Cette journée de libération fiscale que les sociaux-démocrates détestent

Cette année, c’est le quotidien Libération qui prend le parti de défendre l’oppression fiscale.

La « journée de libération fiscale » a le don de mettre en rogne les journalistes de la presse subventionnée. Cette année, c’est le quotidien Libération qui prend le parti de défendre l’oppression fiscale.

Les sociaux-démocrates sont très habiles en production d’éléments de langage en vue de faire passer des vessies pour des lanternes. Dans leur bouche, les prélèvements obligatoires deviennent des « contributions », la ponction fiscale est renommée « consentement à l’impôt », la coercition n’est rien d’autre que de la « solidarité », les charges sociales qui financent des prestations de piètre qualité sont des « cotisations » pour la « sécurité-sociale-que-le-monde-entier-nous-envie », etc. Contrairement à eux, il faut bien l’admettre, les libéraux manquent souvent de sens marketing pour défendre leurs idées, préférant s’enfermer dans des analyses conceptuelles et des ratiocinations absconses, difficilement compréhensibles par le commun des mortels. Alors, quand je constate combien la journée de libération fiscale enquiquine chaque année les étatistes, je me dis que cette initiative est certainement ce que les libéraux ont inventé de mieux pour promouvoir les idées de liberté.

Journée-de-libération-fiscale-2016La journée de libération fiscale désigne le premier jour de l’année où nous pouvons dépenser l’argent que nous avons gagné comme bon nous semble. Elle cherche à mesurer la part de nos revenus qui est socialisée ou, si vous préférez, le coût des services que nous impose l’État. Selon le Prix Nobel d’économie Milton Friedman, il s’agit du jour où nous pouvons « commencer à payer pour les biens que nous choisissons à la lumière de nos besoins et de nos désirs ». Évidemment, cette date est avant tout symbolique : son intérêt est d’informer sur le poids excessif des dépenses publiques restreignant le pouvoir d’achat réel des contribuables, c’est-à-dire leurs libertés individuelles.

Chaque année, avec le cabinet Ernst & Young, l’Institut économique Molinari (IEM) effectue le calcul des journées de libération fiscale pour les 28 pays membres de l’UE, à partir des données officielles de l’OCDE. La date est déterminée en prenant en compte le taux d’imposition d’un salarié moyen, et en reportant ce pourcentage au calendrier annuel. Cette année, le salarié français ne sera libéré de ses obligations fiscales qu’à partir du 29 juillet, soit 1 jour plus tard que l’an passé et 3 jours de plus qu’en 2010. Si vous voulez en savoir davantage, je vous encourage à lire dans nos colonnes cet article qui présente les principaux résultats de l’étude, ainsi que l’interview que Cécile Philippe, directrice de l’IEM, a accordée à Contrepoints.

Comme chaque été, l’étude montre que la France a le triste privilège de se situer en tête du palmarès des pays taxant le plus leurs salariés, tout juste derrière la Belgique. Comme chaque été, le scandale du matraquage fiscal qui réduit à peu de choses le pouvoir d’achat réel des Français est dévoilé dans la presse. Comme chaque été, les étatistes enragent. Et puisque la réalité des chiffres n’est pas conforme à la vision douillette qu’ils se font de l’État-providence, ils préfèrent casser le thermomètre pour continuer à se bercer d’illusions. Il y a deux ans déjà, des journalistes du Monde s’étaient empressés de dire tout le mal qu’ils pensaient de cet indicateur nécessairement « biaisé ». Cette année, c’est Luc Peillon de Libération qui est monté au créneau pour défendre le paternalisme étatique et l’oppression fiscale. Et en bon petit soldat de la presse subventionnée, il n’y va pas avec le dos de la cuiller : « Tiré d’un gloubiboulga pseudoscientifique, la date à partir de laquelle les Français travailleraient pour eux-mêmes ne recouvre aucune réalité sérieuse », nous dit-il. Si le ton de l’article se veut virulent, l’argumentation bricolée en plagiant l’article du Monde d’il y a deux ans fait peine à voir.

La critique porte tout d’abord sur le choix des éléments de calcul : le journaliste de Libération s’étonne que l’IEM ait choisi de partir du coût employeur, intégrant les cotisations patronales, pour calculer un taux d’imposition réel. « Si l’institut, en toute logique, avait exclu les cotisations patronales, la France serait mieux classée de six places. Le Français serait ainsi «libéré» avant des pays comme l’Autriche, la Hongrie, les Pays-Bas, et surtout l’Allemagne. » Sacré Luc ! Il fallait y penser, en effet : en excluant du décompte certains prélèvements, les Français paraîtraient moins ponctionnés ! Plus sérieusement, on se demande bien à quelle « logique » Luc Peillon prétend se référer. Certainement pas aux logiques économique et comptable en tout cas. Rappelons qu’en matière de rémunération, il n’y a que deux chiffres qui ont un sens économique :

  • Soit on se place du côté de l’employeur, dans ce cas la rémunération désigne tout l’argent qu’il débourse pour employer un salarié, ce que l’on nomme masse salariale ou coût de la main d’œuvre, ou encore « salaire complet ».
  • Soit on se place du côté du salarié, dans ce cas la rémunération désigne l’argent que celui-ci reçoit effectivement de l’employeur sur son compte bancaire après la ponction des organismes sociaux, c’est-à-dire le salaire complet moins l’ensemble des cotisations sociales, autrement dit le salaire net.

