La main invisible meilleure planificatrice

Pourquoi la planification décentralisée dans le marché est-elle supérieure à la bureaucratie ?

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Luwig von Mises

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La main invisible meilleure planificatrice

Publié le 20 août 2015
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Par Robert Murphy.
Un article de la Foundation For Economic Education

Ludwig von Mises (Crédits : LVMI, licence Creative Commons)
Ludwig von Mises (Crédits : LVMI, licence Creative Commons)

Pour les intellectuels du début du XXe siècle, le capitalisme ressemblait à l’anarchie. Pourquoi, se demandaient-ils, ferions-nous confiance à des indications réfléchies quand nous construisons une maison mais pas quand nous construisons une économie ?

À cette époque, il était à la mode chez les intellectuels socialistes d’adhérer à la théorie de la planification, vue alors comme une façon bien plus rationnelle d’organiser l’activité économique. (F.A. Hayek a d’ailleurs écrit un célèbre essai sur ce phénomène). Les raisons de cette préférence pour la planification centralisée étaient pourtant complétement confuses, à la fois conceptuellement et empiriquement.

Ludwig Von Mises leur a répondu de la meilleure des façons, en faisant remarquer qu’il y a également de la « planification » dans une économie de marché. La différence tient au fait que la planification est décentralisée dans le marché, éparpillée entre des millions d’entrepreneurs et de propriétaires de ressources, incluant les travailleurs. Ainsi, dans le débat entre socialisme et capitalisme, la question n’est pas « devrait-il y avoir une planification économique ? », mais plutôt « devrait-on restreindre la charge de la conception du plan à quelques supposés experts désignés par un processus politique, ou devrait-on ouvrir les vannes et recevoir les données de millions de personnes qui pourraient avoir connaissance d’éléments essentiels ? ».

La seconde question est connue sous le nom du « problème de connaissance » (knowledge problem). Hayek faisait remarquer que, dans le monde réel, l’information est dispersée parmi une myriade d’individus. Par exemple, un directeur d’usine à Boise pourrait connaitre des éléments très détaillés sur les machines de sa ligne d’assemblage, que les planistes socialistes de Washington ne pourraient tout simplement pas prendre en compte lorsqu’ils dirigent les ressources productives de la nation. Hayek soutient que le système des prix dans une économie de marché peut être comparé à un « système de télécommunications » géant, qui transmettrait rapidement les bits indispensables de connaissances d’un nœud localisé à un autre. Un tel agencement « web » (c’est de moi) n’a pas besoin d’une hiérarchie bureaucratique dans laquelle chaque bit d’informations doit remonter la chaine de commandement, être traité par les experts en chef puis ensuite redescendre jusqu’aux subordonnés.

De manière complémentaire avec le problème de la connaissance dispersé d’Hayek, que nous comprenons mieux à présent, Mises a mis l’accent sur le problème de calcul de la planification socialiste. Même si l’on suppose que les planificateurs socialistes ont accès à toutes les informations techniques récentes à propos des ressources de production et ont tout le savoir-faire des ingénieurs à leur disposition, ils ne seraient toujours pas en mesure de planifier les activités économiques de la société. Ils seraient dans « le noir ».

Par définition, dans un régime socialiste, un groupe (les personnes dirigeant le pays, si l’on parle d’une organisation politique) possède toutes les ressources productives importantes – usines, forêts, terres, puits de pétrole, navires de charge, chemins de fer, entrepôts, eau, gaz, électricité… etc. Dans cette hypothèse, il ne peut y avoir aucun marché concurrentiel pour les « moyens de productions » (pour utiliser le terme de Karl Marx), c’est-à-dire qu’il n’y a pas de véritable prix pour ces articles.

