Interdire les armes à feu pour lutter contre la violence ?

Sylvain Bourdos-introducing my family(CC BY-ND 2.0)

Arguments de bon sens s’opposent aux incantations magiques.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis
Un article de Reason

Sylvain Bourdos-introducing my family(CC BY-ND 2.0)
Sylvain Bourdos-introducing my family(CC BY-ND 2.0)

 

Ce qui passe pour une réflexion sur la prévention de la violence par arme à feu n’est en rien une réflexion. La réflexion (dans le sens de solutionner des problèmes) est une recherche des moyens qui peuvent être raisonnablement mis en place pour atteindre un objectif. Par raisonnablement, j’entends la fourniture d’arguments justifiés pour démontrer à des personnes raisonnables la connexion entre les moyens et les fins. Ce que nous avons de la part des défenseurs du contrôle des armes n’est en rien cela : à la place, ils se positionnent dans une croyance mystique selon laquelle prononcer certains mots – c’est-à-dire codifier la bonne incantation – permettra d’atteindre l’objectif.

Nous savons que ces derniers croient en la magie plutôt qu’en la logique parce que ceux qui proposent de restreindre les droits individuels concernant la détention d’armes considèrent qu’il n’y a pas besoin d’expliquer pourquoi leur proposition réduirait ou stopperait la violence par arme à feu. Pour eux, il est suffisant de déclarer solennellement que cela sera le cas et d’invoquer des sondages montrant qu’une majorité de gens y croient également, quel que soit ce qui est proposé.

Qu’est-ce que la croyance a à voir avec cela ?

Faire voter « des lois de bons sens sur les armes à feu » empêcherait des tueries de masse, disent les défenseurs du contrôle des armes. La vérification « universelle » des antécédents des détenteurs d’armes est la proposition la plus populaire. Néanmoins, comment expliquer que cela permettrait d’atteindre l’objectif ? Non seulement ce n’est pas expliqué ; les gens supposément payés pour poser ce type de questions – les journalistes – ne le font jamais. La plupart opère également sur la base de croyances mystiques.

Analysons l’argument relatif à la vérification des antécédents. Le terme indique que tous les acheteurs d’armes à feu en devenir devraient se soumettre à une vérification. Même en laissant de côté les récents meurtriers de masse qui ont validé les vérifications d’antécédents, nous savons que les vérifications universelles sont impossibles quelle que soit la législation en place car les acheteurs sur le marché noir, les trafiquants d’armes, et ceux à qui l’on a donné des armes ne seront pas inclus dans le processus.

Des objections similaires s’appliquent aux autres propositions mystiques du lobby anti arme à feu. Chacune de ces propositions laisserait sans contrôle ceux qui obtiennent leurs armes par des canaux déjà illégaux. Nous ne pouvons pas raisonnablement attendre que les personnes qui prévoient de commettre des attaques violentes soient découragées par des restrictions supplémentaires relatives à l’achat et à la possession d’armes. La non-prise en compte obstinée d’une telle évidence est le signe d’une croyance mystique.

Nous assistons aux mêmes effets dans l’approche du type « santé mentale » pour empêcher la violence par arme à feu. Certains conservateurs apprécient cette approche probablement parce que cela détourne l’attention des armes. Mais, en proposant, comme Mike Huckabee et d’autres l’ont fait, que le gouvernement « doit faire un meilleur travail sur le sujet de la santé mentale » – quoique cela signifie -, cela ne nous apprend rien sur la façon dont cela empêcherait la violence par arme à feu. Qu’est-ce qui justifie la croyance selon laquelle des psychiatres et autres spécialistes du domaine pourraient prédire avec une précision raisonnable qui commettra des meurtres de masse ? (Les psychiatres ne sont pas connus pour être compétents quand il s’agit de prédire qui deviendra violent parmi leurs propres patients). N’est-ce pas plus probable que des personnes qui n’auraient jamais commis d’actes violents soient droguées et emprisonnées (dans des « hôpitaux »), pendant que d’autres, qui n’ont jamais été suspectées d’être dangereux, commettraient des actes terribles ? En entendant des phrases comme « faire un meilleur job en termes de santé mental », on frémit en pensant aux implications sur les libertés civiles. Voulons-nous que la police ait une unité d’anticipation des crimes ?

En opposition aux incantations proposées par les professionnels de la politique publique mystique, les défenseurs du droit aux armes proposent des mesures qui peuvent être raisonnablement efficaces pour empêcher ou réduire l’étendue des meurtres de masse : par exemple, supprimer les zones, listées par le gouvernement, à l’intérieur desquelles les armes sont interdites (les propriétaires terriens devraient bien sûr être libres d’exclure les armes à feu, sinon c’est stupide). Il est en effet improbable que les personnes malintentionnées respectent les zones avec armes à feu interdites, mais les gens plus tranquilles le feront. C’est pourquoi ces derniers seront sans défense contre des agresseurs. Les zones sans armes à feu seront alors des invitations au meurtre de masse. Le refus de valider cet état de fait est également le signe d’une croyance mystique.

Lorsque cette objection aux zones sans armes est développée, les défenseurs du contrôle des armes rétorquent typiquement que la réponse à la violence des armes ne peut pas être « plus d’armes ». Mais quand les agresseurs sont les seuls avec des armes, qu’y a-t-il de nocif dans l’idée d’avoir plus d’armes si ces dernières sont entre de bonnes mains ? Supprimer les zones sans armes aurait pour effet de mettre des armes dans les mains des innocents présents sur la scène de l’attaque. Alors qu’aujourd’hui, les seules personnes avec des armes sont les tueurs et la police, qui peut être à des kilomètres (trop souvent, les tueurs sont de la police). La connexion logique entre les moyens et les fins est ici claire. Si des tueurs de masse en devenir suspectaient qu’il rencontrerait de la résistance plus tôt, ils seraient peut-être découragés à l’idée de lancer leurs attaques. Et même si ce n’est pas le cas, les chances de minimiser une attaque seraient objectivement meilleures si certaines cibles du tueur étaient armées.

Une autre mesure raisonnable serait de supprimer toutes les restrictions, comme les permis exigés, sur le port visible ou invisible d’armes à feu. Encore une fois, le lien entre les moyens et les fins est ici très clair. Le port invisible peut être identifié à un passager clandestin : quand les gens sont libres de porter des armes non visibles, les agresseurs, qui préfèrent clairement les victimes désarmées, ne sauront pas qui porte une arme et qui n’en porte pas. Cette mesure de dissuasion – cette externalité positive – pourrait sauver des vies humaines.

Les partisans du contrôle magique des armes refusent de reconnaître que l’on ne peut pas efficacement déléguer son droit à l’auto-défense ou sa responsabilité associée. Avec assez d’argent, on pourrait mettre en place une assistance à l’auto-défense, mais peu de gens seront en capacité de s’offrir une défense 24h/24. L’idée selon laquelle l’État serait responsable de notre sécurité est un mythe, puisqu’il ne promet pas une protection personnelle à toute heure et ses officiers ne sont légalement pas obligés de vous protéger même si une attaque se passe sous leurs yeux. Le seul défenseur dont vous avez la garantie qu’il sera présent pendant une attaque à votre encontre est vous-même.

Ceux qui croient dans le droit de porter des armes ont le bon sens de leur côté quand il s’agit de réduire les meurtres de masse. Ceux qui font preuve d’une croyance mystique ne l’ont pas.


Traduction par Contrepoints de Ending Gun Violence: Common Sense Versus Magic.