Ecotaxe et Mistral : les coûteux ratages de Hollande

Mistral - CC Bernard Grua

Même si le temps passe vite, nous n’avons qu’à peine entamé la deuxième moitié du quinquennat hollandiste. L’avenir nous réserve donc encore plein de surprises, mais quand bien même, on peut constater qu’en trois ans, le Chef de l’Exécutif n’a pas mesuré ses efforts pour laisser une ardoise assez phénoménale. Et sans même se focaliser sur les grands indicateurs économiques du pays, calamiteux, deux feuilletons estivaux illustrent assez bien l’ampleur de la catastrophe.

Le premier est celui de l’écotaxe.

À tout seigneur tout honneur, il faut reconnaître que l’épineux dossier dont a hérité l’équipe socialiste de bras cassés actuellement au pouvoir provient des bidouilles de la précédente équipe de clowns dirigée par Sarkozy : jouant la fibre écologiste et ne reculant devant aucun montage douteux pour racler les fonds de poche des Français, le pouvoir d’alors avait jugé bon de mettre en place, à grands frais, des portiques de contrôle autoroutier à destination des poids-lourds, visant à taxer ces transports en fonction de l’axe emprunté et de la pollution qu’ils provoquent.

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Las. Entre un partenariat public-privé assez mal ficelé dont tout indique qu’il était d’abord destiné à rediriger de gros tuyaux d’argent public vers de petites plomberies privées, et les moyens mis en œuvre pour la collecte qui s’apparentent assez furieusement à un nouveau type de flicage, auxquels on doit ajouter les effets de bords des mesures envisagées qui renchérissent assez substantiellement les coûts des transports eux-mêmes, tout le dossier était destiné à partir en sucette.

De ce point de vue, l’actuelle majorité, récupérant un bébé aussi difforme que toxique, pouvait largement arrêter les frais en dénonçant bruyamment et médiatiquement le montage douteux et les évidents effets de bords néfastes que cette écotaxe entraînerait sur le pouvoir d’achat des Français. Il aurait été facile de faire de l’abandon de ce dossier un acte fort de la présidence Hollande, rejetant ainsi le passé trouble du précédent président. Ne rêvons pas : nos socialistes se seraient empressés de mettre un autre bricolage informe en place pour obtenir une forme différente de taxation écologique, mais au moins, les investissements conséquents (notamment l’installation des portiques à partir de 2012) auraient été évités.

Il n’en a rien été. Trop contents de trouver là un nouvel organisme ponctionnaire pour une pompe à phynance toujours demandeuse, nos socialistes emmenés par le fin stratège Hollande se sont empressés de signer l’accord le 18 juillet 2013 (avec Ayrault, c’est même Cazeneuve qui se chargera de barbouiller le contrat au nom des contribuables français), entérinant ainsi les dépenses que la société avait déjà faite depuis mai 2012 et justifiant largement leur extension jusqu’en 2014.

La suite, tout le monde la connaît : à la faveur d’un mouvement que la presse, avec sa puissance d’analyse habituelle, s’empressera de fustiger en toute neutralité, l’ensemble du dispositif est finalement abandonné et le dossier, impossible à régler à l’amiable, se traduira par une faillite retentissante des sociétés emberlificotées dans l’affaire, pour plusieurs milliards d’euros aux frais du contribuable. Pire : la défunte écotaxe serait même remplacée par un bricolage de la CSPE qui, « simplification » administrative oblige, alourdira inévitablement la facture du contribuable. En tout cas, certains socialistes tentent à tout prix de la remettre sur les rails.

En définitive, l’écotaxe se traduit par un scandale de même ampleur que celui du Crédit Lyonnais, même si son traitement médiatique laisserait croire à une simple bévue un peu coûteuse.

Le Président Des BisousMais comme je l’évoquais en introduction, un scandale de cette taille n’est pas suffisant pour un homme d’État de la trempe de Hollande. C’est sans doute pourquoi l’audacieux Président des Bisous a décidé de se prendre aussi les pieds dans le tapis de la géopolitique internationale et, une fois étalé sur toute sa (modeste) longueur, d’envoyer la facture aux inépuisables contribuables français.

Et là encore, reconnaissons à l’actuelle classe dirigeante qu’elle n’est pas l’initiatrice du pataquès phénoménal dans lequel elle s’embourbe avec ce qui, de loin, pourrait sembler être du plaisir. Tout commence en effet en 2011 : le ministre de la Défense d’alors, Alain Juppé, celui qui, premier minustre en 1995, parvint à rester droit dans ses bottes tout en retournant sa veste et en baissant son pantalon, signe le 25 janvier 2011 à Saint-Nazaire avec le vice-premier ministre de la fédération de Russie, Igor Setchine, une lettre d’intention portant sur la construction de quatre navires de classe Mistral, dont deux sont mis en chantier dans la foulée pour une modique somme tournant autour du milliard d’euros.

