Le mariage gay aux États-Unis et l’hypocrisie de la gauche américaine

Gay Pride Flag - Crédit photo : Kellie Parker via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Retournement de veste : après s’être opposés durant des années au mariage homosexuel, Obama et Clinton s’approprient avec culot la décision de la Cour Suprême.

Par Kevan Saab, depuis les États-Unis

Gay Pride Flag - Kellie Parker  (CC BY-NC-ND 2.0)
Gay Pride Flag – Crédit photo : Kellie Parker via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Jeudi 26 juin 2015, la Cour Suprême des États-Unis s’est prononcée en faveur du mariage homosexuel en vertu du quatorzième amendement de la Constitution. Par un vote serré – 5 contre 4 – les juges ont concrètement légalisé le mariage homosexuel dans l’ensemble du pays. Évidemment, en tant que libéral, on aurait bien voulu pousser la question plus loin et s’interroger sur la nécessité au XXIème siècle de voir les gouvernements s’immiscer dans le fonctionnement d’une interaction entre individus qui repose essentiellement sur des choix individuels et privés (ex : mariage religieux ou non-religieux, séparation des biens, etc.). Étant donné les circonstances et les implications fiscales et légales compliquées liées à la question, mettons en sourdine ces critiques et saluons ce qui résulte en une diminution, légère certes, mais une diminution quand même, du périmètre de l’État au profit des individus.

Comme il fallait s’y attendre, la décision de la Cour Suprême a déclenché une vague de célébrations à travers le pays, les réseaux sociaux se transformant en véritable caisse de résonance d’une population en majorité déjà acquise à cette évolution de la société.

Comme à l’accoutumée, les récupérations politiques ne se sont pas faites attendre. À droite, le parti Républicain a dénoncé sans surprise la décision. À gauche, le parti Démocrate s’est quant à lui empressé de saluer et d’acclamer le jugement de la Cour dans un déferlement de soutien assez incongru à la cause gay. Ainsi, même la Maison Blanche arbore depuis peu les couleurs de l’arc-en-ciel sur sa façade principale.

Pour qui suit la politique américaine, un tel enthousiasme relève plus du retournement de veste grossier que d’une authentique célébration d’un engagement politique historique des Démocrates en faveur du mariage homosexuel. En effet, les deux figures de proue du parti, à savoir le président en exercice Barack Obama et la probable future candidate démocrate aux présidentielles de 2016, Hillary Clinton, ont chacun rappelé à de nombreuses occasions par le passé leur opposition frontale au mariage homosexuel au nom des valeurs traditionnelles et religieuses.

Hillary Clinton sur le mariage gay en 2004 :

Barack Obama sur le mariage gay en 2008 :

Voilà des discours violents qui tranchent avec le nouveau logo du camp Clinton sur les réseaux sociaux :

History - Logo Hillary ClintonFigure 1: Support de campagne d’Hillary Clinton
suite à l’annonce de la décision de la Cour Suprême

Bref, encore une fois, après avoir clamé avoir haut et fort pendant des années avoir été en première ligne pour la lutte contre le mariage homosexuel, voilà que les Démocrates s’approprient avec culot une décision judiciaire fortuite pour laquelle ils n’ont absolument pas œuvré.

Morale de l’histoire : aux États-Unis comme ailleurs le politicien est avant tout un carriériste sans colonne vertébrale idéologique. Tout au plus possède-t-il une très vague conception de la société à laquelle il ou elle aspire. Ainsi, si vous militez pour une cause, attachez-vous à la diffuser en priorité au sein de la population au lieu de courtiser la classe politique, une fois que l’opinion la soutiendra, la classe politique retournera sa veste et avalera son chapeau pour se faire passer pour un champion de la première heure de votre combat. Les idées guident le politique, et non l’inverse.

 

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