Crise grecque : où est Dick Fosbury ?

Dick Fosbury - Saut - Crédit photo : C-reel via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

La Grèce est au bord du chaos. Il n’y a rien à perdre et tout à gagner à entreprendre des réformes structurelles audacieuses.

Par Patrick de Casanove

Dick Fosbury - Saut - C-reel (CC BY-NC-SA 2.0)
Dick Fosbury – Saut – Crédit photo : C-reel via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

 

La crise grecque a éclaté le 21 octobre 2009 quand le ministre grec des Finances a annoncé un déficit public de 12,5% du PIB au lieu des 3,7% attendus.

Deux plans de sauvetage qui furent des échecs se sont succédé. « La dette grecque s’élève à plus de 315 milliards d’euros soit 175% du PIB grec. Un PIB qui est passé de 237 milliards en 2009 à 179 milliards en 2014 (…) les gouvernements successifs ont dû diminuer les salaires d’un tiers dans la fonction publique et le secteur privé. Le revenu des ménages a chuté de 35%. Le nombre de fonctionnaires a été réduit d’un tiers de 2009 à 20014. Un quart des entreprises grecques a dû fermer ». La Grèce est en défaut de paiement depuis le 3 juillet. Le chômage atteint 25,7% et celui des jeunes 50%. Le FMI estimait le 3 juillet à 55,42 milliards d’euros les besoins d’aides de la Grèce dans les 3 ans à venir. Les gens souffrent et pleurent devant les distributeurs de billets fermés.

C’est l’échec des constructivistes européens et grecs. Ce sont les politiciens grecs qui, par des politiques étatiste et clientéliste, ont conduit le pays au bord de l’effondrement. Ce sont les politiciens européens qui ont mis en place une Europe dont les objectifs sont inconnus ; une Europe qui se fissure sous l’effet de la crise économique, la crise grecque étant la plus patente. Obnubilés par leur obsession de bâtir une Europe de la réglementation, des subventions, du super État et de l’uniformité, ils ont accepté pour des raisons idéologiques n’importe qui, n’importe quoi, n’importe comment. Quand la crise a éclaté ce sont ces constructivistes qui ont d’un côté proposé et de l’autre accepté de prétendues réformes qui n’étaient que des mesures paramétriques. Comme d’habitude elles ont, d’une manière ou d‘une autre, consisté à ponctionner davantage les individus pour sauver l’État.

Les Grecs sont épuisés. Le 5 juillet, une majorité d’entre eux a dit « non » aux mesures exigées par l’Europe. Les contribuables européens sont, pour beaucoup, dans une situation à peine moins mauvaise que les Grecs et ils sont à peine moins épuisés. Mais personne ne leur a demandé leur avis.

Les Grecs pensaient qu’un étatiste pouvait les sauver. C’est la douche froide. Malgré un rejet massif du plan européen par sa population, Alexis Tsipras a décidé et fait accepter par le parlement grec ces mêmes mesures d’« austérité » exigées par les Européens avant le référendum. C’est de la spoliation légale dans toute sa splendeur. On trouve pêle-mêle augmentation de la TVA, fin des avantages fiscaux pour les îles, recul progressif de l’âge de la retraite, suppression progressive du complément retraite, cotisations santé des retraités portées de 4 % à 6 %., hausses de taxes et d’impôts sur les sociétés, sur les compagnies maritimes ou le luxe, réforme du marché du travail. Cela en échange, espère-t-il, de liquidités et d’une restructuration de la dette. Grâce à quoi Alexis Tsipras veut pouvoir augmenter la dépense publique pour une relance par la consommation. Parmi les dizaines de milliards dont la Grèce a besoin, Alexis Tsipras en demande 35 « pour la croissance ».

Après de telles concessions qui méprisent le référendum, les Grecs pensaient que l’accord Européen serait relativement aisé à obtenir. Or, la seconde douche froide pour les Grecs est que les Européens renâclent et exigent encore plus de garanties. La confiance n’y est plus.

