Rebsamen, George W Bush et le travail bien fait

François Rebsamen partira avec le sentiment du travail bien fait. Sen-ti-ment.

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François Rebsamen (Crédits Philippe Grangeaud-Solfé Communications, licence Creative Commons)

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Rebsamen, George W Bush et le travail bien fait

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 août 2015
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Par Baptiste Créteur.

François Rebsamen (Crédits Philippe Grangeaud-Solfé Communications, licence Creative Commons)
François Rebsamen (Crédits Philippe Grangeaud-Solfé Communications, licence Creative Commons)

Le 1er mai 2003, alors que les Français célébraient la fête du travail en ne travaillant pas, George W. Bush, Jr annonçait la fin des « opérations de combat majeures ». Derrière lui, sur le porte-avions USS Abraham Lincoln au large de San Diego, flotte une banderole triomphante : « Mission accomplie ».

La guerre en Irak a fait la plupart de ses victimes civiles et militaires après cette date. En 2008, George Bush déclarait que cette banderole faisait passer le mauvais message ; en 2009, il en parlait comme d’une erreur.

De son discours et son attitude transpirait cependant le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. Comme dans celui de Barack Obama en mai 2011 quand il annonçait, avec gravité et triomphe, la mort d’Oussama Ben Laden. Difficile d’affirmer aujourd’hui que le monde semble plus sûr et paisible, que les mouvements terroristes sont moins nombreux, plus faibles ou moins menaçants. Ils sont au contraire bien plus inquiétants ; le terrorisme s’érige désormais aussi bien en État monstrueux qu’en loup dressé.

Le succès, la victoire, le triomphe sont si incertains que Dwight Eisenhower et Richard Nixon avaient respectivement préparé un discours en cas d’échec du débarquement en Normandie et de l’expédition des premiers hommes sur la lune. L’optimisme et l’espoir qui guident leur décision  d’envoyer des hommes vers l’ennemi et la lune, et potentiellement vers la mort, ne les dispense pas de la responsabilité qu’ils doivent en éprouver à chaque instant.

François Rebsamen, lui, ne s’embarrasse pas de telles précautions. Sans trompettes ni tambours, sans fleurs ni couronnes, il quittera ses responsabilités de ministre du Travail avec le sentiment du travail bien fait. Pour redevenir maire de Dijon – ambition, quand tu nous tiens. Même dans les regrettables circonstances de cette succession, rares sont ceux qui abandonneraient leurs responsabilités en des temps si difficiles s’ils étaient en mesure d’améliorer la situation.

Et pour cause. François Rebsamen aura, mois après mois, vu augmenter le nombre des chômeurs. Malgré les promesses, les mesures, les moyens. Rien n’y fait. Plus rien ne semble marcher. La courbe ne s’inverse pas. Dijon l’appelle.

Mais alors, pourquoi se donner un tel satisfecit ?

  • « C’est d’autant plus frustrant que j’ai contribué, au nom du gouvernement, à mettre en place un certain nombre de dispositifs facilitant la vie des entreprises sans pour autant diminuer les droits des salariés. »
  • « On ne cesse d’innover, de prendre des dispositions nouvelles. Dans la loi sur le dialogue social que j’ai fait voter en juillet […] »
  • « […] c’est une loi de progrès social qui a été adoptée par la majorité de la gauche et qui comporte nombre d’avancées pour les salariés. »
  • Vous n’avez pas le sentiment d’un gâchis ?
    « Non, car je pars avec le sentiment d’avoir bien fait mon travail et avec l’estime des partenaires sociaux. »

Le bon sentiment du travail bien fait, et avec l’estime des partenaires sociaux en prime ! Quel talent. Quel bilan. Une loi votée, bel exploit ! Avoir bien fait son travail, soigneusement rangé les dossiers dans leurs chemises cartonnées, toujours salué ses collaborateurs chaleureusement, signé les papiers dans les temps. Quel plaisir ! Quel bonheur de voir un travail aussi bien fait !

C’est ainsi que nous avons un président audacieux – pour ses réformes microscopiques et ses engagements non tenus. Un gouvernement méritant – des claques. Un peu de sérieux. La France est sur la voie du déclin. Elle s’écroule. Des décennies d’enrichissement s’effritent peu à peu alors que s’érodent des millénaires d’héritage. Nous sommes tous responsables, mais ceux qui l’imposent ont une responsabilité plus grande que ceux qui le subissent.

