Victoire des indépendantistes en Catalogne

La Catalogne remettra-t-elle en cause les frontières européennes de 1815 ?

Par Éric Verhaeghe

Catalogne - Herminio Alcaraz (CC BY-NC-ND 2.0)
Catalogne – Herminio Alcaraz via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

D’après les premières estimations livrées par les médias espagnols, les indépendantistes catalans ont remporté les élections régionales et détiennent une majorité absolue des sièges à l’issue du scrutin de ce dimanche 27 septembre (entre 74 et 79 sièges sur les 135 que compte le Parlement catalan). Mariano Rajoy, qui a beaucoup bataillé pour éviter cette victoire, a subi une défaite personnelle dans ce scrutin avec un score probablement très favorable des conservateurs espagnols.

Si les indépendantistes tiennent leurs promesses, la Catalogne devrait entrer sur la voie de l’indépendance. Elle serait la première région de l’Union Européenne à remettre en cause des frontières postérieures à 1815, des frontières de cette Europe dessinée à la serpe par la coalition des monarchies hostiles à la Révolution Française. Le précédent mérite évidemment une réflexion attentive pour ceux qui, dans les départements de Sambre-et-Meuse et de l’Ourthe, imaginent que la terrible malédiction du congrès de Vienne pourrait enfin être conjurée.

L’ironie de l’histoire veut d’ailleurs que la Catalogne ait vécu, en 1812, le même sort salutaire que la principauté de Liège et les Pays-Bas espagnols en 1792 : celui du rattachement à un grand projet politique européen fondé sur le droit, la liberté et la fraternité. C’est par le seul effet du congrès de Vienne que la Catalogne fut pour deux siècles rendue au joug des monarchies légitimistes.

Les mois à venir nous montreront si oui ou non il est possible, au sein de l’Union Européenne, de contester de manière pacifique et démocratique ces frontières imposées par un traité d’Ancien Régime. De façon tout à fait saisissante en effet, l’Union européenne a favorisé la remise en cause des frontières héritées des traités postérieurs au naufrage nazi : non seulement la réunification allemande fut adoptée à la hâte, mais la carte de l’Europe soviétique fut largement remaniée par des adhésions expéditives, notamment des États baltes.

Toutes ces indulgences géostratégiques ont permis à l’Allemagne de retrouver la grandeur dont la Prusse rêvait, au détriment de ses voisins qui se sont tous paupérisés depuis que Berlin est devenu le centre de l’Europe.

Mais il y a deux poids deux mesures dans cette Europe. Lorsqu’il s’agit de reconstituer le Reich prussien, rien n’est trop beau ni trop juste. En revanche, lorsqu’il s’agit de remettre en cause le traité scélérat qui a démembré la France révolutionnaire, l’Europe pourtant démocratique ne trouve jamais assez d’arguments pour dire non.

L’attitude de la Commission Européenne vis-à-vis de la Catalogne constituera donc un test tout à fait instructif. Jean-Claude Juncker, le protégé d’Angela Merkel, venu d’un grand-duché fantoche maintenu artificiellement en vie en 1815, maintiendra-t-il la traditionnelle opposition bruxelloise à une remise en cause du traité de Vienne ? Ou bien aura-t-il l’intelligence de comprendre que l’on ne peut interdire aux anciens territoires français ce qu’on admet pour les anciens territoires prussiens ?

Pour les peuples français regroupés dans une Belgique fantoche, la réponse à cette question éclairera la meilleure façon de revenir sur le sentier de la prospérité. Car de deux choses l’une, soit Bruxelles, l’ancienne capitale de Charles Quint, roi d’Espagne, perpétue la tradition pro-castillane et démonstration sera faite que les frontières de la démocratie s’arrêtent là où la tradition monarchiste de l’Europe commence. Et chacun devra en tirer les conséquences qui s’imposent sur la révision des frontières de 1815. Soit l’Europe comprend et laisse le mouvement indépendantiste catalan œuvrer, ce qui serait salutaire, et le moment vient, des Fourons à Tournai, de se mobiliser pour reconquérir son destin.


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