Les trois massacres de Katyn

Katyn, un film de Andrezj Wajda.

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Les trois massacres de Katyn

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 août 2015
- A +

En septembre 1940, après avoir envahi la Pologne, l’URSS se livre à un massacre sanglant, celui d’officiers polonais. Au total plus de 12.000 morts, des hommes abattus d’une balle dans la tête et enterrés dans des fosses communes. Ce ne sont pas que des militaires qui sont morts à Katyn, mais des ingénieurs, des professeurs, des fonctionnaires de haut rang, intégrés dans l’armée polonaise lors du déclenchement des hostilités. Le massacre de Katyn n’est donc pas le massacre de soldats, mais l’élimination, organisée et planifiée, de l’élite intellectuelle de la Pologne, afin de détruire ce pays. À cela s’ajoute l’arrestation et la déportation des professeurs de l’université de Cracovie ; là aussi dans le but de s’attaquer à la culture et aux forces intellectuelles du pays. Couper la tête pour enrôler les masses, telle est la méthode communiste. Briser l’aristocratie, au nom de la révolution et du gouvernement populaire. C’est ici le premier massacre de Katyn.

Le deuxième a lieu après-guerre. Les charniers ont été découverts par les Allemands, qui ont mené des fouilles et identifié la plupart des corps. Mais les communistes ayant pris le pouvoir, il leur a fallu camoufler ce massacre, et en accuser les nazis. Ce sont eux les responsables, et la vérité (la pravda) officiellement diffusée est qu’il s’agit d’un crime allemand. Les Polonais qui défendent la vérité sont alors poursuivis, arrêtés, emprisonnés. Les communistes excellent dans l’art de falsifier la vérité, de modifier le sens des mots, de diffuser une propagande active et efficace sur la façon dont ils ont écrit l’histoire. Pendant des décennies il a été dit que ce sont les Allemands qui avaient commis les massacres de Katyn, avant que Gorbatchev ne reconnaisse officiellement la responsabilité communiste en 1990.

C’est alors là que débute le troisième massacre. Avec son beau et poignant film Andrezj Wajda — dont le père a été tué à Katyn — a contribué à rétablir la vérité, une vérité connue dès 1940 et tant de fois occultée. Le film est d’une esthétique rare, les acteurs sont touchants et justes, jamais trop larmoyants, la mise en scène est sublime, et la scène finale, celle où est présentée l’exécution des officiers, d’une justesse et d’une sobriété touchante. Oui, mais ce film n’a pas été diffusé en France. Non pas interdit, comme dans une vulgaire dictature, mais non diffusé. Le film n’existe pas. À Paris, de rares salles l’ont mis à leur programmation, à Toulouse, seul un cinéma d’art et d’essai de Tournefeuille l’a diffusé, à 15 heures, pour s’assurer que personne ne puisse s’y rendre. Le film n’existe pas, comme les massacres n’existent plus. Il ne s’agit pas de dire que ce sont les nazis qui ont tué, il s’agit de ne pas parler des massacres. Comme on ne parle plus des goulags, comme on ne parle plus des purges de Staline, ni des crimes commis jusque dans les années 1980. C’est une nouvelle façon de détourner la vérité, une nouvelle façon de détruire l’intelligence d’un pays : non pas créer une autre vérité, mais gommer, effacer les faits, pour que ceux-ci n’aient jamais existé.

Au visionnage de Katyn apparaît l’urgente nécessité de diffuser la culture, de résister intellectuellement à la volonté farouche d’effacer les réalités de l’histoire et les faits de notre passé.

  • Katyn, un film de Andrezj Wajda, 2009.

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  • Deux livres relativement récents sur la vraie vie au paradis du peuple… à conseiller vivement : « le météorologue  » et « le violoniste »

  • « Comme on ne parle plus des goulags, comme on ne parle plus des purges de Staline, ni des crimes commis jusque dans les années 1980. C’est une nouvelle façon de détourner la vérité, une nouvelle façon de détruire l’intelligence d’un pays : non pas créer une autre vérité, mais gommer, effacer les faits, pour que ceux-ci n’aient jamais existé. »

    C’est malheureusement tellement vrai, seulement quelques décennies après la chute de l’URSS personne ne s’intéresse déjà plus à ses innombrables crimes. A part récemment les ukrainiens avec l’ouverture des archives du KGB de leur pays. Hélas les archives russes restent fermés par le KGB lui même encore en 2017…

    Toutefois un remarquable ouvrage a été écrit sur la désinformation communiste. Ion Mihai Pacepa, plus haut officiel communiste à n’avoir jamais fait défection, reviens sur de nombreuses entreprises de désinformation soviétiques couronnées de succès.

    http://www.amazon.fr/Disinformation-Strategies-Undermining-Attacking-Promoting/dp/1936488604

    • Je crois que les crimes des régimes communistes ont souvent été évoqués et sont bien connus, je me souviens de nombreuses émissions au moment de la sortie du livre noir du communisme. Si même Arte diffuse ce film, on ne peut pas dire que nous vivons dans un immense non-dit… Il y a beaucoup plus à dire dans notre pays sur la compromission de certaines élites avec le communisme.

