Va te faire voir chez les Grecs !

François Hollande (Crédits : Donkeyhotey, licence creative commons)

La « passion française » pour la Grèce va-t-elle nous perdre ?

Par Marc Suivre.

François Hollande (Crédits : Donkeyhotey, licence creative commons)
François Hollande (Crédits : Donkeyhotey, licence creative commons)

Pan sur le bec ! Tout à leur Tsiprasomanie galopante, nos journalistes et autres faiseurs d’opinion ne l’ont pas vu venir. Alors que le psychodrame grec battait son plein et que l’inquiétude commençait à poindre sur la meilleure façon de sortir de ce bourbier, un sondage mené conjointement en France et en Allemagne confirmait qu’outre-Rhin, les Allemands faisaient confiance à leur Chancelière pour les sortir de la mouise. Jusque-là, rien d’anormal. Le fait que les Français pensent à plus de 44 % que la même Angela détient la solution est nettement plus comique. Seuls 22 % de nos compatriotes estiment que Hollande « l’audacieux » est en mesure de faire le job (les naïfs).

Il y a des jours où il n’est pas nécessaire de bouder son plaisir et le 8 juillet dernier compte au nombre de ceux-là. En être arrivé à ce stade de crédibilité, après seulement trois années de pouvoir, est un signe qui ne trompe pas. Le rejet inédit dont « jouit » celui qui ambitionnait d’être « un Président normal » est proprement hallucinant. Sa présidence normale se transforme, chaque jour un peu plus en une présidence d’anormal.

La crise grecque est surtout celle du socialisme

La crise grecque met en pleine lumière la duplicité des socialistes (français et grecs) et l’inanité de leur pensée (l’homothétie est telle qu’il est délicat de mettre un pluriel). C’est avec la complicité active de François Mitterrand (et de ses successeurs) que les amis de Papandreou (et de son neveu) ont mis le pays de Socrate en coupe réglée. Appliquant les vieilles lunes de Solférino, les très francophiles animateurs du Pasok ont, durant 30 longues années, précipité la Grèce vers sa faillite actuelle. Avec une minutie de satrapes levantins, les socialistes grecs ont multiplié les postes de fonctionnaires comme autant de prébendes réservées à leurs seuls fidèles, tout en maintenant les oligarques et autres armateurs bien à l’abri de toute contribution. Ajoutez à cela des retraites mirobolantes et vous avez toutes les facettes d’un pays de rentiers artificiels, totalement dépendants du socialisme éclairé (so to speak).

Vous me direz que nos socialistes à nous, n’ont pas procédé autrement et vous aurez raison. À cette différence près qu’en France, nous sommes les champions de la ponction fiscale. Notre génie taxatoire sait, en outre, qu’il peut s’appuyer sur une administration, d’autant plus prompte à la mise en œuvre de l’innovation que, contrairement à son homologue grecque, elle n’est que trop consciente de la fragilité de ses privilèges. Le fait que sa pérennité dépende de sa capacité à faire cracher le contribuable au bassinet est le secret de la « réussite française » face à l’échec grec.

En France comme en Grèce, le riche est très riche, mais son faible nombre combiné à la liberté de circulation, rend le volatile très difficile à plumer. Il faut donc se rabattre sur le menu fretin qui a le double avantage d’être plus nombreux et nettement moins délocalisable. Et c’est ainsi que chez nous, grâce à l’habileté des socialistes (canal historique ou assimilé), le poids de l’impôt et de l’administration repose essentiellement sur la classe moyenne et moyenne supérieure, tandis qu’en Grèce, faute de système de collecte efficace, elle repose sur… le contribuable européen.

Tous les idéologues d’extrême gauche qui s’agitent en ce moment pour louer « Saint Tsipras » et prendre la défense du « Peuple grec humilié » veulent en réalité que perdure un système mafieux, consistant à faire prendre en charge par les contribuables de l’UE, en plus de leurs propres administrations, un peu de celle de la Grèce. Une sorte de mutualisation du parasitisme en quelque sorte. Les subprimes ne fonctionnaient pas autrement, avec le résultat final que nous connaissons. Le fait que l’opinion publique de nombreux pays membres (Allemagne en tête) réalise l’ampleur de l’arnaque, explique pourquoi ce « bon » Tsipras se trouve aujourd’hui si acculé que son référendum lui est devenu aussi utile qu’un cautère sur une jambe de bois.

