Un ingénieur informaticien en costume ?

Cadres managers costume cravate (Crédits : Paul Goyette, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Chers informaticiens, personne ne vous veut de mal au point d’exiger que vous portiez un costume !

Par Philippe P.

Cadres managers costume cravate (Crédits Paul Goyette, licence Creative Commons)
Cadres managers costume cravate (Crédits Paul Goyette, licence CC-BY-NC-SA 2.0)

Lundi, un de mes patients, ingénieur en informatique, me parlait de sa recherche de travail. Parmi les offres qui se présentaient à lui, certaines émanaient de banques. Et là, le pauvre était paniqué, non par la tâche qui l’attendait et dont il saurait triompher, mais par l’éventualité d’un dress code qui, horreur, l’obligerait à porter un costume et une cravate. Pour preuve, il m’a donné le code vestimentaire en vigueur chez UBS qui, semble-t-il, semble exercer sur les informaticiens une répulsion au moins égale à celle d’un crucifix sur un vampire. Il s’imaginait déjà engoncé dans un costume croisé gris anthracite, le cou serré par une cravate Hermès et chaussé de richelieus de chez Berluti.

Je l’ai bien sûr rassuré, lui expliquant qu’à ma connaissance, l’informaticien étant logé à fond de cale, on n’exigeait de lui aucune tenue particulière si ce n’est qu’il ne sente pas mauvais. Pour le reste, barbe, cheveux longs, t-shirts de geeks, tout semble formellement autorisé pourvu que le code Java soit bon et les serveurs en état de fonctionner. Pour preuve, j’en ai même un diplômé d’une très grande école, et travaillant pour une entreprise prestigieuse de la mode, que je n’ai jamais vu avec des lacets noués ni une cravate. De toute manière, vu la réputation d’autiste dont jouissent les informaticiens, il me semble illusoire qu’une société exige d’eux plus que ce qu’une mère exigerait d’un enfant de quatre ans.

Certes, pour de rares entretiens, le costume peut être exigé. C’est ainsi qu’il reste de bon ton pour un entretien de recrutement de revêtir un costume et de porter une cravate. Pour autant, que l’ingénieur se rassure, à de très rares exceptions près, il lui sera pardonné toutes les fautes de goût. Et même si le jour de l’entretien, il ressemble à un premier communiant empêtré dans son costume tout neuf, cela lui sera pardonné. À la limite, un informaticien trop élégant ferait figure d’escroc et ses compétences seraient mises en doute.

Je ne connais qu’un informaticien élégant, c’est mon ami Olivier, celui qui est riche et a réussi et roule en Ferrari. Toujours sapé comme un milord, le père Olive. Par contre, en termes de compétences informatiques, je crois qu’il a bloqué à Windows 3.1 et qu’il n’a jamais remis ses connaissances à jour. Mais comme il me dit toujours : « moi je vends et il ne faut jamais effrayer le client avec des trucs techniques. Pour cela, il y a les techos (prononcer tekos) ». D’ailleurs Olivier parle un peu des techniciens comme un officier de cavalerie portant bottes cirées et un stick sous le bras parlerait du dernier des biffins.

Je crois n’avoir jamais vu d’informaticien en costume dans mon cabinet. Pourtant Dieu sait si j’en ai dans ma clientèle. Parfois je me dis que je pourrais ouvrir une SSII et concurrencer CGI. À deux exceptions près ceci dit. D’une part un jeune ingénieur des mines qui porterait plutôt bien la toilette si ce n’est qu’il semble s’appliquer avec un soin maniaque à avoir l’air totalement négligé même en costume comme si en le revêtant chaque matin il adoptait une stratégie revenant à dire à son employeur qu’il l’emmerde. Cela s’appelle respecter les règles en les rejetant, ça a un côté délicieusement passif-agressif !

Et puis, j’ai aussi vu Chaton en costume. Lui, c’est spécial. Tandis qu’en jean et T-shirt, comme à son habitude, puisqu’il est en T-shirt même en plein hiver, Chaton le centralien ressemble à un sympathique ingénieur de la Valley, un petit gars diplômé de Cal Tech, en costume c’est différent. Dans ce cas, sa largeur d’épaules et sa musculature obtenue en salle de sport le font ressembler à un videur de boîte de nuit ou à un racketteur mafieux ! La dernière fois que je l’ai vu en costume, j’ai même trouvé qu’il avait un petit air de Joe Viterelli en plus jeune, et sans traces d’acné bien sûr. Il ne manquait que le plat de pasta et la nappe à carreaux dans l’arrière salle d’une petite trattoria et l’illusion était parfaite. Le costume lui va bien mais quand il en met un il fait un peu peur.

Certes, je ne me prétends aucunement spécialiste de l’informatique mais à moins d’avoir choisi la voie du conseil IT dans un grand cabinet américain, en vous tuant à la tâche quinze heures par jour en espérant un jour vous aussi devenir partner pour exploiter les autres comme vous l’avez été, je ne pense pas qu’il existe un seul employeur sain d’esprit pour exiger d’un informaticien, fut-il ingénieur de grande école, qu’il porte un costume et une cravate.

N’angoissez pas pour rien, dormez tranquille ! Dites-vous, chers informaticiens, que personne ne vous veut de mal au point d’exiger que vous portiez un costume ! Un patron peut parfois être cruel et exploiteur mais pas si bête !

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