      Il me semble que de nombreuses archives ont été ouvertes à la chute du communisme en ex-URSS, KGB compris, les choses ont peut-être changé actuellement mais le plus important a été dévoilé.

      • « Je crois que les crimes des régimes communistes ont souvent été évoqués et sont bien connus, je me souviens de nombreuses émissions au moment de la sortie du livre noir du communisme. Si même Arte diffuse ce film, on ne peut pas dire que nous vivons dans un immense non-dit… Il y a beaucoup plus à dire dans notre pays sur la compromission de certaines élites avec le communisme. »

        Je ne veux pas dire que ce n’est pas évoqué dans certains milieux intellectuels. Mais si vous évoquez les crimes du communisme dans une discussion qui s’y prête en société (sur l’histoire par exemple) comme on évoque les crimes du nazisme on va vous regardez comme un extraterrestre.

        Un jour un ami à moi m’a regardé naïvement en me disant « mais enfin, qu’est ce qu’ils ont fait ces communistes pour que tu les détestes tant ? ». Il ne s’intéresse pas à l’histoire ni à la politique donc il n’en savait rien. Il ne m’aurait jamais posé le même question pour les nazis.

        Tant qu’il y aura une asymétrie si grande dans la société entre la connaissance des crimes du communisme et la connaissance des crimes du nazisme je pense qu’ils n’auront pas été assez évoqués. C’est aussi la voie pour allez vers une société plus libre, faire connaitre la vérité sur ce qu’était le socialisme réel.

        « Il me semble que de nombreuses archives ont été ouvertes à la chute du communisme en ex-URSS, KGB compris, les choses ont peut-être changé actuellement mais le plus important a été dévoilé. »

        Il faudrait faire des recherches mais il me semble (je n’en suis pas sure) que le plus gros se trouve en Russie, qui a « enfouie bien profond » les archives que « tout le monde a oublié » (je me rappelle plus quel officiel russe a dit ça).

  • A lire aussi le polar remarquable de philip Kerr: Les ombres de Katin…Edifiant

  • Ce magnifique film est passé sur Arte en 2013 , il fait froid dans le dos.. A voir absolument, mais les images de la fin sont terribles….

    • Sans me tromper, la Pologne est le pays qui a payé le plus gros tribut humain pendant la guerre, avec un tiers de sa population massacrée.

      •  » Sans me tromper, la Pologne est le pays qui a payé le plus gros tribut humain pendant la guerre, avec un tiers de sa population massacrée.  »

        Les polonais ont été pour le soviétiques ce qu’on été les juifs pour les nazis. Staline avec sa haine contre les polonais en les éliminant par des quotas d’exécution a été jusqu’à éliminer les personnes de son entourage politique et administratif qui avaient des noms d’origine polonaise.

        D.J

  • On ne parle plus non plus des massacres perpétrés par les Américains dans les îles du Pacifique contre les Japonais, puis en Corée et ensuite au Vietnam. On mentionne rarement aujourd’hui que ces mêmes Américains se sont arrogé le droit d’assassiner impunément avec des drones pilotés depuis l’Arkansas des populations civiles dans onze pays différents de la planète …

  • Pas surprenant qu’il existe encore dans la culture populaire une dissymétrie entre la perception des crimes communistes et nazis, quand on constate le poids de l’ultra gauche, de l’anticapitalisme, voire de l’ecologisme dont les origines et relents marxistes sont bien connus. 40 ans d’illusions ideologique, de dénégations et d’influence culturelle et éducative çà ne disparaît pas comme ça. Faut il rappeler que l’ideologie, comme la religion, n’a que faire des faits, qu’ils soient historiques ou scientifiques. …
    ,

  • On peut effectivement s’interroger sur le silence des milieux « culturels » français sur les expériences communistes. Il serait intéressant de recenser les films français sur le sujet. Je ne pense pas que la liste soit très longue.

  • L’histoire est écrite par les vainqueurs. Or l’URSS avait gagné la guerre avec les Alliés. Normal que les exactions de Staline aient été camouflés.

  • Je ne crois pas que la non diffusion de ce film est une origine politique… A mon avis, c’est l’indifférence des gens et le calcul des distributeurs qui est en cause.

  • Ce film a été diffusé en France. Je l’ai vu en salle en 2009 ou 2010, au cinema Le Balzac, si ma mémoire est bonne, et sa diffusion n’a pas été confidentielle, je me souviens de critiques dans la presse. Donc, votre troisième massacre est infondé.

  • Les commentaires sont fermés.

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Né en 1905, disparu en 1983, Raymond Aron a méthodiquement analysé les mutations des sociétés modernes en leur consacrant plus de trente livres. Pendant plus de trente ans il est descendu presque quotidiennement dans l’arène pour participer aux grands combats qui dans le bruit et la fureur de l’histoire ont divisé le monde au temps de la guerre froide.

Éditorialiste commentant à chaud l’actualité (au Figaro puis à l’Express) en même temps qu’universitaire, il a toujours veillé à intégrer ses jugements ponctuels dans une vision du monde... Poursuivre la lecture

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