Pour être libre, il ne faut rien devoir à personne

Poser à un Peuple la question de savoir s’il consent à faire des efforts pour se sortir de la mouise, ou s’il préfère que d’autres paient pour lui, est un exercice au résultat couru d’avance mais qui ne relève absolument pas du populisme. Non, pas le moins du monde ! À ceux qui, habituellement, poussent des cris d’orfraie dès que l’on suggère, par exemple, que l’euro n’est pas forcément un instrument idéal au service de l’indépendance de la France, nous conseillons de réfléchir à ce qu’entraîne leur soutien à Syriza. Les actuels défenseurs de la souveraineté grecque n’ont pourtant, en général, pas de mots assez durs pour mépriser le « populisme » des Français…  Bref, ce qui est bon pour un Grec ne l’est pas pour un Français et vice-versa : la tartufferie de nos élites politico-médiatique est sans limites.

Ceci étant, tout le monde comprend intuitivement que se pointer devant son banquier en lui disant que : parce qu’il vous a trop prêté, non seulement, vous ne le rembourserez pas, mais qu’en plus vous exigez de lui qu’il vous en prête encore, car vous n’avez toujours pas décidé de vous mettre au boulot, n’est pas le meilleur moyen de parvenir à ses fins. Quand, en plus, vous vous adressez à des États qui savent bien qu’ils ne reverront pas le premier centime de l’argent que vous leur avez préalablement extorqué, vous avez beaucoup de mal à les convaincre de remettre cent sous dans le bastringue, au nom du droit imprescriptible (mais fort discutable) de votre peuple à croire à toutes les fariboles que vous lui avez fait avaler pour parvenir au pouvoir.

Tant que les inventeurs du tonneau des Danaïdes ne se donneront pas les moyens d’être un État moderne et non la survivance d’une province ottomane incapable de se suffire à elle-même, la Grèce ne pourra pas compter au nombre des pays membres de l’euro. Elle ne l’est qu’au prix d’un maquillage de ses comptes publics qui fait passer les bidouillages d’Enron pour une amusante broutille. Depuis des années que nous investissons à fonds perdus dans ce champ de ruines antiques, les gouvernements grecs qui se sont succédé n’ont jamais été foutus d’accoucher d’un cadastre. La fraude fiscale est tellement répandue chez les Hellènes que l’on ne peut plus parler, à ce stade, d’un sport national, mais bien plutôt d’un style de vie. Bref, la Grèce ne sera jamais indépendante tant qu’elle ne s’en donnera pas les moyens. Le référendum qui vient de se tenir, non seulement la condamne à sortir de l’euro, car il prouve qu’ils ne feront jamais les efforts nécessaires, mais porte en lui les germes d’une expulsion de l’Europe.

Le socialisme arrive toujours très vite à court de l’argent des autres

Margaret Thatcher avait raison, les socialistes finissent toujours dans le mur. Nous ne devons notre survie qu’au fait que nos Présidents n’étaient socialistes que pour se faire élire. Imaginez un peu que Benoit Hamon, Claude Bartolone ou Gérard Filoche aient eu des responsabilités. C’est précisément ce qui est arrivé aux Grecs. Et maintenant, pour les sortir de la panade, ils comptent sur les fils spirituels de Georges Marchais et de Cohn-Bendit (mâtinés de Garcimore et de Devos). Le problème avec la faillite annoncée d’Athènes, faute d’avoir mis en œuvre les réformes qui ont permis à l’Espagne, au Portugal et à l’Irlande de s’en sortir, c’est que cet échec aura des conséquences sociales dramatiques.