Main invisible rené le honzecÀ cause de ces faits inévitables, Mises soutient qu’aucun décisionnaire socialiste ne peut évaluer l’efficacité de son plan économique, même a posteriori. En effet, celui-ci aurait une liste de ressources allouées à un processus précis – tant de tonnes d’acier, de caoutchouc, de bois et tant d’heures de travail humain. Il pourrait analyser les différences entre ces ressources et les biens produits – tant de maisons, de voitures ou de bouteilles de soda. Toutefois, comment le planiste socialiste saurait-il s’il doit continuer à produire cette quantité de biens à l’avenir, ou s’il doit augmenter ou réduire son volume de production ? Une utilisation différente de ces ressources produirait-elle un meilleur résultat ? Il n’en a tout simplement aucune idée. Sans les prix de marché, il n’existe pas de façon objective de comparer les ressources consommées par un processus de production précis avec les biens et services produits.

En revanche, le système des profits et des pertes fournit un retour critique dans une économie de marché. L’entrepreneur peut demander à des comptables d’attacher les prix de marché aux ressources consommées et aux biens et services produits par un processus précis. Bien que cela ne soit pas parfait, une telle méthode fournit au moins une direction. Ainsi, pour le dire simplement, une entreprise rentable est une entreprise qui affecte des ressources rares aux besoins que les consommateurs estiment le plus, comme leurs décisions en termes de dépense le démontrent.

À l’inverse, qu’est-ce que cela signifie si une entreprise n’est pas rentable ? Cela signifie que ses clients ne sont pas prêts à dépenser assez d’argent dans les biens produits pour recouvrer leurs dépenses monétaires (incluant les intérêts) nécessaires à l’achat de ces ressources. Et la raison pour laquelle ces ressources ont des prix de marchés qui leur sont propres tient au fait que d’autres entreprises parient sur elles. C’est pourquoi, selon l’interprétation de Mises, une entreprise non rentable détourne les ressources de canaux productifs dans lesquels les consommateurs préféreraient (indirectement et implicitement) que les ressources soient utilisées.

On ne doit jamais oublier que le problème économique n’est pas de se demander « s’il est préférable d’allouer ces ressources rares à un projet X qui rendrait au moins quelques personnes plus riches ou de ne rien faire de ces ressources ». Il faut plutôt se demander « si allouer ces ressources rares à un projet X rend les gens plus riches qu’allouer ces ressources à un projet Y ».

Pour répondre à cette question, nous avons besoin d’intégrer les ressources et biens produits hétérogènes dans un dénominateur commun : un système de prix. C’est pourquoi Mises met l’accent sur la suprématie de la propriété privée et sur l’utilisation d’une monnaie fiable, ces deux éléments étant les piliers d’une allocation rationnelle des ressources.


Traduction Contrepoints de « Capitalists Have a Better Plan ».

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  • Quelques détails historiques sur le problème de la centralisation de la décision et du calcul économique.

    C’est Barone en 1908 qui a posé la démonstration mathématique. Von Mises n’a fait qu’expliquer avec des mots en 1920 ce que cela impliquait.

    Quand on regarde ce que les math de Barone montrent, on est à la fois émerveillé et à la fois mort de rire. Il montre que la planification centralisée est dans tous les cas moins efficace que le marché libre décentralisé (l’équivalent de la concurrence parfaite), sauf lorsqu’elle remplit les mêmes conditions que……le marché libre décentralisé, ce qui est une absurdité, puisque la planification centralisée se veut précisément une réaction contre le marché libre décentralisé.

    Il est certain que Von Mises avait connaissance du texte de Barone et en a tout simplement compris la portée. Il a expliqué pourquoi.

    Par ailleurs, j’ai déjà vu cette idée du problème du calcul économique en économie planifiée exprimée avant Barone, de façon très succincte par Pareto, mais je ne me rappelle plus dans quel ouvrage ou texte.

    Si cela se trouve l’idée est peut-être même antérieure à Pareto.

    Conclusion: de laisser entendre que la paternité de l’idée revient globalement à Von Mises est un peu injuste, à tout le moins c’est imprécis.

  • On sait déjà que le secteur public non régalien est structurellement un improductif net du fait de l’absence d’échange volontaire interdisant la création de valeur. Cet article permet de comprendre l’autre raison expliquant son improductivité notoire, à savoir l’absence de concurrence, donc l’absence de prix formé par le marché libre.

