Croissance et emplois : Macron chauffe mais ne brûle pas encore

Bien qu’il se veut réformateur, le ministre de l’Économie ne fait que reproduire les méprises de ses prédécesseurs.

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Emmanuel Macron - Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

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Croissance et emplois : Macron chauffe mais ne brûle pas encore

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 septembre 2015
- A +

Par Bernard Zimmern

Emmanuel Macron - Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0
Emmanuel Macron – Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

 

L’été français politique a été fortement marqué par les interventions d’Emmanuel Macron, notamment celle à l’université d’été du Medef où, pour la première fois, un leader socialiste a reconnu que les 35 heures avaient été une erreur économique majeure. Il a d’ailleurs été immédiatement corrigé par le Premier ministre, Manuel Valls, préoccupé des réactions de sa base, notamment syndicale.

Mais, dans le même discours, il a également émis des idées qui prouvent que notre élite dirigeante est encore très loin de comprendre les lois économiques qui gouvernent nos sociétés, et, par ignorance, continuent de prendre des décisions de politiques publiques à contre-sens de leurs objectifs annoncés.

Il a en effet dénoncé « le cynisme d’une partie de l’élite économique de notre pays », « des entreprises (qui se sont) rabougries », le « malheur des Français au travail », le manque d’innovation ou le chômage record chez les jeunes. « Ce n’est surtout pas la faute des politiques si certains des engagements que vous avez pris ne sont pas tenus : réduire le coût du travail, c’était notre engagement et il est tenu. Signer des accords de branche en contrepartie, c’est votre responsabilité, et c’est trop lent ! » Actuellement, quinze branches professionnelles sur cinquante ont signé un accord ou un relevé de conclusions dans le cadre du Pacte de responsabilité. Ce qui équivaut à sept millions de salariés concernés. « Agir en politique en 2015, c’est réformer. Agir en entrepreneur en 2015, c’est investir. Investissez maintenant, prenez des risques maintenant ». Et il concluait ces universités par « Vous avez l’amour, et vous avez les preuves d’amour », faisant notamment allusion au CICE.

On ne peut qu’encourager un ministre responsable à se rapprocher de ceux qui créent de la richesse et dont les décisions pèsent lourd sur la croix la plus lourde portée, ou plutôt subie, par l’actuelle majorité : le chômage, un chômage qui devrait lui coûter les prochaines élections régionales et présidentielles.

Mais il faudrait d’une part aller au-delà des effets de manche, mettre en route de vraies mesures, et d’autre part que le ministre comprenne les limites de ses interlocuteurs. Pour que les entreprises investissent, encore faudrait-il qu’elles aient les fonds et qu’elles aient des perspectives de profit pour ces fonds.

Contrepoints816 - Emmanuel Macron - René Le HonzecMais l’heure n’est pas encore à laisser les entreprises renforcer leurs capitaux, encore moins à permettre à ceux qui entreprennent de réaliser des profits. Toute notre législation fiscale est orientée pour taxer le succès et ne permettre la rentabilité que dans les domaines où l’État, dans sa haute sagesse guidée par sa technocratie, a décidé d’investir.

Le cash-flow généré par les entreprises françaises, somme des bénéfices après impôts et amortissements, reste environ moitié du cash-flow généré par les entreprises britanniques ou allemandes.

Mais surtout le ministre n’a pas idée qu’il hérite de l’erreur de modèle de tous ses prédécesseurs et qu’il la continue. Il se figure que ce sont les entreprises dont parlent les journaux économiques chaque jour qui sont les acteurs capables de vaincre le chômage.

Il reproduit ainsi une méprise que l’on constatait déjà dans les années 1970, où Fortune, le grand magazine américain, associait la croissance aux noms des grandes entreprises et où JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber) publiait Le défi américain, annonçant la défaite économique de la France si celle-ci ne se lançait pas dans le gigantisme industriel. Il publiait ces « vérités » au moment même où, ironie de l’histoire, la taille des entreprises américaines se mettait à diminuer (du fait de la sous-traitance et de la spécialisation des tâches).