Nos sénateurs, députés, ministres, présidents, élus le sont plus que les autres. Ils ont construit les dernières années de leur vie autour de la politique, de leurs élections, de leurs mandats, et de leur pouvoir. Très rares sont ceux qui comprennent les déséquilibres actuels assez bien pour anticiper ce qu’il se prépare. Très rares sont ceux à avoir la présence d’esprit de rédiger un discours de la défaite, même avant les échéances les plus cruciales pour eux – les élections. Il faudrait cependant que cela soit dit, explicité, expliqué.

Les impôts et taxes pèsent plus sur l’activité économique que ne génère la dépense publique. Les normes, lois et réglementations créent plus d’effets indésirables et de complexité que de sécurité. L’entretien de l’appareil d’État et la protection des corporations coûtent très cher. La préservation du statu quo nous prive des progrès qui pourraient stimuler à nouveau notre économie, certes au prix d’une transition. Une justice qui ne punit pas les coupables et ne protège pas les innocents ne peut être juste, et la seconde chance donnée aux criminels ne doit pas être une chance de recommencer. Les droits individuels sont plus sacrés que la démocratie.

Maintenant, monsieur Rebsamen, expliquez-nous en quoi vos discussions courtoises avec les partenaires sociaux et votre loi parmi tant d’autres permettront aux entreprises d’embaucher et aux demandeurs d’emploi d’en trouver un. Expliquez-nous comment la hausse du chômage, le résultat exactement opposé à votre objectif et celui du gouvernement, vous permet de partir avec le sentiment du travail bien fait. Expliquez-nous, à l’instar des élèves de terminale au bac de cette année, si la politique échappe à l’exigence de vérité. Si vous n’y parvenez pas – et aucun esprit raisonnable et logique ne s’y risquerait – rédigez avec sincérité votre discours de défaite, et cessez de vous moquer de nous.

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  • rebsamen ou un autre , ces gens là ne savent que se féliciter de leur travail , surtout quand ils se sont planté ; leur mauvaise foi naturelle les empêche de reconnaitre leur torts ; et pourtant , j’aurai autrement plus de respect pour ces élus s’ils étaient droits et honnêtes avec eux mêmes et donc avec nous ; las ; ce sont des hyppocrites prétentieux , la cervelle bouffé par l’avidité et le pouvoir , ou il n’y a plus de place pour des idées saines ; d’ici 2017 , la france sera au fond du trou dans lequel elle glisse via la politique d’une poignée d’incapables qui se succèdent depuis des années en france ;

  • Le fidèle Stéphane Le Foll, qui aurait été pressenti comme possible successeur au ministère du travail n’aurait pas voulu fuir ses propres problèmes, pour se charger d’une autre mission elle aussi devenue impossible. Alors qui d’autre ? L’instinct des rats va les poussent à quitter un par un le navire qu’on ne peut plus sauver en voulant opposer l’incurie à des résultats exécrables. Le commandant partira le dernier croyant, bien à tort mais jusqu’au bout ,que le Bon Dieu lui sauvera la mise, ou peut-être que dans l’état où sera la France, personne n’osera la lui disputer. Il faudra alors changer la Constitution faite pour De Gaule et pour lui seul, qui acceptait au besoin de partir en cas d’échec. Un gvt aussi franchement inefficace ne doit pas pouvoir se maintenir pendant cinq trop longues années entièrement perdues, contre la volonté et l’intérêt de l’énorme majorité de la population qui lui refuse obéissance. Reste à retenir la solution d’inclure dans la Constitution sa promesse intelligente, formelle et prophétique de consulter les Français à mi-mandat et de se retirer discrétement si la confiance n’y est plus. Il cause beaucoup trop au lieu d’avoir réellement le courage, l’audace, l’honnêteté ou un minimum de respect de lui-même en se conformant à ses propres affirmations. Sans courage ce néo monarque n’abdiquera que contraint et forcé, le jour où tous ses courtisans se seront récusés devant son aveuglement, mais il faudra en plus lui donner un dernier coup de main.

  • Magie socialiste: dire le contraire de ce qui est et faire le contraire de ce qu’on dit.

  • Si appeler travail un brassage d’ air législatif et réglementaire qui avance les salariés au prix du recul des entreprises jusqu’à les annihiler, alors il est exact que cette baudruche politique peut être satisfaite, surtout d’ elle-même. Les Dijonnais ne sont pas difficiles à contenter pour accepter pareil inconsistant comme édile…

  • Comme son idole, il aura contre le chômage tout essayé ce qui ne fonctionne pas. Mais ça ne l empêchera pas de partir avec un joli pactole.

  • Eh bien moi je pense que c’est une très bonne chose que Rebsamen ait rappelé au bon peuple en quelle estime il le tient, vu que le bon peuple a tendance à oublier trop facilement ce que valent ses ministres.