Que les Européens acceptent ou non ce que le gouvernement grec met sur la table ne résoudra pas le problème de manière durable. Si une politique de ce genre est mise en place, la catastrophe sera immanquablement au rendez-vous et tout cela n’aura servi à rien. Elle ne sauvera pas la Grèce tout au plus retardera-t-elle l’échéance. La relance par la dépense publique n’a jamais fonctionné. La fuite dans la dette, restructurée ou pas, non plus.

Nous assistons à une fuite en avant. Quelles que soient les décisions prises, personne ne sait vraiment ce qui va se passer.

Christian Noyer, Gouverneur de la banque de France et membre de la BCE affirmait sur Europe1 le 8 juillet qu’il fallait une réforme économique qui remette la Grèce sur la voie de la croissance et une aide financière. Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, dit la même chose différemment, le même jour lors d’une conférence de presse à Washington.

La bonne question est : qu’entend-on par réforme structurelle profonde ?

Si l’on regarde l’Index of economic Freedom 2015, la Grèce figure au 130ème rang mondial en termes de liberté économique, entre le Surinam et le Bangladesh. Avec 54 points, elle perd 1,7 point par rapport à l’an dernier et 6,3 points depuis 2011. Or les faits montrent que plus le pays est économiquement libre plus il est prospère. Perdre 6,3 points de liberté économique ne peut que conduire à un drame. La Grèce est considérée aujourd’hui comme « plutôt non libre ». Elle s’enfonce dans le socialisme. Elle suit « la route de la servitude »

Il y avait pourtant une opportunité extraordinaire à saisir avec le résultat de ce référendum. Cette chance consistait à prendre acte que les Grecs ne voulaient plus se faire spolier, piller, pour sauver l’État grec en se couchant devant le super État européen, alors qu’eux-mêmes auraient sombré dans la misère. Elle consistait à prendre acte que les Grecs ne voulant pas se laisser imposer quoi que ce soit, surtout pas des mesures spoliatrices, il fallait qu’ils se décident à titre personnel. Elle consistait à leur proposer de prendre directement leur destin en main, d’assumer la responsabilité de leur vie et de leurs choix. Cela serait revenu à organiser le repli de l’État et le retour des libertés individuelles. C’est-à-dire remette réellement l’Homme au cœur du système puisque chaque individu redeviendrait propriétaire et décideur de sa vie.

Tsipras et les Européens ont choisi une autre voie.

Ces politiciens sont perdus dans les constructions artificielles. Ils ont choisi « ce qu’on voit »  et pensent qu’en augmentant les impôts et taxes, en particulier en taxant les riches on remplit les caisses. Ils sont adeptes de la spoliation légale, de l’État-providence tout-puissant et des systèmes par répartition. Ils ne connaissent pas la courbe de Laffer qui démontre que « trop d’impôt tue l’impôt ». Ils évoquent le peuple mais oublient les gens qu’ils n’aiment pas. Ils détruisent les incitations et font fi de « l’action humaine ».

La Grèce est au bord du chaos. Il n’y a rien à perdre et tout à gagner à entreprendre des réformes audacieuses. Pour s’en sortir les Grecs doivent reprendre directement en main leur vie et recouvrer leur liberté confisquée.

Au-delà des chiffres qui ne sont pas toujours fiables, comme ceux grâce auxquels la Grèce est entrée dans la zone euro, au-delà des prévisions qui ne sont souvent que des plans bâtis sur la comète ou des vœux pieux, au-delà des intentions véritables de chacun, la seule réforme structurelle véritable est de mettre fin à l’État-providence. De toute façon, il est en faillite. La seule véritable réforme structurelle est de rendre aux individus leur liberté de choix, la libre disposition de leur vie. C’est le retour de l’action humaine et des incitations. Toutes les personnes sensées savent ce qu’il faut faire.

« Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de ses produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible. » — Frédéric Bastiat « La Loi »

C’est la réduction de l’État aux fonctions régaliennes et au filet de sécurité pour les plus démunis. Tout le reste est du domaine de la liberté individuelle.

Ce n’est pas ce que fera Tsipras, ni ce que préconisent les Européens.

Pour appliquer Bastiat, la politique attend toujours son Dick Fosbury : celui qui sort des cadres de référence, qui agit différemment et qui gagne.

Cela vaut aussi pour la France.