Pourquoi je ne suis pas allée à « Paris sans voiture »

chien dans une voiture credits scottnj (licence creative commons)

Plutôt qu’une journée sans voiture, si on essayait une journée sans élus ?

Par Victoria Melville.

Avec beaucoup de bruit, la mairie de Paris a organisé une journée « sans voiture ». En soi, l’idée n’est pas déplaisante. Après tout, quoi de plus agréable que d’aller se balader à pied dans les rues parisiennes un dimanche après-midi par un temps scandaleusement clément ? Et pourtant, je n’y suis pas allée. Oh ! Surtout pas !

Il faut dire que la machine à baratin a tourné à plein régime les semaines précédant l’événement. Organisée par un collectif citoyen, secondé par le collectif Vélorution, dont je vous laisse découvrir les présentations sans commentaire supplémentaire, l’événement avait vocation à « apaiser » Paris, pour reprendre les mots d’Anne Hidalgo sur Twitter, lutter contre la pollution et montrer qu’il y a « d’autres façons de concevoir la mobilité en ville ». Pour conclure, Bruno Julliard, interrogé par 20 minutes, s’est montré très satisfait : « En plein scandale du diesel, cette opération montre qu’on peut vivre sans voiture ».

En réalité, l’objectif n’était pas du tout qu’on puisse passer une agréable journée à Paris, admirer l’architecture parisienne plus tranquillement, ou n’importe quelle raison personnelle qui pousse à flâner dans la capitale. L’objectif était, une fois encore, de polariser, de monter les groupes de populations les uns contre les autres, de diviser pour mieux régner. On jette donc l’anathème sur les automobilistes, et par là même sur les banlieusards puisque, disons-le clairement, ce sont les banlieusards qui ont le plus besoin d’utiliser leur voiture. On monte les piétons contre les automobilistes, les Parisiens contre les banlieusards et finalement, les riches contre les pauvres.

Car si les Parisiens et les visiteurs étaient heureux de pouvoir dévaler les Champs Élysées sans être dérangés par les automobilistes, ces derniers sont souvent restés coincés à l’entrée des arrondissements fermés, comme nous l’explique encore 20 minutes, et le summum est atteint lorsqu’une dame se réjouit de savourer Paris « sans bruit et sans odeur de voitures ». Sérieusement, après quelques heures (presque) sans voiture dans certaines rues parisiennes (globalement, huit arrondissements), l’odeur des oxydes de carbone se serait volatilisée ? Comme s’il y avait eu un mur autour desdits arrondissements, comme si on avait pu mettre l’après-midi entre parenthèses, comme si en dehors des voitures, Paris était une ville resplendissante de propreté, comme si on n’était pas incommodé par tous les papiers gras et les odeurs d’urine de chien (ou d’une autre espèce…). Tout cela est franchement risible, surtout quand on connaît l’effectif policier (200 agents) et municipal (75 agents) déployé, en plus des 220 bénévoles conscientisés, pour bloquer l’accès des rues et se la jouer opération escargot sur la voie Pompidou. Parce que quoi de moins polluant qu’une file ininterrompue de voitures à l’arrêt ou à 20 km/h en deuxième ?

La réalité est bien plus nuancée que ne veulent bien le dire les élus parisiens. En réalité, est-on soit piéton soit automobiliste ? Est-on soit parisien soit non-parisien ? Est-on soit pollueur soit éco-responsable ? Je ne sais pas pour vous, mais je suis parfois à pied, parfois en voiture, je suis parisienne mais je ne vis pas à Paris. Je pollue ou pas, selon les jours, et cela ne m’empêche pas de dormir. Et lorsque je vois toute cette propagande dérisoire, tous ces bons sentiments pathétiques pour soi-disant sauver la planète, tout ce langage convenu de déplacements doux ou de ville apaisée, ça ne m’adoucit pas du tout, bien au contraire. Selon les jours, cela me fait mourir de rire ou pleurer de rage, mais en tout cas, cela peut me rendre extrêmement agressive. Donc je suis restée chez moi dimanche.

Plutôt qu’une journée sans voiture, si on essayait une journée sans élus ? Et plus si affinités…