Qu’est-ce que l’Occident ? de Philippe Nemo

qu'est ce que l'Occident, par Philippe Némo (Crédits PUF, tous droits réservés)

Un ouvrage magistral, à lire et à relire.

Alors que les principes sur lesquels repose notre civilisation (liberté de conscience, d’expression, de religion, égalité hommes-femmes, fraternité universelle…) semblent rejetés ardemment et violemment par certains, jusqu’à la haine et la volonté de destruction, qu’est-ce au juste que l’Occident ?

 Par Johan Rivalland

qu'est ce que l'Occident, par Philippe Némo (Crédits PUF, tous droits réservés)Ce petit ouvrage de Philippe Nemo, qui vient établir une sorte de synthèse de son immense somme sur l’histoire des idées politiques (deux tomes), pose une question fondamentale et à laquelle il n’est pas simple de répondre de but en blanc.

Sa force est de nous apporter une réponse construite de manière simple et argumentée à la fois, tout en se basant sur les connaissances éprouvées de l’auteur, universitaire érudit et de caractère. Le tout en seulement 130 pages, ce qui est un véritable tour de force.

Philippe Nemo propose ainsi une structuration de la morphogenèse culturelle de l’Occident en cinq événements essentiels : l’invention de la Cité et de la science par les Grecs, celle du droit privé et de l’humanisme par Rome, la prophétie éthique et eschatologique de la Bible, la « Révolution papale » des Xle-XIIIe siècles, et enfin ce qu’il nomme les « grandes révolutions démocratiques modernes ».

Ces grandes étapes représentant autant de « miracles » ou « sauts évolutionnaires », pour reprendre les qualificatifs de l’auteur, ayant permis d’aboutir à l’esprit propre des Occidentaux d’aujourd’hui.

L’auteur se défend toutefois d’adopter une démarche essentialiste, l’Occident ne se réduisant pas à un peuple, mais à une culture successivement portée par plusieurs peuples, constitués d’ethnies différentes qui ont assumé volontairement des valeurs étrangères à celles de leur groupe d’origine, à l’image par exemple des européens, qui considèrent comme leurs ancêtres les Socrate, Cicéron, Moïse et Jésus, davantage que les Gaulois, entre autres.

Le dernier chapitre est, en revanche, davantage une réflexion sur l’avenir, propre à l’auteur, qui propose la mise en place d’une Union occidentale, dans le but de renforcer l’harmonie et les convergences d’esprit entre les entités qui en font partie, de manière à tenter d’obtenir une meilleure cohérence dans le nécessaire dialogue avec les autres civilisations, dont l’essence peut être fort différente, voire incompatible, tout en assurant une meilleure assise à un édifice qui demeure malgré tout fragile.

La vision développée est par moment relativement pessimiste (ou simplement réaliste et pragmatique ?) et le lecteur n’est pas forcé d’y adhérer complètement, mais la justification qui en est faite mérite tout l’intérêt dû à son instigateur.

Un ouvrage magistral, à lire et à relire. Fondamental pour avoir de bons repères sur nous-mêmes. Indispensable aussi à la réflexion et aux interrogations que l’on peut avoir face à l’hostilité farouche de certains à notre égard.