Gaz et pétrole de schiste : une promesse de croissance ?

Une nouvelle ère d’abondance gazière et pétrolière s’est ouverte aux États-Unis grâce au « Cowboyistan ».

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Gaz et pétrole de schiste : une promesse de croissance ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 octobre 2015
- A +

Par Michel Gay1

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L’extraction des gaz et pétrole de schiste aux États-Unis va permettre à ce pays de devenir exportateur. La construction de terminaux pour exporter du gaz liquide vient d’être autorisée. Bien que la mise en exploitation de ces gisements ait suscité des contestations, elle n’a pas eu de conséquences écologiques néfastes majeures.

Pendant ce temps, la France, les yeux rivés sur la conférence internationale sur le climat de décembre 2015 à Paris (COP 21), se voile la face en s’offusquant : « cachez ce sein que je ne saurais voir ! »

Les trois grands gisements de pétrole2 non conventionnel mis en exploitation à partir de 2006 ont été baptisés « Cowboyistan ». En 2014, leur production a atteint 4,5 millions de barils par jour, soit plus que celle de… l’Iran ou de l’Irak. Les réserves sont considérables, et même supérieures à celles de la plupart des pays de l’OPEP3.

Ce pétrole « non conventionnel » représente une menace non pas écologique mais… géopolitique. Il serait à l’origine de la décision de l’Arabie Saoudite de maintenir, voire d’augmenter sa production (afin de compenser partiellement la chute de ses ressources) pour faire baisser les cours qui sont passés de 120$ le baril à 60$ en trois mois. Il s’agissait d’affaiblir l’Iran à un moment où la rivalité religieuse entre chiites et sunnites atteignait son paroxysme. Et les pays occidentaux, l’Amérique en tête, n’étaient pas mécontents de sanctionner du même coup la Russie.

Les cours du pétrole ont donc été divisés par deux pour le plus grand profit des pays importateurs, mais cela n’affaiblira probablement pas les nouveaux producteurs américains. La baisse des cours actuels résulte avant tout d’un excès de l’offre sur la demande. C’est d’ailleurs le contraire de tout ce qui a pu être clamé depuis 20 ans sur la « raréfaction des ressources naturelles ». La fameuse théorie du « peak-oil » prophétisée, entre autres, par Yves Cochet4, prévoyait un maximum de production en 2000, puis un déclin rapide inexorable. Cette prédiction anxiogène abondamment reprise par les médias est passée aux oubliettes…, comme beaucoup d’autres sur les ressources de la terre.

Grâce aux progrès accomplis dans les techniques d’exploration et d’extraction, une ère durable… d’abondance des énergies fossiles se profile (plusieurs dizaines d’années). Cette renaissance a pris son envol aux États-Unis et pourrait s’étendre à d’autres régions, notamment en Europe, lorsque les industries pétrolières seront autorisées à travailler (prospection, extraction).

C’est donc la géologie qui a été déterminante dans la chute des cours, bien plus que la géopolitique. Cette baisse ne dissuade pas les nouveaux producteurs américains de poursuivre leur conquête du marché car l’exploitation des puits « non conventionnels » est plus flexible que les gisements traditionnels. La baisse des prix a ainsi d’abord conduit à différer les projets dans les secteurs traditionnels. Le Canada, l’Australie et la Norvège ont annoncé des réductions d’investissement de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Mais les réserves existent et elles seront exploitées… plus tard.

gaz de schiste rené le honzecDans le « Cowboyistan », près d’un tiers des forages a été arrêté depuis le début de l’année et les prévisions de production en 2015 se situent en léger retrait par rapport au record de 2014. Les commentaires saluant le succès de la stratégie de l’OPEP (contre le pétrole de schiste américain) ne sont pas justifiés. Le nombre de puits n’est pas un indicateur pertinent puisque la production peut varier beaucoup d’un puits à l’autre, et les opérateurs ont commencé par fermer ceux qui étaient les moins productifs. L’objectif, à terme, est bien de faire remonter les prix. Lorsqu’ils atteindront un certain seuil, les gisements non conventionnels seront remis en marche. Les progrès accomplis dans les techniques d’extraction permettent une exploitation rentable entre 60 et 75 $ par baril. Les prix resteront donc durablement bas…

Les défis auxquels sont confrontés les nouveaux producteurs américains sont d’une autre nature.
En effet, les États-Unis interdisent l’exportation du pétrole brut extrait sur leur sol, et les capacités de raffinage du pays sont saturées. Dans le passé, le parc a été restructuré pour traiter le pétrole lourd produit notamment au Vénezuela, ou à partir des gisements bitumineux du Canada. Or, le pétrole produit dans le « Cowboyistan » est au contraire du pétrole « léger », propice à la transformation en essence. C’est un avantage à condition de disposer des outils de raffinage.