C’était aussi la période où David Birch, utilisant les fichiers de Dun et Bradstreet, démontrait que les emplois ne se créent pas dans les grandes entreprises mais dans les toutes petites.

Depuis, d’autres découvertes démographiques ont eu lieu mais qui ne figurent pas dans les cours de Sciences Po ou de l’ENA où Emmanuel Macron a peut-être appris l’économie (ses expériences concrètes sur les fusions qu’il a accomplies l’ont été, disent les médias, avec des grandes entreprises comme Nestlé ou L’Oréal).

Ces découvertes sont que la croissance provient d’abord des entreprises qui n’existent pas encore, que les entreprises existantes, en moyenne et dans la plupart des pays, perdent des emplois et que la croissance de l’emploi provient essentiellement des entreprises nouvelles.

Tant que même nos ministres qui se veulent les plus réformateurs continuent de fonctionner sur des schémas faux, il n’y a guère à espérer de la majorité actuelle. Et à sa décharge, il n’y a pas beaucoup plus à espérer de la droite classique, au pouvoir de 2002 à 2012, et dont les œillères sont les mêmes, peut-être pires.

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  • point de vue très intéressant.
    En effet il faut peut être commencer par se demander ou sont possible les créations d’emplois et en discuter moins avec les grands patrons qu’avec les autres.(même si c’est moins  » fun » et valorisant pour un jeune et frétillant ministre)

  • Emmanuel Macron n’est pas adhérent du PS et il n’a probablement pas l’intention de le devenir (sinon ce serait fait depuis longtemps…) Sa sortie sur le temps de travail est soit une erreur de communication (il a dit tout haut ce qu’il pensait tout bas) soit un « coup » pour qu’on parle de lui en vue de la suite de sa carrière dans le privé (cf. http://www.contrepoints.org/2015/08/30/219924-emmanuel-macron-les-35-heures-et-la-suite-de-sa-carriere)

    Pour le reste, il ne fait rien d’autre qu’appliquer les instructions venues d’en haut. Il met en application les grand principes étatistes qui font le bonheur des haut fonctionnaires. Dans cette optique les PME n’intéressent personne: il y en a trop, elles sont toutes différentes, leurs dirigeants ne sont pas tous d’accord et leur effet individuel sur l’emploi est dérisoire. Les entreprises en création sont beaucoup trop risquées. La plupart auront disparu dans 3 ans. Par contre les grandes entreprises, ça oui ce sont des interlocuteurs qui mettent en valeur l’action d’un ministre. Inaugurer une grosse usine au moins ça a de la classe.

  • C’ est lassant le Macron bashing à force. La plupart des articles sur lui sur Contrepoint et tous les autres médias sont médiocres et frisent la caricature car ils le prennent pour Fillon ou Sarko qui se la jouaient  » réforme vous aller voir ce que vous aller voir »

    Macron est ministre de l’économie pas 1er ministre ou président de la république
    et nous sommes sous la 5ème république pour ceux à qui ça échappent.

    Macron fait ce que dit Valls qui fait ce que dit Hollande et ca c’est toujours passé comme ça depuis 1958.

    Les gens qui trollent macron font semblant de nier la réalité du jeu politique.

    Macron même si il le désire depuis son entrée au gouvernement ne pourra mettre
    en oeuvre certaines réformes tant que Hollande et Valls diront niet.

    Macron est un atout pour les gens de gauche qui en ont raz le cul des sorties de Montebourg, de Filipetti, de Linman, Gedj, Hamon, Filoche et consort sur l’économie.

    Pour moi c’est la personne politique la plus libérale droite-gauche-centre confondus et qui pourrait faire bouger les lignes mais la classe politique n’ aime pas les jeunes.

    Aucun article n ‘ a été fait sur les conséquences très positives de la libéralisation des autocars soutenue par Macron alors qu’ aujourd hui un bordeaux
    paris en bus c’ est meme pas 20e allé retour sur certaines compagnies.

    Certes c’est une goutte dans un océan de réforme à faire mais je le repete, certe il y a plus urgent mais je pense que ca s’apprécie à sa juste mesure: Macron n’est pas le chef de la majorité gouvernementale je le répète.

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