Droit de préemption : l’extrême gauche, reine de la géométrie variable !

Propriété privée-Audesou- (CC BY-NC-ND 2.0)

Le droit de propriété n’est pas toujours inviolable.

Par le Parisien libéral

Propriété privée-Audesou- (CC BY-NC-ND 2.0)
Propriété privée-Audesou– (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Ce qu’il y a de fascinant avec l’extrême gauche, dans la capitale ou ailleurs, c’est sa maîtrise du « doublethink ». Quand on défend les valeurs extrémistes de gauche, il faut, dans un difficile exercice de novlangue, être capable d’accepter simultanément deux points de vue opposés et donc de rejeter le principe de non-contradiction.

Prenez, par exemple, le droit de propriété. Un enfant de deux ans sait très bien ce qu’est le droit de propriété : essayez un peu de reprendre un cadeau d’anniversaire ou un doudou. Ce droit, il a également été rappelé par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privési ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. » Les juristes nous parlent du droit de propriété comme étant le droit d’user (usus), de profiter (fructus) et de disposer (abusus) d’une chose, d’en être le maître absolu et exclusif dans les conditions fixées par la loi.

Or, malgré le caractère « inviolable et sacré » du droit de propriété, régulièrement, des politiciens tentent d’en priver les citoyens, pour des raisons de « nécessité publique ». Ces politiciens se recrutent le plus souvent à la gauche de la gauche, mais pas seulement. Or, ces politiciens ont d’autres valeurs, comme la volonté de faire du « social » (au sens que la gauche donne à ce terme) qui peuvent entrer en conflit avec un droit pourtant issu de 1789, la révolte du « tiers état » contre l’absolutisme. Du coup, attention, c’est la où ça se complique : on ne peut pas demander à une personne d’extrême gauche de renoncer au droit de propriété dans n’importes quelles conditions :

  • Laisser les associés d’une SCOP faire ce qu’ils veulent de leur entreprise, c’est bien ;
  • Laisser un méchant patron faire ce qu’il veut de son entreprise, ce n’est pas bien ;
  • Encourager la mairie de Paris à étendre le droit de préemption urbain renforcé, a priori, c’est bien ;
  • Laisser la mairie de Paris user de son droit de propriétaire pour changer l’affectation de locaux, ce n’est pas bien du tout dans certains cas !

Ainsi, prenez l’affaire  du collectif Ramponeau, du nom de cette rue du XXème arrondissement de la capitale, vers Belleville. C’est assez exemplaire.

Le collectif explique très clairement l’objet de son courroux : la mairie de Paris, qui a préempté une ancienne usine en 2005 (en violant donc le droit de propriété de l’ancien propriétaire) et en est devenue propriétaire, choisit maintenant de changer à nouveau l’affectation des locaux.

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Comme il s’agit d’artistes qui bloguent via Mediapart, et non pas d’une petite vieille à la retraite en butte à une bande d’antifas, ici, pas de bad buzz, pas de procès en sorcellerie, pas d’accusation d’extrémisme de droite. Au contraire, un soutien bienveillant, pas d’Anne Hidalgo évidemment, ni de Ian Brossat, bien embêté, mais du reste de la nomenklatura parisienne, de Danielle Simonnet (Parti de Gauche) aux collègues de NKM (les Républicains).

Et au fait, pourquoi les socialistes au pouvoir à la mairie de Paris préfèrent-ils expulser des artistes pour permettre à une auberge de jeunesse de s’installer ? C’est simple. Pour l’argent. Il faut bien financer toutes ces préemptions et ces HLM, surtout dans un contexte dans lequel la ville de Paris a, contrairement à l’opinion communément admise, un très gros problème de fuite de sièges sociaux d’entreprises et toutes les taxes afférentes ?

Le collectif de la rue Ramponeau, qui, au vu des scores électoraux aux dernières municipales, est sans doute d’accord avec le point de vue de l’extrême gauche sur les préemptions, ne comprend-il donc pas que le respect des principes constitutionnels ne saurait être subordonné à des contingences politiques de court terme, sous peine de vérifier deux maximes bien connues, à savoir « dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » et « le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres » ?

Un enfant de deux ans pourrait presque dire : tel est pris qui croyait prendre !


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