Le gouvernement ne gagnera pas contre Airbnb (ni contre Uber)

Noughts and crosses by Cryon(CC BY 2.0)

On n’arrête pas l’innovation, ni les solutions qui répondent aux besoins des consommateurs.

On n’arrête pas l’innovation, ni les solutions qui répondent aux besoins des consommateurs.

Noughts and crosses by Cryon(CC BY 2.0)
Noughts and crosses by Cryon(CC BY 2.0)

 

Perdu d’avance

uber rené le honzec« Mon véritable adversaire (…), c’est le monde de la finance » disait François Hollande en 2012 au Bourget. Ces derniers jours, chacun a pu constater que le président de la République s’était désigné un nouvel ennemi : Uber. Dans son combat contre l’innovation, il devrait trouver l’appui de la Ville de Paris qui a entrepris de lutter contre le développement d’un autre mal technologique : Airbnb.

Un article du Wall Street Journal la semaine dernière a montré que le site d’échanges d’appartement entre particuliers connait un boom extraordinaire à Paris. Il y aurait près de 30 000 appartements en location dans la capitale, dont 83% seraient des résidences principales. Le site a crû de près de 20 fois depuis 2011 ! Dans un quartier recherché comme le Marais, le nombre de nuitées réalisées par AirBnB en 2014 (plus de 66.000) a même dépassé le nombre d’habitants (64.795 !).

Le problème c’est qu’environ un tiers de cette offre serait illégale au regard du droit français. La mairie de Paris a donc entrepris de lutter contre ce phénomène économique et touristique, quitte à engager des actions en justice et obtenir d’importantes condamnations : 10.000 euros pour un propriétaire par exemple et même jusqu’à 130.000 euros pour un autre qui possède 13 logements. La Ville de Paris n’est toutefois pas seule à s’être lancée dans cette bataille hyper-régulatrice. L’Attorney general de New York a mené également une offensive tous azimuts contre le site, au nom d’un impérialisme régulateur.

Cette frénésie de contrôle à l’encontre de Uber comme Airbnb peut s’expliquer de plusieurs façons

uber-acanyi- (CC BY-SA 2.0)
uber-acanyi- (CC BY-SA 2.0)

D’abord, il est toujours plus facile de vouloir protéger les professions existantes que de soutenir le saut dans l’inconnu de la nouveauté. Les politiques tendent donc plus aisément l’oreille vers les taxis et les hôteliers. Cette défense du statu quo est d’autant plus aisée quand une profession entretient des relations de proximités avec le pouvoir : autrefois, le PDG de la compagnie de taxis G7 était le trésorier des campagnes de François Mitterrand ; en 2012 son successeur était celui de la campagne de François Hollande. Les nouveaux entrants ont beau engager des démarches gigantesques de lobbying (comme le fait Uber), les barrières sont très élevées.

Ensuite, ces contrôles sont l’illustration d’une logique publique selon laquelle il serait impossible et illégitime qu’un business se développe sans être contrôlé par l’État ni, surtout, taxé. Car le fond de l’affaire est là ; le chauffeur UberPop comme le propriétaire qui met son logement sur Airbnb ont un tort principal : échapper par leur statut « amateur » à une série de taxes (taxe de séjour, impôt sur les sociétés, etc.). L’État n’aime pas tant les taxis que leur argent.

Le problème est que ces stratégies sont irréalistes économiquement. On n’arrête pas l’innovation, ni les solutions qui répondent aux besoins des consommateurs. L’État peut espérer gagner un peu de répit en élevant des digues, mais la marée monte et elle les fera céder. Il serait mieux inspiré d’accompagner la transition des professionnels d’hier et de préparer le terrain pour les innovateurs de demain.

Une part de responsabilité politique repose également, peut-être, sur les nouveaux entrants : ils savent, les uns et les autres, que leurs modèles – pour bénéfiques et formidables qu’ils soient – déstabilisent des solutions bien installées, des professionnels habitués au confort de leur routine. Il est légitime que le politique s’en préoccupe et il serait intéressant que les nouveaux entrants contribuent à y réfléchir.

Ils ne devraient pas le faire par altruisme, mais par intérêt, car il ne leur suffira pas de contribuer fiscalement pour qu’une régulation favorable soit garantie. À moyen terme, la menace est à prendre au sérieux : la colère des professions d’hier sera d’autant plus forte que leur fin sera proche, démontrant une forte capacité de nuisance et faisant peser sur les élus une pression immense. Pris dans cet étau, le politique continuera de bloquer. Airbnb, Uber et les autres devraient l’aider à trouver une porte de sortie. Ils pourraient ainsi montrer au grand public – qui les perçoit déjà implicitement – les avantages de leurs modèles pour tous et pour toute l’économie. Ils devraient aussi réfléchir aux solutions à proposer aux professions d’hier : le secteur privé a son rôle à jouer, également, dans la conception de politiques publiques innovantes et bénéfiques pour tous.


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