Grexit – Aller simple

Départ d'avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)

Un aller simple pour la Grèce, un autre aussi pour l’Union européenne ?

Par Thierry Lhôte.

Départ d'avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)
Départ d’avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)

Selon une dépêche de Reuters du 14 juillet au soir, et d’après la fuite d’un rapport récent du FMI, la fermeture des banques et l’établissement de contrôle des capitaux auraient quasiment paralysé l’économie grecque au point de faire dériver la dette du pays vers des projections atteignant un pic de 200% dans deux ans.

Le FMI analyse qu’un allègement conséquent ou une période de grâce de 30 ans sur le service de la dette devrait être accordé.

Information intéressante dans la même dépêche de Reuters : selon une source de l’Union Européenne, ce rapport était connu dès samedi des ministres des Finances lors de la réunion de l’Eurogroupe et bien évidemment lors de celle des chefs d’État.

D’après une analyse du Telegraph, le FMI serait prêt sans décision en ce sens à soustraire sa participation à ce dossier si le conseil de la zone euro ne changeait pas son orientation actuelle qui est celle d’un rejet de toute renégociation de la dette grecque.

D’autres données de base très accessibles sont aussi très révélatrices, selon ce post d’un blog du Financial Times le ratio de la dette grecque se serait accéléré ces dernières années non par l’augmentation de cette dette mais par le déclin violent du PIB du pays. En fait la dette grecque n’a crû que de manière marginale depuis 2009 ; elle est même la seule à avoir opéré un retrait depuis 2011. Toujours d’après ce billet, la Grèce est aussi le meilleur élève en austérité de la zone euro au niveau de la coupe des dépenses publiques, soit 20% de réduction depuis 2009, et 30% de réduction depuis 2011. Ce qui a définitivement tué les revenus de l’État semble être la baisse drastique de l’activité économique qui s’est produite à la suite de ces coupures.

Un article remarquable du Financial Times de Wolfgang Munchau, présente une nouvelle image de l’Union Européenne ; l’auteur pense que la brutalité des créanciers de la zone euro a détruit l’âme du projet initial, une union monétaire qui devait aboutir à l’union démocratique.
Après le constat que l’euro n’a pas fonctionné pour la Finlande et qu’en Italie il s’était traduit par un désastre industriel, et si les aspirations économiques et politiques continuent d’être écartées, comme le prouve la défiance patente des réunions sur la crise grecque, l’Europe se retrouve avec un projet d’euro « utilitarien » qui n’est qu’une version mineure et moins efficace des mécanismes de taux de change européen précédents, déjà contraignants.

Il ne faut pas être passé à côté, non plus, d’un autre article d’Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph, estimant que le traitement dont a hérité la Grèce à la suite de son référendum est digne de celui que l’on aurait concocté pour un pays hostile colonisé. Cet article suggère aussi que les deux leaders de Syriza n’avaient pas menti en évoquant les négociations impossibles avec les membres de la zone euro, l’issue offerte à Tsipras pour y demeurer ne résolvant pas les problèmes économiques du pays. Ambrose Evans-Pritchard conclut sur un tableau diplomatique désastreux pour le projet européen, une perte de crédibilité globale qui transforme l’accord pour les créanciers de la zone euro en victoire à la Pyrrhus, comme était la victoire du référendum pour AlexisTsipras.

Ces quelques liens me semblent être les plus significatifs ; il est possible que jamais l’écheveau de décisions qui a conduit à ses faits ne sera démêlé, pas même pour les futurs historiens. Le seul élément qui semble se dégager est que les considérations de politique intérieure ainsi que le poids symbolique des errances grecques pré-2009 accentue la perspective d’un Grexit prochain.

Un aller simple pour la Grèce, un autre aussi pour la zone euro et plus largement l’Union ?

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