La Grèce a choisi le non

Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Les grecs ont répondu non au référendum de ce dimanche. Quelles conséquences, pour la Grèce et pour l’Euro ?

Par Stéphane Montabert.

Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

« Pile ou Face », « Quitte ou Double », les termes de loterie n’ont pas manqué dans la presse pour qualifier le référendum grec de ce 5 juillet sur le plan d’aide de la Troïka au pays. Et maintenant, nous savons ce qu’en pensent les Grecs : Oxi, c’est-à-dire Non, à une large majorité de 60% selon les chiffres connus à cette heure.

Pourtant, l’exercice est vain, et tous le savaient dès le départ.

Un référendum pour la forme

La question posée était la suivante :

Faut-il accepter le plan d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) lors de l’Eurogroupe du 25 juin ?

Or, ce plan d’accord a officiellement expiré il y a quelques jours. Les partenaires européens de la Grèce ne se sont pas gênés pour le rappeler. Les Grecs se sont donc prononcés sur une proposition d’accord périmée, c’est-à-dire sans objet. Ni le Oui ni le Non n’auraient pu ressusciter des accords liés à une date butoir.

Le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble l’a fait remarquer avec son franc-parler habituel, toute nouvelle discussion avec les autorités grecques devrait recommencer sur la base d’un processus entièrement repris au départ, avec un nouveau mandat donné aux négociateurs par leurs gouvernements respectifs. Au 1er juillet, en cessation de paiement vis-à-vis du FMI, la Grèce ne pouvait plus se prévaloir de négociations échues le 30 juin.

Qui pouvait voter Oui et croire qu’un vote populaire permettrait de remonter dans le temps ?

Le piège démocratique

Deux institutions se sont penchées sur le scrutin grec : le Conseil de l’Europe et le Conseil d’État grec, le plus haut tribunal administratif du pays. Le premier a estimé que le référendum n’était pas conforme à ses standards, mais en tant qu’entité européenne ses conclusions ont été largement ignorées ; le second a rejeté le recours lancé par deux particuliers, mais il est difficile d’imaginer qu’il a rendu son verdict en toute indépendance.

Face aux enjeux affichés, peu de voix se sont faites entendre sur la légalité du référendum. Cet aspect est pourtant crucial. Rares sont les pays démocratiques capables d’organiser un vote populaire à l’échelle nationale en seulement une semaine. Dans un pays ruiné et en partie insulaire comme la Grèce, cela tient de la gageure. Faute d’argent, il n’y a eu aucune affiche officielle. L’incertitude a régné longtemps rien que pour connaître l’intitulé exact de la question posée. Certains bureaux de votes ne disposaient pas ce dimanche de bulletins en nombre suffisant.

Les plus grandes réserves ne concernent toutefois pas l’organisation du scrutin proprement dit mais sa signification. Outre le fait que la proposition diplomatique sur laquelle portait la question était périmée, il n’y avait – et il n’y a toujours pas eu à ce jour – de présentation explicite sur ce qui se passerait suite à un Oui ou à un Non.

Comme l’a fait remarquer Christian Vanneste, le référendum grec du 5 juillet est quasiment un anti-référendum. Au lieu d’être invités à s’exprimer sur un texte de loi précis, de soupeser ses conséquences, de débattre de ses mérites, les Grecs ont été soumis à un choix binaire entre deux concepts jetés l’un contre l’autre – la « démocratie » contre « l’austérité ». Alexis Tsipras lui-même n’a rien d’un démocrate ; il a utilisé le référendum comme un moyen de pression. Alors même qu’il l’avait annoncé avec grandiloquence à ses compatriotes, il a continué à négocier en coulisses pour éventuellement le retirer.

L’appel aux urnes des Grecs n’a jamais été un mécanisme de prise de décision, mais une démonstration de force. L’Union Européenne y a répondu par d’autres menaces, transformant une consultation populaire en guerre de tranchées qui laissera de profondes cicatrices au sein de la société civile hellénique, malgré la clarté du résultat. Le camp vainqueur sera désormais jugé responsable de tout ce qui arrivera.

Prochaine crise agendée au 20 juillet

Après une bouffée initiale en faveur du Non, le camp du Oui a semblé renforcé à travers plusieurs sondages. L’arme démocratique semblait se retourner contre celui qui l’avait sorti de son fourreau. De fait, la survie de Syriza à la tête de l’État grec était bien finalement la seule question valide sur laquelle la population se prononcerait.

Le Non l’ayant emporté, Alexis Tsipras vient de gagner son pari et de renforcer sa position. Il envoie Jean-Claude Junker dans les cordes et le futur de l’Union Européenne dans les limbes. D’un autre côté, l’Union Européenne et la BCE n’ont plus de raisons de retenir leurs coups. Les créanciers ayant promis la fin du monde en cas de vote négatif, ils se retrouvent désormais au pied du mur. Soit ils envoient les cavaliers de l’apocalypse contre la Grèce, passant définitivement pour les méchants de l’histoire, soit ils restent inactifs, perdant toute crédibilité et renforçant les clones de Syriza à travers le continent – un choix perdant-perdant dont ils ne sortiront pas indemnes.

La situation grecque continuera d’être chaotique, mais sans vouloir faire preuve de trop de cynisme, les Grecs n’ont pas vraiment le choix. Bien qu’elles ne puissent se rapporter à ce que traverse la population grecque, les pays de l’Union Européenne risquent à leur tour de rencontrer quelques difficultés. Le 20 juillet, la Grèce devra rembourser 6,9 milliards d’euros au total, soit :

  • 3 milliards d’échéance des obligations d’État,
  • 468 millions au FMI,
  • 3,5 milliards à la BCE.

Si on imagine qu’elle laissera une nouvelle ardoise auprès du FMI, l’absence de paiement des autres créanciers aura de sérieuses conséquences. Les pays européens devront commencer à provisionner les pertes, comptées en milliards, sur leur propre bilan.

La faillite de la Grèce prendra alors un tour très concret, cette fois-ci pour ses créanciers européens. Nous verrons alors à l’initiative de qui les discussions reprendront !

Ce soir, Alexis Tsipras reste maître de la partie. L’émergence de documents du FMI attestant que la dette grecque n’est pas soutenable – ce que nous n’avons cessé de proclamer ici-même – apportera encore plus d’eau à son moulin. On se dirige donc inéluctablement vers un nouveau défaut officiel de la Grèce, cette fois-ci épongée par les autres États de la zone euro. En attendant que le Portugal avec Tempo de Avancar, l’Espagne avec Podemos ou l’Italie avec le Mouvement Cinq Étoiles ne réclament le même traitement, promettant l’explosion spectaculaire de l’union monétaire puis de l’union tout court.

Après l’œil du cyclone, la tempête.


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