Claude Bartolone panique pour son poste de dans deux mois

Claude Bartolone credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

Vous en avez peut-être entendu parler, mais il semblerait qu’une nouvelle échéance électorale approche. La rumeur insisterait sur le fait de possibles élections régionales le 6 et le 13 décembre prochains, et irait même jusqu’à établir, dès-à-présent, des sondages et des statistiques sur les résultats, ce qui est d’autant plus étonnant que l’écrasante majorité des Français semble pourtant s’en tamponner doucement le coquillard.

Et histoire de remettre ces prochaines élections dans leur contexte, il est nécessaire de rappeler qu’elles auraient dû avoir lieu en mars 2015 et qu’à la suite de la branlée de magnitude 9 aux municipales de 2014, le gouvernement et les parlementaires, leurs slips même pas encore secs de l’humiliation reçue, avaient donc cru judicieux de déplacer les régionales et accorder ainsi plus de temps à la fine équipe en place pour redresser le pays, assurer le retour de la croissance et récolter les fruits d’un succès inévitable. D’où ces élections en décembre.

Évidemment, avec le bilan actuel et le succès inévitable que nos élites ont pourtant très bien réussi à nous éviter, les prévisions concernant ces élections ne donnent guère d’optimisme pour la majorité en place. C’est même plutôt la panique puisqu’on chuchote même, les yeux exorbités et la face blême, qu’un Front National survitaminé pourrait remporter la nouvelle région Nord.

Pire que tout, la région Île-de-France pourrait quitter le doux giron de la Gauche Socialiste pour rejoindre celui, forcément moins doux, de la Droite Socialiste. Et pour Claude Bartolone, c’est une mauvaise nouvelle.

bartolone et les emprunts toxiques

Pour l’actuel président de l’Assemblée Nationale, il apparaît en effet que l’avenir est assez complexe puisqu’il est, officiellement, candidat à la présidence de la région Île-de-France. Pas fou, l’éléphant socialiste n’a évidemment pas laissé tomber son poste actuel pour se lancer dans la bataille régionale, tant il sait pertinemment que le siège qu’il convoite n’est en rien acquis. En bon combinard, il entend donc se présenter tout en restant les fesses au chaud sur le velours moelleux des fauteuils parlementaires.

Mais voilà : même si l’affaire semble très mal engagée, il ne faut pas non plus montrer qu’on s’en fiche complètement. Des militants socialistes (dont les rares qui seraient à jour de cotisation) pourraient s’en offusquer. Des sympathisants, devant le peu de motivation du Claude, pourraient trouver la pilule amère, risquer le vote contestataire et tremper l’orteil dans l’onde froide de ce lac visqueux où dort la Beuhète Immonheude. Pire, des citoyens, devant le détachement et la décontraction d’un Bartolone déjà résigné à l’échec, pourraient comprendre l’arnaque que constitue ces rendez-vous républicains en carton.

Il faut donc occuper le terrain, faire parler de soi. Et pour ça, le Claude, il sait y faire ; si c’était un moteur de voiture, ce serait même un V8, avec plein de petits chevaux nerveux empaquetés sous les cylindres et prêts à bondir, et ce serait même un VW, pollution et gaz toxiques compris.

Dès lors, pas étonnant qu’il appuie régulièrement sur le champignon (atomique) de la petite phrase médiatique, avec parfois des catapultages hors piste du bolide politicien dans les désert rocailleux de la consternation.

Frisant probablement un burn-out carabiné, le Claude a par exemple analysé récemment les soucis d’image de la région Île-De-France dont il entend – sur le papier du moins – prendre les rênes et a trouvé la raison de ce déficit : le nom de cette région n’est pas assez sexy, il faudrait donc en changer, par exemple en fourrant un petit « Paris » dedans, histoire de vendre du rêve à l’étranger. Je propose « Parisle-de-France », ça envoie du steak de caribou et c’est tout à fait à la portée d’un Bartolone au taquet dans le gadget débile dont on se demande quoi faire ensuite.

bartolone - moquage de visage

Ne s’arrêtant pas là, invité sur RTL et voulant sans doute montrer à quel point il était toujours rempli de la foi socialiste qui déplacerait les montagnes si les militants et les dirigeants n’avaient pas tous piscine, le voilà qui s’emporte dans une tirade qui mérite la citation :

« Les résultats économiques commencent à se faire sentir mais nous, nous sommes la gauche et nous ne voulons pas seulement des résultats économiques, nous sommes là pour changer le monde. »

Diable. Lui, comme Sapin ou Macron ou tant d’autres du gouvernement, laisse donc croire qu’il est persuadé d’un retour à la bonne fortune économique, alors que tous les mauvais chiffres s’accumulent (comme, du reste, les chômeurs aux portes de Pôle Emploi), et partant de ce constat faux, il en arrive à expliquer que le désastre produit ne suffit pas : pour lui, après avoir dévasté la France, il faut changer le monde, c’est-à-dire étendre la catastrophe au reste de la planète qui a probablement d’autres chats à fouetter.

fresh lolcat

Notez qu’il aurait pu se contenter de cette saillie, déjà amplement suffisante à lui assurer une belle place dans la presse et les blogs, mais il a préféré assurer le coup en ajoutant une petite analyse politique de la situation du pays qui sent bon la réflexion et la pondération propre à celui qui aura tant donné (de soucis) à la Seine-Saint-Denis :

« Il n’y a pas d’envie de Marine Le Pen présidente de la République, il n’y a pas d’envie de retour de Nicolas Sarkozy. C’est tout l’enjeu des socialistes d’apporter leur soutien au président et au Premier ministre pour donner l’envie. »

« Donner l’envie », certes, mais de quoi ? On ne sait pas, mais on commence à frémir lorsqu’on se demande si, au fond, par cette phrase mal tournée, Bartolone n’a pas clairement expliqué ce qu’on observe, ce qu’on comprend de la dynamique politique du pays, et ce qu’il feint de redouter : lui comme le président et son Premier ministre semblent en effet tout faire pour donner l’envie … d’aller voter ailleurs, Front National compris.

Parallèlement, le même Bartolone prétend réformer les institutions de la Cinquième République avec la maestria d’un plombier dans un orchestre philharmonique, ce qui suscite la colère de toute la droite pourtant au départ associée au projet. Il faut dire que le Claude déploie toute la délicatesse politique d’une division panzer dans une foire à la porcelaine, à tel point qu’on se demande si cette opération ne tient pas d’une sorte de moquage de visage assumé pour bien faire comprendre à tout le monde à quel point il n’en a vertement rien à carrer.

bartolone - moquage de visage

Rassurez-vous, cette quantité de cynisme, qui demande une intelligence froide et calculatrice, n’est absolument pas à la portée du bonhomme qui, essentiellement, se contente ici vaguement de se trouver une bonne raison pour continuer à taper dans la gamelle. Eh oui : même en pleine campagne pour les régionales, notre homme continue gentiment de toucher ses indemnités parlementaires (18.000€ par mois tout de même – c’est vous qui payez).

Décidément, s’il y a des observations à mener sur la Cinquième République, c’est celles de la grandeur et de la décadence d’une démocratie qui parvient, par nivellement par le bas, à pousser au pouvoir l’exact reflet des électeurs, avec tous leurs défauts et sans aucune de leurs qualités, bref des importuns à des postes importants.

À l’issue du scrutin de décembre, selon toute vraisemblance, Bartolone sera battu. Rejeté par les électeurs, aura-t-il la décence minimale d’abandonner complètement le poste qu’il occupe actuellement ? Franchement, j’en doute.

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