La loi du genre : interview de Drieu Godefridi

Contrepoints interviewe Drieu Godefridi à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage,

Interview de Drieu Godefridi à l’occasion de la sortie de La loi du genre, dans la collection « Les insoumis », dirigée par Patrick Smets, aux Belles Lettres.

Drieu GodefridiContrepoints : Drieu Godefridi, bonjour. Vous publiez La loi du genre, qui sort fin août et qui est en pré-vente sur Amazon. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, quelle en est la thèse ?

Drieu Godefridi : très volontiers. Ma thèse est double. D’une part, quoi qu’en disent ses partisans, la théorie du genre est une réalité. L’objet de la théorie du genre est l’étude de l’évolution, dans le temps et dans l’espace, des catégories du masculin et du féminin. Les définitions de ce qui est féminin, par exemple dans la France de Louis XIV, chez les Bochimans ou dans la Suède et l’Arabie saoudite de nos jours, d’évidence ne sont pas identiques. C’est l’évolution de ces conceptions, leur rapport aux autres catégories culturelles de la société considérée, ainsi qu’aux différences naturelles, qui est l’objet propre de la théorie du genre.

Par ailleurs je distingue, au sein de la théorie du genre, deux courants : le courant homosexualiste, et le courant féministe. Ces deux courants ont en commun de questionner l’altérité entre hommes et femmes, mais ils divergent pour le surplus. Les féministes du genre font abstraction de la biologie, sans la renier pour autant, en ayant pour objectif d’imposer une stricte égalité matérielle et des rôles entre hommes et femmes, dans la société. Quant au courant homosexualiste, porté par la philosophe américaine Judith Butler, il nie la différence biologique entre hommes et femmes (ou son autonomie par rapport au langage, ce qui revient au même), pour exiger le démontage des catégories du masculin et du féminin au profit de toute une série de catégories alternatives, notamment apparentées à l’homosexualité (fem, butch, garou, trans, queer, drag, etc.). Le projet de Butler est révolutionnaire au sens fort du terme, puisqu’il suppose une redéfinition radicale de ce qu’est l’être humain, désormais perçu comme une page blanche sur laquelle chacun vient inscrire le genre, donc le sexe, qui lui convient. Car il faut bien comprendre que, selon Butler et ses disciples, c’est le genre qui, en dernière analyse, détermine notre représentation du sexe : le sexe est une réalité culturelle de part en part.

La loi du genreVous qualifiez les féministes du genre « d’idiotes utiles » du genre homosexualiste. Qu’est-ce à dire ?

Que les féministes du genre qui pensent que les auteurs du genre homosexualiste se soucient des intérêts des femmes devraient lire plus attentivement Trouble dans le genre, de Butler. Comment soutenir que des théories qui reposent sur la négation de la catégorie « femme » – pur fantasme culturel selon Judith Butler, Monique Wittig, etc. – soient de nature à avancer les intérêts de la femme ? Do you have a vagina ? fut-il demandé à Monique Wittig lors d’une conférence. À quoi cette intellectuelle répondit tranquillement « No », ce qui est cohérent avec son point de vue intégralement culturaliste et naïvement idéaliste (selon lequel le langage crée la réalité).

Sylviane Agacinski a bien cerné la manœuvre en parlant de « subversion du féminisme » par le genre homosexualiste : sous couvert de féminisme, il s’agit d’avancer des intérêts certes légitimes, mais complètement distincts, qui sont ceux de la communauté homosexuelle. Tout à leur obsession d’une égale répartition des tâches ménagères entre hommes et femmes – la grande affaire des féministes du genre, le croiriez-vous ? – ces féministes ne comprennent pas qu’elles s’inscrivent dans une théorie plus globale qui sape le fondement même du combat des femmes, en niant la spécificité, et en dernière analyse la réalité même, de leur sexe.

En quelques mots, pourquoi nos lecteurs devraient-ils acheter La loi du genre ?

Les lecteurs de Contrepoints achèteront La loi du genre s’ils veulent savoir, en 90 pages, l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur la théorie du genre. Plus modestement, je dirais que c’est une introduction à une théorie dont l’influence contemporaine, notamment en droit occidental, ne doit pas être sous-estimée, particulièrement d’un point de vue libéral.

En effet, c’est toute la tradition du droit, dans la tradition libérale, qui vise à brider l’arbitraire de l’État, et à le bannir dans le champ du droit pénal. Or, des théories aussi fantaisistes et mal assises que le genre, qui perçoivent de la violence jusque dans les catégories du langage, exigent l’invention de toute une cascade de nouveaux délits – délit général de violence psychologique, délit de violence économique, etc. – qui livrent l’individu pieds et poings liés à l’arbitraire de la puissance publique.

  • Drieu Godefridi, La loi du genre, collection « Les insoumis », Les Belles Lettres, août 2015, 80 pages.