Liberland : en lutte pour sa survie

Quel avenir pour le Liberland, ce nouveau micro-État libéral ?

Par Brice Rothschild et Xavier Driancourt.

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Le Liberland est une vaste île (trois fois Monaco) sur le Danube entre la Serbie et la Croatie. Ses fondateurs ont saisi l’opportunité d’un conflit de définition de frontière entre ces deux États pour créer ex-nihilo un État aux pouvoirs très limités dont l’objet est de faire respecter la liberté individuelle. Son slogan, Vivre et laisser vivre, dit tout.

La définition croate de la frontière correspond à l’ancien et sinueux passage du Danube, tandis que la définition serbe correspond au passage plus direct du Danube d’aujourd’hui. Le territoire du Liberland se situe sur l’île de Siga qui se trouve donc être une terra nullius selon les deux définitions. D’autres îles sont revendiquées par ces deux États ; la plupart sont contrôlées par la Serbie dont la théorie frontalière est militairement plus facile à mettre en œuvre.

La Serbie est bienveillante à l’égard des liberlandais. Au contraire, la Croatie fait arrêter par sa police toute personne qui s’aventurerait sur cette terre. L’île du Liberland serait un petit lot de consolation pour la Croatie si celle-ci venait à reconnaître la théorie frontalière Serbe. Cependant la Croatie se refuse à reconnaître la théorie Serbe et se trouve donc en contradiction avec sa propre théorie quand elle occupe le Liberland.

La Liberland Settlement Association a pour objectif d’aider en pratique à l’établissement des premiers colons. Sur place, elle est l’organisation la plus active. Pour le moment, elle organise les missions de revendication du territoire face à la police croate. Son quartier général, situé en Serbie à proximité du Danube, permet un accès facile au Liberland.

Dernièrement, le liberlandais Crom s’est placé au centre du débat juridique croate concernant le Liberland. Entré au Liberland en provenance de la rive serbe du Danube moderne, il a d’abord été arrêté par la police croate au motif d’une entrée irrégulière en territoire croate, et temporairement interdit de sortie du territoire croate. Puis arrivant au Liberland en provenance de la rive croate de l’ancien Danube, il a été à nouveau arrêté par la police croate cette fois-ci au motif de sortie irrégulière du territoire croate.

L’objectif de la LSA est de mettre en lumière l’incohérence juridique des autorités croates pour qui le Liberland serait à la fois dans et hors de la Croatie. Il s’agit de contraindre la Croatie à clarifier la position réelle de ses frontières à la double lumière de sa doctrine danubienne et de son occupation du Liberland.

Pour le moment, les autorités croates semblent vouloir faire payer chèrement à Crom la mise en lumière de cette incohérence. Selon la LSA, le mardi 14 juillet, un juge de première instance, sans audition de la défense, a condamné Crom à 58 jours de prison. Une telle condamnation, prononcée sans les plus élémentaires mesures de respect du droit de la défense, jetterait sur la justice croate une lumière crue, indigne de l’Union Européenne dont la Cour de Justice risque ne pas en apprécier les méthodes et l’incohérence.

L’avenir du Liberland est pour le moins incertain. Si la Croatie finit par se conformer à sa propre définition de la frontière, une nouvelle page pourra s’écrire pour les liberlandais. Si à l’inverse la Croatie se range à la définition serbe de la frontière, qu’en sera-t-il de ce beau projet ? Dans ce scénario, les liberlandais pourront afficher fièrement leur contribution à la paix dans les Balkans.

Pour peser, la participation de nombreuses bonnes volontés pourrait s’avérer décisive. Il s’agit de montrer que le projet est largement soutenu et non l’œuvre de quelques adulescents emprunts de folie. La liberté individuelle a toujours été une notion si subversive que ses défenseurs, qualifiés de fous dans ce monde orwellien, n’ont que trop rarement eu une si belle occasion de montrer que la folie a du bon !