Ce raisonnement fondé sur le « salaire complet » n’a rien d’une fantaisie libérale, c’est tout bonnement la façon dont les rémunérations sont comptabilisées dans les entreprises selon les normes comptables en vigueur édictées par l’État. Au sein de nos universités, tout étudiant en gestion apprend ainsi dans les premiers mois de sa formation que ce que l’on nomme « salaire brut » ne recouvre aucune réalité économique et sert uniquement de base de calcul pour les charges sociales. Il est tout de même ahurissant qu’un chroniqueur qui officie dans la rubrique économie d’un grand média ne maîtrise pas des notions aussi fondamentales.

Ajoutons que cette façon de faire est largement utilisée par les économistes. L’OCDE l’emploie notamment dans son étude annuelle de référence Taxing Wages. Comme l’IEM, l’OCDE prend en compte les charges patronales, les charges salariales et l’impôt sur le revenu pour calculer un « fardeau fiscal » sur les revenus du travail. L’administration française fait fréquemment de même dans ses analyses. Ce fut par exemple le cas dans une comparaison France-Allemagne récente (Cahiers de la DG Trésor – n° 2012-02 – p.6), intégrant les charges patronales au même titre que les charges salariales.

On comprend que les étatistes cherchent à falsifier de telles réalités car elles sont particulièrement cruelles pour l’économie française. Ainsi quand on fait une comparaison des salaires complets à l’échelle de l’UE, on s’aperçoit que, pour offrir un même pouvoir d’achat de 100 euros à leurs salariés, les employeurs français doivent débourser en moyenne 235 euros là où les employeurs allemands ou britanniques ne doivent verser respectivement que 210 ou 154 euros (cf. tableau ci-dessous). Le fardeau fiscal grève notre pouvoir d’achat et plombe la compétitivité de notre économie.

Pouvoir d'achat salaire complet UE
Source : Institut économique Molinari, Fardeau social et fiscal de l’employé moyen au sein de l’UE, 6e édition, juillet 2015.

 

L’autre grande critique adressée par le journaliste de Libération est que la majeure partie des fonds ponctionnés est finalement réinjectée dans l’économie sous forme de subventions aux entreprises, mais aussi d’aides sociales, etc., en vertu de quoi le taux de prélèvements obligatoires ne s’établirait pas à 57% en France, mais bien plus bas, à 17% après transferts entre les différents agents économiques. « Un chiffre stable depuis plus d’un demi-siècle », nous affirme-t-il péremptoirement, avant d’ajouter que « il est faux de dire que le pouvoir d’achat «réel» des ménages débute après la libération fiscale. »

Eh bien, heureusement que les Français obtiennent en retour de leurs différents impôts, taxes, cotisations sociales et autres prélèvements quelques « revenus de transfert » ou « services publics » ! Mais Monsieur Peillon, comme beaucoup, feint de ne pas comprendre la signification de la journée de libération fiscale pour mieux la caricaturer. Cette date ne désigne pas « le moment de l’année où le contribuable français cesse de travailler pour l’État », comme il le prétend en introduction de son article, mais le moment de l’année où les gens vont pouvoir enfin librement choisir d’utiliser comme bon leur semble les fruits de leur travail. En bon social-démocrate qui se moque totalement des libertés individuelles, il réduit la notion de « pouvoir d’achat » à une acception bêtement matérialiste. Si les mots ont encore un sens, un individu possède un « pouvoir » d’achat s’il peut dépenser librement son salaire sans que l’État ne lui impose une dépense, s’il peut formuler ses choix d’achat librement. En tant que journaliste de presse subventionnée, il n’est d’ailleurs pas étonnant que le chroniqueur de Libération ait mentionné la « subvention aux entreprises » comme exemple de transfert. Un lecteur de quotidien a un pouvoir d’achat réel lorsqu’il peut choisir librement d’acheter tel ou tel journal. Mais lorsque l’État lui prend dans sa poche de contribuable des fonds pour financer un quotidien qu’il ne lira jamais – au hasard, Libération – ce transfert ne lui a rendu aucun « pouvoir d’achat ».

Évidemment, les indécrottables défenseurs du paternalisme étatique voudront nous faire croire que les décisions de l’État-providence sont plus éclairées que celles prises librement par les individus. Les groupies de l’oppression fiscale essaient généralement de nous faire avaler que le niveau des dépenses publiques est la contrepartie d’une qualité de vie enviée. Une corrélation battue en brèche par les indicateurs internationaux : malgré une libération fiscale quasiment la plus tardive de toute l’UE, la France n’est que 7e sur le classement de l’Indice de Développement Humain (IDH). À l’inverse, d’autres pays aux dépenses bien plus basses font nettement mieux (Allemagne, Danemark, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni ou Suède).

IDH et tx de socialisation
Source : Institut économique Molinari, Fardeau social et fiscal de l’employé moyen au sein de l’UE, 6e édition, juillet 2015.