En résumé, la vraie raison du coup d’arrêt récent à la croissance de la production du pétrole non conventionnel est l’impossibilité technique de pouvoir en raffiner davantage sur le sol américain !

Les producteurs ont donc demandé la levée de cette interdiction d’exportation pour leur offrir l’ouverture sur le marché mondial et, parallèlement, l’outil de raffinage sera progressivement adapté aux nouvelles conditions du marché. À l’avenir, l’évolution des cours mondiaux du pétrole ne va donc plus dépendre des choix de l’OPEP, mais des décisions qui seront prises aux États-Unis.

Une nouvelle ère d’abondance gazière et pétrolière s’est ouverte outre-Atlantique. Elle dope les performances des industries américaines qui bénéficient déjà d’un prix bas de l’énergie, et d’un accès privilégié à ces matières premières énergétiques essentielles pour les activités économiques, y compris pour la chimie (plastiques, engrais,…).

Paradoxalement, grâce à la réduction de l’utilisation du charbon, remplacé par le gaz (deux fois moins émetteur de gaz carbonique), cette révolution « tranquille » contribuera à une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis… comme l’a promis récemment Obama pour arriver triomphant en décembre à Paris à la COP 21 !

La France, pendant ce temps, veut réduire la part de sa production nucléaire et plante des éoliennes…

  1. Inspiré par un texte d’Alain Boublil
  2. Eagleford au Texas, New Permian, à cheval entre le Texas et l’Arizona, et Bakken dans le Dakota du Nord.
  3. OPEP : Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole
  4. Dans son livre « Pétrole apocalypse » paru en juillet 2005
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  • Bonjour,

    Vous dites que le pétrole non-conventionnel est rentable à partir de 60 $, si on reste dans la zone 40-50$, vont-ils continuer à l’expoiter ? Est-ce vrai que ce secteur utilise énormément de crédit pour fonctionner ? Est-ce vrai que la durée d’un puit non-conventionnel est bien plus courte et qu’il faut en forer en permanence pour extraire ces hydrocarbures ?

    http://business.financialpost.com/news/energy/u-s-shale-oil-is-staring-into-the-abyss-and-opec-will-push-it-over-the-edge

  •  » cette révolution « tranquille » contribuera à une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis »
    j’aimerai connaitre le nom du miracle permettant un tel résultat en produisant plus d’hydrocarbures ,plus de véhicules, plus de plastiques plus d’engrais… !

    • « le nom du miracle permettant un tel résultat »

      Ce miracle s’appelle la chimie : le charbon est pur carbone donc produit uniquement du CO2 alors que le gaz est composé d’hydrocarbures qui produisent du CO2 et de l’eau. L’auteur met seulement en avant dans ce passage que l’exploitation du charbon est « politiquement incorrecte » et que Obama en profite pour brasser du vent écologique. Tant qu’on est dans le NQ21 (le n’importe quoi 21), pourquoi se priver ?

      • @Pragmat, non le charbon n’est pas pur carbone, loin de là, et il y en de nombreuses variétés. Il contient aussi de l’hydrogène. Mais il produit presque deux fois plus de CO2 que le gaz naturel pour une même quantité d’énergie de combustion. D’autre part, le gaz a un avantage supplémentaire dans la production d’électricité, car on atteint maintenant des rendements de 60% avec le gaz quand les centrales à charbon plafonnent à 45%

  •  »
    d’abondance des énergies fossiles se profile (plusieurs dizaines d’années)
     »