    Les tarifs déterminés par les fonctionnaires pour les biens produits par les excroissances monopolistiques de l’Etat obèse, en dehors de tout processus concurrentiel, sont des faux prix. Ces tarifs purement administratifs sont en réalité des taxes. Dernier exemple en date : la hausse du tarif du timbre postal. Pour conduire une analyse économique pertinente, il est erroné de distinguer entre les prélèvements obligatoires, les recettes non fiscales et les consommations ponctuelles des usagers des monopoles étatiques. Les trois charges doivent être agrégées dans le même ensemble pour déterminer le degré de parasitisme de l’Obèse écrasant son hôte épuisé sous le poids de la spoliation.

    On comprend sans effort intellectuel insoutenable pourquoi le secteur public non régalien est non seulement incapable de créer la moindre richesse supplémentaire nette mais encore détruit systématiquement plus de richesses qu’il n’en crée. Ainsi, les systèmes collectivistes sont d’avance programmés pour s’auto-détruire, plus ou moins rapidement en fonction de leur ampleur et de leur brutalité, par épuisement du potentiel de création de richesses des pays qu’ils étreignent.

    • Notre ami le troll vous expliquerait que vous bénéficiez des services rendus par l’Etat quand bien même vous n’en auriez pas besoin. 😀

      Pour un exemple de planification qui finit en catastrophe :

      http://www.contrepoints.org/2014/10/11/184199-venezuela-ou-est-passe-le-lait

    • Joli.

      Juste une question ; le secteur public régalien serait non seulement capable de créer une richesse supplémentaire nette mais encore ne détruirait pas systématiquement plus de richesses qu’il n’en créerait ?

      Le secteur public régalien, ne serait pas, quant à lui, structurellement un improductif net du fait de l’absence d’échange volontaire interdisant la création de valeur ?

      Ne serait-ce pas juste la condition d’un État, qu’il soit régalien ou non ?

  • Et si en lieu et place d’experts on mettait une machine ,un ordinateur suffisamment puissant et bien programmé pour gérer l’économie ? Il serait capable de récupérer beaucoup plus d’informations et de les confronter pour estimer de manière juste les besoins de la population

  • Vouloir un planisme centralisé revient à tenter de résoudre le problème mathématique P = NP en plus d’un flicage constant… Bonne chance.

  • Main invisible : alors chiche : Plus de Ministre de l’économie, de l’emploi, de la culture,

  • Les planificateurs socialistes oublient un élément de taille : l’économie de marché est toujours en déséquilibre. Des besoins satisfaits sont remplacés par de nouveaux et ça, même l’ordinateur le plus puissant est incapable de les prédire.

  • Article très intéressant.
    On peut cependant formuler plusieurs critiques :
    Critique interne d’abord : cette théorie présuppose un système de prix parfait (comparé à un « système de télécommunications » géant, qui transmettrait rapidement les bits indispensables de connaissances d’un nœud localisé à un autre) permettant d’affecter constamment les ressources de manière optimale en fonction de l’offre et de la demande des acteurs économiques. Ce système est une utopie. L’irrationalité de certains choix économiques (due à la psychologie humaine) ou l’asymétrie d’information au sein d’un marché (due à des contraintes techniques ou à des comportements sociaux) biaise ce système d’information présupposé parfait.
    Critique externe ensuite : quand bien même le système de prix serait parfait, rien ne dit qu’une planification basée uniquement sur des critères de rentabilité économique (la planification décentralisée de la « main invisible » dont il est question) est systématiquement préférable à une planification basée sur des critères plus politiques. L’intérêt général n’est pas la somme d’intérêts particuliers (n’en déplaise à Adam Smith). Sans planification politique, il est fort à parier que nous n’aurions jamais eu d’industrie nucléaire en France. Aurait-ce été un bien ou un mal? C’est un autre débat mais certains atouts de la filière nucléaire sont indéniables (une certaine indépendance énergétique même si elle est relative, un bassin d’emplois qualifiés, une puissance militaire, …)

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