  • Après 16 mois passés au Ministère du Travail, c’est apparemment très satisfait de lui-même que M. François Rebsamen regagne Dijon. Nous apprenons à l’occasion que cet homme a des sentiments, et notamment celui d’ »avoir bien fait son travail ». Voilà… La moutarde (de Dijon, naturellement) commence à me monter au nez. http://cyrille.me/2015/08/11/rebsamen-la-moutarde-me-monte-au-nez/

  • Un travail bien fait que ce billet Baptiste… mais restez hein !

  • Très bon article.

    Qu’attendre de politiciens sotscialistes (de gauche ou de droite…) … Rien ❗ Rien de bon en tout cas. Ou si : le pire, comme on l’a vu avec les camionneurs et l' »écotaxe », et comme on le voit maintenant avec les paysans.

    Même le boucan de mes corneilles est plus sympathique. Il y a le croassement d’alerte, celui pour signifier que l’on arrive, que l’on voudrait piquer le morceau de pain. Rien est inutile. Ce croassement peu élégant est en fait bien plus sympathique que ceux de l’équipe au pouvoir… Si cela ne plait pas à ces messieurs, je pourrais répéter avec le coassement de la grenouille, mais ce serait sans doute trop aimable, je ne le ferai pas…

  • Bizarre cette attaque contre Georges Bush dans contrepoints…
    Georges Bush est un avocat du libre marche, a coupe les taxes et demande a obama de ne surtout pas se laisser tenter par le protectionnisme.
    Quand a la guerre en Irak, c’était principalement une guerre contre le terrorisme qui avait frappe les USA sur leur sol. A une époque, les USA répondaient bien plus méchamment quand on les attaquait sur leur propre sol…
    De plus, certains illustres libéraux vous diront que la seule raison d’être de l’état est la sécurité policière et militaire. Il a remplit son role parfaitement sur ce point.
    Bref, une attaque facile et illogique pour un journal qui se veut liberal et courageux.

    • Bush est peut-être libéral mais en encourageant l’accès à la propriété pour l’ensemble des américains et notamment des ménages insolvable, son gouvernement a activement contribué à la bulle immobilière (les taux bas et l’opacité de certains véhicules de titrisation parachevant le tout). C’est l’exemple qui me vient mais en termes d’interventionnisme économique, il doit y en avoir un paquet sous ses deux mandats. Par ailleurs, quand bien même les libéraux suggèrent que la seule raison d’être de l’état est la sécurité intérieure et extérieure, cela ne veut pas dire que l’Etat a tout le loisir de faire de la merde hors de son sol.

      Enfin, concernant la logique de votre propos, elle m’échappe. Ce qui est reproché ici en substance, c’est qu’il s’est fourvoyé en annoncant la fin d’une guerre qui n’était pas terminée et que contrairement aux politicien français il a admis son erreur. Son supposé libéralisme n’a pas à être pris en compte ici puisqu’il n’apporte rien au débat. Au contraire, pour un journal qui se veut courageux, ne pas balayer devant sa parte serait vu comme de l’aveuglement…

    • Bush était peut être de bonne foi, n’empêche, il n’a pas vraiment pacifié la zone.

  • La classe mediatico-politique insiste et insiste, peut-être pour se faire pardonner d’avoir pousser à voter Hollande et entraîné plus d’ 1 200 000 chômeurs, soit plus de 2 900 000 personnes de ces familles plongées dans la misère, entrainant le serrage de ceinture de leurs parents, pour les aider (qui renoncent à une retraite heureuse). Elle insiste notre classe mediatico-politique : il y aura inversion de la courbe.. et alors ?? Avec des équipes qui travaillent jour et nuit à son inversion, l’exode des Français..Ils n’y arrivent pas..

    Enfin : après Cahuzac meilleur ministre, il y a Le Foll meilleur ministre de l’agriculture depuis 30 ans (ce même ministre qui a peur de rencontrer les paysans, ces sans-dents-), Il y a Cazeneuve : « un ministre de l’intérieur qui honnore sa fonction », il ne voit pas les terroristes venir, mais c’est sûr c’est le meilleur ministre de l’intérieur. Puis notre Sapin, qui après le travail s’applique le principe de Peter…Voilà du vieux, du dur, du compagnon, du fidèle… on parle de tout lorsque Rebsamen s’en va, sauf de son bilan.
    Voilà les causes– et les conséquences ?
    Le chômage-pas pour nos élites- continuera, les divorces et vies brisées induits et les suicides…

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