sa « wish list » de dépenses militaires, soit la Première Stratégie de Défense Canadienne, laquelle prévoyait $490 milliards de dépenses sur 20 ans. Mais en 2011, ce plan fut déclaré trop dispendieux. Pour l’année 2014-2015, le budget militaire chuta à $18.2 milliards, soit environ 1% du PIB, le plus bas niveau depuis les années 1930.

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L’autre scandale militaire récent concerne les avions de combat F-35. Le programme F-35 a débuté en 1997. Les pays participants contribuent à la conception, ainsi qu’à la fabrication et s’engagent à en acquérir une certaine quantité, en échange de quoi des entreprises locales obtiennent des contrats de Lockheed.

C’est en juillet 2010 que l’administration Harper a annoncé l’acquisition de 65 F-35 pour remplacer la flotte de CF18 pour $16 milliards, avec livraison prévue en 2016. Le mandat fut accordé sans appel d’offre à Lockheed-Martin, mais il n’existe apparemment aucun contrat officiel, ce qui implique que la commande peut être annulée sans pénalité (en théorie). Il est cependant clair qu’advenant annulation, certaines entreprises canadiennes perdraient d’importants contrats (et les emplois qui vont avec)…qui totaliseraient $10.5 milliards.

L’un des avantages de ce jet est son inter-opérabilité avec ceux des alliés de l’OTAN, dans la mesure où on pense que la participation du Canada à ces missions est souhaitable (vous aurez deviné que ce n’est pas mon opinion). Cependant, le F-35 n’offre aucun avantage pour ce qui est des missions d’interception en territoire canadien. À cet égard, des alternatives beaucoup moins dispendieuses existent sur le marché.

En 2013, le coût du programme F-35 avait grimpé à $71 milliards. En 2014, la livraison fut reportée à 2018. Le gouvernement doit donc prolonger la vie utile des CF18. En ce qui concerne l’élection fédérale de 2015, le Parti Libéral et le NPD ont déclaré vouloir lancer un appel d’offre. Ce programme est un véritable fiasco en devenir…

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Finalement, lorsqu’il est question de l’industrie canadienne de l’armement, il ne faut pas oublier que le gouvernement fédéral joue, avec plaisir, l’entremetteur entre les entreprises et les gouvernements étrangers, dont notamment l’Arabie Saoudite, qui utilise ensuite ces armes de manières souvent inacceptables (voir ceci).

Conclusion

Voici les principaux points à retenir :

  • Les missions de l’OTAN auxquelles le Canada participe sont des guerres d’agressions et non des opérations humanitaires.
  • La participation du Canada vise à rester dans les bonnes grâces des États-Unis pour qu’ils maintiennent le libre-échange et particulièrement leurs importations d’équipements militaires du Canada.
  • L’industrie canadienne de la défense est bien connectée politiquement ce qui lui permet d’obtenir des contrats gonflés sans appel d’offre et des subventions directes.
  • En échange, les politiciens utilisent ces annonces de contrats et d’emplois pour mousser leur popularité aux frais des contribuables.

Si le Canada quittait l’OTAN et se concentrait sur la défense intérieure, nos dépenses militaires pourraient être réduites considérablement. De plus, la réduction des subventions à cette industrie permettrait aussi aux contribuables d’économiser. Mais ce genre d’austérité ne plaît pas au gouvernement, peu importe le parti au pouvoir…

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