    On parle du progrès de demain, mais on peut également analyser le progrès « jusqu’à aujourd’hui ». Hors, depuis les années 30, alors que le progrès a été fulgurant dans tous les domaines, nous sommes passés d’un EROI de 1/80 à 1/7 . Pourquoi le progrès ne permet il pas, au contraire, d’améliorer ce rendement ? Que peut on oser conclure sur l’exploitabilité réelle du stock ? (autrement que par « and then a miracle occurs »)

    on arrêtera d’aller forer du pétrole quand il faudra 1l équivalent pétrole d’énergie pour pomper 1l …

    • L’EROI est de la masturbation intellectuelle pour Khmer Vert. Un bête capitaliste ne se soucie que de rentabilité et n’a pas besoin de pseudo indicateur d’efficacité à la con : si il dépense une grande part du bénéfice pour produire, ce n’est évidemment pas rentable à cause du marché et pas de Gaïa.

      Mais le savoir faire des entreprises est de trouver moyen de réduire leur couts de production ou de fermer, et donc ce ratio n’est pas immuable et conditionne seulement le marché (et non pas le nombre de moulins à vent à installer, de contribuables à plumer ou de personnes à euthanasier).

      • Non, je ne suis pas de cet avis. C’est un indicateur de performance, comme il y en a dans toutes les entreprises. En tant qu’entrepreneur, ou même scientifique, vous avez besoins d’indicateurs de performance, ne serait ce que pour prévoir la suite.
        Et ici, nous ne sommes pas de « bêtes capitalistes » (enfin, on essaye)

        Ce qui chagrine avec cet indicateur, c’est qu’il met à mal un dogme, et par conséquent, tel Cassandre, on réfute cet indicateur. Dire qu’il y a du stock : c’est vrai. Dire que l’on pourra donc l’exploiter sans contrainte, pour le moment c’est difficile à croire. Prétendre que les progrès s’affranchiront de ces contraintes, a coup de yaka & faucon : c’est un peu croire au père noël, parce que jusqu’à présent ça a plutôt échoué.
        Alors il y aura inévitablement des progrès dans ce domaine, mais il y en aura également dans d’autres, au risque même de faire passer l’hydrocarbure comme un ringardise du 20ieme siècle.

        Et laisse les cambodgiens en dehors de ça.

        • Moi ce qui me chagrine c’est l’idée de vouloir mettre en équation le futur. Qu’un ingénieur utilise des lois, de abaques, des simulations … cela est son métier. On lui demande de trouver une solution ou de réaliser une tâche et il fait de son mieux.

          Le rôle du décideur est d’obtenir un maximum d’avis et d’être prudent. Le rôle du marché est de sélectionner les bonnes solutions et les bons décideurs. Et c’est ainsi et seulement ainsi que ça fonctionne.

          La médiatisation de l’expertise et de la technicité n’est de plus en plus que de la propagande pour la planification, avec toujours bien sur des buts politiques. Techniquement les solutions existent ou pas pour résoudre un problème particulier. On les trouvera ou pas dans un avenir proche ou lointain. On ne peut en aucun cas faire des prévisions – quand bien même on est un spécialiste du domaine. Il faut absolument mettre un frein aux décisions politiques basées sur des prospectives douteuses : c’est le rôle du marché de choisir les bonnes solutions et de rejeter les mauvaises.

  • Le problème, c’est qu’avec la guerre des prix, on peut facilement imaginer que la protection de environnement doit être le dernier des soucis des producteur de schiste.
    L’Amérique joue avec le feu, risquant de graves pollutions irréversibles.
    Concernant les gaz de schistes, on vient depuis peu d’observer de forte concentration de méthane et d’éthane dans l’atmosphère européenne, directement made in USA, qui n’ont aucun contrôle sur les fuites générées par leur exploitation.
    Ça finira forcément mal, Obama lui même semble en prendre conscience, et je fais le pari qu’après la fin de son mandat, il va s’engager dans la lutte contre cette industrie.

    • « on vient depuis peu d’observer de forte concentration de méthane et d’éthane dans l’atmosphère européenne, »

      « Ça finira forcément mal »

      Surtout ne craquez pas une allumette !

  • La chute des cours a été provoquée au moins autant par la politique monétaire des banques centrales, et en particulier par la remontée du dollar que par l’excès d’offre sur la demande. En fait, la production de pétrole mondiale n’a pas beaucoup changé, et est peut-être déjà en diminution. Serait-ce déjà l’arrivée du Peak-Oil, 5 ans avant les prévisions?

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