Jusqu’ici, tout va bien, et même mieux que bien : non seulement, la construction des bateaux se déroule sans accrocs, mais de surcroît, ils sont terminés dans les enveloppes de temps et de budget. Compte-tenu de la qualité générale de ces bâtiments, c’est plutôt un bon produit de la marine et de l’armement français, et pourrait constituer une excellente vitrine mondiale.

Patatras : la crise ukrainienne vient malheureusement tout mettre en péril. Devant l’ostracisation de la Russie par la communauté internationale (à tort ou à raison, la question n’est pas là), le gouvernement français hésite franchement à livrer aux Russes les bateaux, construits, payés et promis. Hollande, pusillanime et hésitant au point d’être parfaitement incapable de prendre la moindre décision courageuse sur le plan de la politique internationale qu’il ne maîtrise absolument pas, tergiverse et patine entre la nécessité de ménager la chèvre américaine et le chou russe.

hollande ceux qui attendent plus rien

Il faut dire que — coïncidence ? — pendant ce temps, les superbes mais trop onéreuses réalisations aéronautiques comme le Rafale peinent franchement à trouver acquéreur, les « amis » américains, qui ont de leur côté leurs propres avions à fourguer, n’hésitant pas à savonner la planche des vendeurs français, dont la collusion avec l’État français n’est d’ailleurs pas que bénéfique, renchérissant notoirement les coûts de fabrication et d’exportation.

L’épineux blocage de la vente des Mistrals prend alors une tournure presque cocasse. À mesure qu’il devient plus évident que leur livraison n’aura pas lieu, pouf, des Rafales (impossibles à vendre jusqu’alors) se trouvent enfin fourgués en Égypte puis en Inde. Le montant des contrats correspondants (5 milliards d’euros pour l’Égypte et presque autant pour les 36 rafales indiens, à 4.3 milliards d’euros) compenserait largement les pertes encourues sur les deux Mistrals russes.

Malheureusement, tout ne se déroule pas toujours comme prévu au Bisounoursland. Au milieu d’une confusion consternante mais maintenant habituelle sous l’ère hollandiste, il est maintenant certain que les bateaux ne seront pas russes et ce dédit va coûter plus d’un milliard d’euros au contribuable français dont la tonte se fait chaque jour plus rase. Et pour ne rien arranger, l’avenir des Rafales est tout sauf verrouillé.

D’une part, le plus gros morceau du contrat indien passe définitivement à la trappe, puisque l’Inde ne veut plus des 126 avions escomptés. D’autre part, la structure même du montage financier égyptien laisse perplexe : sur les 5,2 milliards concernés, dont pour le moment seul un acompte de 500 millions a été versé, la moitié est constitué de prêts négociés par l’état égyptien auprès de banques … françaises.

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Autrement dit, un État, endetté jusqu’au cou, actuellement assez instable politiquement et dont la qualité du crédit, si elle n’est certes pas grecque, n’est tout de même pas franchement excellente, emprunte 2,6 milliards d’euros auprès de banques d’un pays lui-même financièrement à la rue, pour acheter des avions coûteux que le grand frère américain regarde d’un mauvais œil, et on est prié de croire que tout va se passer comme sur des roulettes.

En somme, le compromis diplomatique des Rafales contre les Mistrals ressemble à un marché de dupes et le milliard de la rupture du contrat russe va s’ajouter aux montants maintenant colossaux de déficit, de dettes et de dérapages divers à la sauce « écotaxe » que le gouvernement accumule en plus des autres problèmes, encore plus prégnants (chômage en tête) et qu’il ne montre aucune capacité à savoir résoudre, même de loin.

On le comprend : Hollande, en récupérant le pays des mains de Sarkozy, a hérité d’un État qui avait déjà largement loupé le virage de la saine rigueur budgétaire, et entamé une trajectoire cahotante sur des chemins tortueux de la dépense tous azimuts vers le fossé de la faillite complète. Mais là où un président à la hauteur et une équipe compétente auraient minimisé les dégâts et ralenti la course, l’actuel locataire de l’Élysée a appuyé sur le champignon et amplifié la catastrophe par ses non-décisions et ses compromis calamiteux.

Dans ces conditions, les deux ans qui restent du quinquennat s’annoncent fort douloureux.
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