Grèce : lorsque que le Sage montre la lune du doigt…

Syriza Credit (Crédits : Thierry Ehrmann, licence Creative Commons CC-BY 2.0)

…l’idiot regarde le doigt, dit le proverbe chinois. Le défaut de paiement de la Grèce n’est-il pas une simple distraction ?

Par Régis Yancovici.

Syriza Credit (Crédits : Thierry Ehrmann, licence Creative Commons CC-BY 2.0)
Syriza Credit (Crédits : Thierry Ehrmann, licence Creative Commons CC-BY 2.0)

La presse et les brokers se font des gorges chaudes de la situation en Grèce du fait de son caractère historique, symbolique, du suspense, des rebondissements… Mais lorsque l’on porte un regard mondial sur les marchés, on s’aperçoit que l’impact est tout à fait mineur. La volatilité demeure extrêmement contenue. Les marchés américains et japonais sont proches de leurs hauts, nous rappelant au passage l’importance de la diversification géographique. Même les actions européennes ne se trouvent qu’à 10% de leur plus haut récent. Et encore, l’origine de la correction provient peut-être plus du rebond de l’euro et d’une saine correction après un parcours impressionnant que du dossier grec.

grèce sage rené le honzecD’ailleurs, si son rôle avait été central, l’euro et les taux d’intérêt n’auraient pas rebondi comme ils l’ont fait. Autre exemple concernant les entreprises américaines, sur les 21 conférences récentes, le nombre d’entre elles ayant cité la Grèce comme un risque est de… 0 (les 3 pays les plus cités sont : Australie, Chine et Canada).

En réalité, parler du risque grec est un abus de langage. Le risque est celui d’une disparition de la zone euro telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ce chemin débuterait par une sortie de la Grèce de la zone puis, peut-être au bout de 12 à 24 mois, par une amélioration de son économie, car la vie trouve toujours un chemin. Concomitamment, et ce processus est déjà fortement enclenché, nous assisterions à la montée de partis politiques « anti-système » dans toute l’Europe. La « réussite » (chèrement payée) de Syriza, à travers un sursaut économique et la fierté retrouvée du peuple grec, renforcerait leur  légitimité. Le risque maximum pour la zone euro n’est donc pas en cas de catastrophe en Grèce. Au contraire. Cela dissuaderait d’autres candidats à la sortie. Il serait celui d’une sortie puis d’une amélioration de l’économie du pays. D’autres pays européens seraient alors incités à suivre son chemin.

Yancovici illustration libre de droits
Résumé de l’impact de la situation de la Grèce sur la zone euro – CT : Court Terme ; LT : Long Terme

À court terme, quelle que soit la façon dont la Grèce sortira de l’ornière, en faisant défaut, en sortant de la zone euro, ou acceptant l’offre de 15 milliards de l’Europe et en repoussant le problème à décembre, on pourra profiter d’un rebond significatif, mais peut-être de quelques jours, en accumulant des positions progressivement les journées de forte baisse comme celle de lundi. Les niveaux sous les 4.700 points semblent des bons points d’entrée. À réserver à la gestion tactique.