À force de se laisser bercer par les discours de tous les populistes qui leur promettent la lune, pour finalement les laisser sur le sable, les Grecs risquent de se montrer irritables, voire désespérément violents. Tsipras a beau tout promettre, nous savons déjà qu’il ne tiendra aucun de ses engagements européens car il a promis exactement le contraire à son peuple. La question est moins de savoir quelle promesse il finira par respecter que de savoir quand les Grecs se rendront compte qu’on les berce d’illusion depuis 30 ans. Ils n’ont pas les moyens de leur train de vie et l’ajustement va être brutal. Dans un pays, en réalité, bien plus oriental qu’européen, la violence politique débouche, le plus souvent, sur une bonne vieille dictature de derrière les fagots. C’est en ce sens que « le berceau de la démocratie » risque de se faire jeter de l’Union Européenne, comme un malpropre. Lorsque nous aurons, à notre porte, un pronunciamiento militaire ou une nouvelle démocratie populaire qui l’une et l’autre ne trouveront leur salut que dans une confrontation avec l’ennemi héréditaire turc, nous serons dans de beaux draps et le populisme socialiste aura atteint, là, un de ses plus remarquables résultats.

Et nous, pendant ce temps-là…

Face à ces sombres perspectives, Normalito et Manolito bombent leurs torses velus et font… de la politique intérieure. Ils tentent l’impossible synthèse interne, entre leurs souverainistes Tsipraso-fanatiques et les autres qui trouvent que toutes ces conneries ont assez duré. Pépère gère la crise grecque en Premier secrétaire du PS qu’il n’a jamais cessé d’être. Il tente de dégager un consensus de Président de Conseil général autour de « valeurs » que plus personne ne partage. Il fait dans son coin sa petite soupe, dans sa petite marmite en n’y conviant personne, surtout pas les Allemands. Pas étonnant, dans ces conditions que les Français plébiscitent Angela Merkel. Les journalistes dépendants ont beau clamer, sur tous les tons, que le referendum de Tsipras et le pseudo accord est un échec pour la Chancelière allemande, force est de constater que l’on peine à mesurer le succès de Hollande dans la même affaire.

L’Europe, le FMI et tous les partenaires réunis au chevet d’une Grèce malade de son incapacité à devenir une nation moderne ne sont pas le diable incarné. Alexis Tsipras n’est pas Saint Georges terrassant le dragon germanique. Il est, en réalité, le dernier avatar d’un passé révolu qui faisait de la Grèce un territoire archaïque, vivant aux crochets d’un puissant suzerain. Que ce dernier soit l’Empire romain, ottoman ou britannique, la France ou l’Union Européenne importe en réalité assez peu. La Grèce n’a jamais été indépendante. Faire du referendum du 5 juillet dernier, une manifestation de la liberté des Grecs, a autant de sens que de prétendre que le Tibet est une province autonome. La liberté a un coût : celui de la réforme qui passe par une sortie de l’euro, une autonomie monétaire retrouvée (avec la dévaluation brutale qui l’accompagne), une compétitivité rétablie et un niveau de vie en rapport avec les richesses produites et non plus extorquées à crédit. Enfin il convient d’ajouter à tout cela la mise en place d’un système fiscal moderne et non plus moyenâgeux.

La France socialiste peut effectivement, une dernière fois, venir au secours de la Grèce sur un point très particulier. Il est en effet indéniable que le parti de l’intelligence réalise, en matière fiscale, la synthèse parfaite entre le clientélisme antique, la rapacité moderne et l’inquisition moyenâgeuse. Ses conseils seront donc très précieux. En dehors de cela, difficile de donner aux Grecs des leçons de réalisme économique, tant nous en manquons nous mêmes. Si la Grèce est « une passion française » aux dires de Manuel Valls, force est de constater que cet amour est aussi coûteux qu’à sens unique. Car, en dehors de la reconnaissance de la danseuse pour son riche (quoique…) bienfaiteur, qu’en retirons-nous ? Rappelons-nous que cet évergétisme français a un précédent. Bien avant le fiasco des emprunts russes, dans les années 1880, les épargnants de notre beau pays avaient déjà été plantés par la première faillite du pays de Platon. Aujourd’hui ce ne sont plus les épargnants, mais les contribuables qui seront lésés. Beau progrès ! Si l’histoire ne se répète jamais, en revanche, elle bégaye souvent.


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