Éoliennes et Santé : rapport de la Commission sénatoriale australienne

Eolienne (Crédits : FredArt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le Sénat relate l’audition d’éminents spécialistes qui mentionnent des résultats d’études discrètement étouffés dans les rapports officiels.

Par Jean-Pierre Riou.

Eolienne (Crédits : FredArt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Eolienne (Crédits : FredArt, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Après des mois d’auditions de victimes, de scientifiques et d’acteurs de la filière éolienne, le Sénat australien vient de publier un « rapport intermédiaire » qui fait tomber les masques.

Ce rapport reconnait l’évidence des souffrances de quantité de riverains venus témoigner.
Dans l’attente du rapport définitif qui devrait être publié en août, après les dernières auditions, le Sénat attire l’attention sur la nécessité d’études approfondies et se déclare « frappé par les lacunes considérables dans la compréhension de l’impact des éoliennes sur la santé humaine » et fait état des critiques concernant les « failles méthodologiques et les conclusions inexactes et incomplètes » des publications qui contestent les preuves de l’impact sanitaire, ou défendent la validité des normes existantes.

Le Sénat relate l’audition d’éminents spécialistes qui mentionnent des résultats d’études discrètement étouffés dans les rapports officiels et regrette que d’importantes organisations aient refusé de venir justifier la rigueur de leurs affirmations, ainsi que le contrôle des émissions sonores de leurs parcs éoliens selon la méthode proposée par le Sénat qui aurait permis de lever le voile.

Ce rapport intermédiaire fait référence, parmi de nombreuses autres études, à celle de Cooper qui a pu mettre en évidence ce lien irréfutable entre les infrasons des éoliennes et les « sensations » des riverains (migraines, nausées, vertiges, pression dans la tête…), grâce à la coopération de l’exploitant, Pacific Hydro, commanditaire de l’étude, à la suite de nombreuses plaintes.
La commission sénatoriale mentionne également la récente motion des médecins allemands qui abordait le risque sanitaire des infrasons et vibrations des éoliennes dans un rayon de 10 km ! Cette motion allemande déplorait que le développement éolien s’accompagne d’un risque sanitaire non maitrisé.

Ce rapport donne toute sa portée à l’aveu d’ignorance du rapport de l’AFSSET de mars 2008, qui représente pourtant, en France, la seule justification du refus des 1500m d’éloignement préconisés par l’Académie de Médecine.
En effet, l’AFSSET mentionne, p 93, « En particulier le domaine de validité des critères d’émergence (en termes de niveaux et de dynamique des bruits) n’a pas été vraiment exploré, et la plus totale ignorance est de règle quant à l’existence d’effets de seuil, de validité spectrale, d’application aux bruits impulsionnels, de validité en fonction de la durée d’exposition, et de limitations diverses, ceci en dépit des souhaits déjà exprimés dans le passé par la commission Afnor S 30 J (bruits de l’environnement) ou plus récemment par le Conseil National du Bruit. » (p93)
Ignorance d’autant plus alarmante que le document original complet du rapport AFSSET présente un « Avis de l’AFSSET » qui mentionne : « En vue de poursuivre l’approfondissement des connaissances dans le domaine de l’évaluation de la gêne due aux bruits, il convient de définir si les critères retenus dans la réglementation sont adaptés aux propriétés spectrales du bruit des éoliennes, notamment dans le domaine des infrasons ».

Et comme si ces lacunes concernant la protection des riverains n’étaient pas suffisantes, notamment pour les basses fréquences, l’arrêté du 26 août 2011 accorde aux éoliennes deux dérogations au code de santé publique : la dispense du contrôle des basses fréquences à partir de 125Hz et l’élévation du seuil à partir duquel l’infraction est constituée pour les éoliennes, en le portant à 35dBA au lieu de 30dBA dans le code de santé publique.
On peut légitimement se demander pourquoi donc les éoliennes ne pouvaient pas respecter ce code de santé publique puisqu’elles sont réputées ne poser aucun problème sanitaire.

En fait, des centaines de publications scientifiques établissent la réalité de leur impact. Carmen Krogh propose l’analyse de 63 d’entre elles. Les symptômes en sont les mêmes chez les riverains du monde entier.
Avec des sensibilités individuelles infiniment différentes, les populations les plus fragiles, enfants et personnes âgées, paraissent les plus vulnérables. Il semble, d’après les études les plus récentes, (Punch 2014, Schomer 2015) que les personnes sensibles au mal des transports seront les plus affectées.

De simples visites de parcs éoliens rendent cependant bien peu compte de la réalité du véritable supplice chinois enduré par certains riverains.

La protection de la santé ne se traite pas à ce point à la légère, surtout lorsqu’il s’agit de celle des autres !
Quantité de victimes sont exaspérées de ne même pas obtenir de réponse à leurs cris de détresse.
Il est pourtant difficile d’évoquer leurs souffrances sans qu’une voix s’élève pour chercher à balayer le problème d’un revers de main.
Par ignorance, ou par complicité ?