Ce que la Grèce révèle du système bancaire

Le face à face entre la Grèce et l’Allemagne n’est pas sans rappeler certains précédents inquiétants…

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Grèce Euro (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence CC-BY 2.0)

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Ce que la Grèce révèle du système bancaire

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 juin 2015
- A +

Par Bill Bonner.

Grèce Euro  (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence CC-BY 2.0)En Europe, on se croirait dans un vieux western. La Grèce d’un côté, l’Allemagne de l’autre. Chacun à un bout de la rue, face à face, attendant que l’autre cligne des paupières ou dégaine. Et attendant. Et attendant. Une date limite passe. Une autre arrive.

Il y a des détails complexes et inquiétants, dans cette confrontation, tout comme il y en a dans les guerres zombie. Si nous étions en Syrie ou en Irak, nous voudrions probablement sortir. Et si nous avions de l’argent en Grèce, nous veillerions à ce que le passeport dudit argent soit à jour. Apparemment, bon nombre de Grecs partagent notre point de vue. Le Wall Street Journal rapporte que les flux de cash sortant des banques grecques ont doublé ces derniers jours. L’argent intelligent vote, pour le départ.

Les grandes banques sont des sociétés privées. Mais elles sont si étroitement liées aux États et si lourdement réglementées qu’elles pourraient aussi bien être considérées comme des services publics. Elles aident les autorités à financer leurs déficits. Les autorités les renflouent quand elles ont des soucis. Et en période de crise, les banques deviennent des outils pour la mise en place de « politiques », c’est-à-dire de mesures de planification centrale maladroites et contre-productives.

Vous pensez peut-être que vous avez « de l’argent en banque ». Détrompez-vous. Vous avez un contrat avec la banque. Vous lui versez votre argent. Elle accepte de vous le rendre, sous certaines conditions. Et elle peut changer ces conditions, unilatéralement, quand elle a l’appui des autorités.

À mesure que la crise se précise, ils commenceront par limiter les retraits à un certain montant quotidien. Le montant en question semblera raisonnable ; la plupart des gens verront ça comme une mesure nécessaire et n’en seront pas incommodés. Un nombre croissant, cependant, verra la suite arriver et retirera autant d’espèces que possible. Le montant maximum des retraits sera alors à nouveau abaissé. Puis les retraits seront entièrement stoppés. Une fois les banques rouvertes, vos dépôts pourraient être soumis à une taxe (un taux d’intérêt négatif) ou pourraient même être transformés en une devise différente. C’est ce qui s’est passé en Argentine… et c’est ce qui pourrait arriver à la Grèce.

Des questions qu’il vaut la peine de poser

Nous avons été impliqué personnellement, quoique de manière mineure, dans la situation argentine. C’était à la fin des années 1990. Le gouvernement de Carlos Menem avait lié le peso au dollar. Mais la dette augmentait. Et l’argent intelligent commençait à parier que le peg ne tiendrait pas. Nous avons rendu visite à Menem à la Casa Rosada (les États-Unis ont une Maison Blanche. L’Argentine a une Maison Rose).

« Allez-vous maintenir le lien entre peso et dollar ? » avons-nous demandé.
« Bien entendu. Nous ne l’abandonnerons jamais. Il est désormais au cœur de notre économie. C’est pourquoi des étrangers comme vous sont prêts à investir en Argentine : vous savez que la devise est sûre. C’est la raison pour laquelle nous avons une économie en plein boom ».

Quelques mois plus tard, l’Argentine abandonnait le peg. Les banques furent fermées. Les gens avaient tenté de se protéger d’une dévaluation du peso en ouvrant des comptes en dollar. Mais lors de la réouverture des banques, ils découvrirent que leurs dollars avaient été convertis en pesos, avec une perte de 66% !

L’idée à retenir, c’est que le gouvernement et les banques travaillent toujours ensemble pour se protéger eux-mêmes et non pour vous protéger, vous. À Chypre, par exemple, le gouvernement (en collaboration avec les grandes banques) a changé les termes de l’accord de manière soudaine et, pour les déposants, catastrophique. Il a taillé un short aux grands déposants possédant plus de 100 000 $ ; un short équivalent à près de la moitié de leur argent.

Pourquoi ? Les banques chypriotes avaient acheté la dette gouvernementale des Grecs. Les obligations grecques ont ensuite vu leur prix chuter (parce que les Grecs ne pouvaient pas les payer à l’époque non plus), laissant les banques au bord de la faillite. La perte était réelle. Qui allait la payer ? Les banques, qui avaient fait les mauvais investissements ? Le gouvernement qui réglementait les banques et les avait pratiquement forcées à acheter des obligations gouvernementales ? Non : ce serait les déposants ! Innocents, mais naïfs, peut-être, les déposants se sont fait plumer.

Aujourd’hui, les déposants grecs, ceux qui sont intelligents, du moins, prennent des précautions.
Bien sûr, les autorités garantissent les dépôts bancaires… jusqu’à un certain montant. Mais que vaut une telle garantie ? Quand les choses tournent mal, toutes sortes de choses qu’on tenait pour acquises prennent soudain des points d’interrogation. Combien vaut vraiment le nantissement de la banque ? Combien la banque a-t-elle dans ses réserves ? Combien a le fonds de sauvegarde ? Combien de temps devrais-je attendre avant d’avoir mon argent ? Que vaudra-t-il à ce moment-là ? Que ferai-je d’ici là ?
Peut-être que vous voudrez prendre vous aussi des précautions.

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  • Je suis désolé mais concernant les chypriotes je ne plains absolument pas les déposants de plus de 100 000 EUR.
    Tout le monde sait que l’Etat garantit les sommes déposées en banque jusqu’à 100 000 EUR, si la banque fait faillite les déposants ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes, c’est le risque à prendre. N’oubliez pas qu’ils étaient rénumérés pour ce risque par des taux d’intérêts bien supérieurs à ceux d’autres pays.
    Il ne faut non plus prendre les déposants pour de pauvres gentils sans défense, les gens sont au courant des risques.
    Il est évident que je ne mettrai jamais plus de 100 000 EUR dans une banque à la fois.

    • Option à courte vue que la vôtre. Cela reste un vol inexcusable. Imaginez une famille qui vient de vendre sa maison, et qui conserve le produit la vente sur son compte bancaire en attendant d’en acheter une nouvelle, ne serait-ce quelques jours. Derrière les dépôts il y a des vies humaines.

    • Si vous vendez votre résidence principale à 200 000 euros pour en acheter une autre ailleurs ?

    • Et moi, je retire tous les mois 600 ou 700 euros qui ne me rapportent rien mais que la banque ne me volera pas quand nous en serons au stade de la Grèce. Mieux vaut être prudent et prévoyant.

    • Lekahn: « si la banque fait faillite les déposants ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes »

      Il est de moins en moins possible de se passer des banques, la LOI vous force à les utiliser.
      Argent liquide, retrait limité, obligation d’avoir un compte pour les paiements etc. etc.

      En résumé:
      -L’état vous force à déposer votre argent la ou l’état pourra (et va) se servir sans vergogne.
      -L’état peu examiner vos compte sans avoir de comptes à rendre.
      -L’état emprunte 1000 millions d’euro par jour et des projets sont dans les cartons pour limiter encore plus fortement le cash.

      Mon conseil:
      Investissez dans les miradors, c’est un marché qui va faire fuhrer bientôt en France.

      Lekahn: Je suis désolé mais concernant les chypriotes je ne plains absolument pas les déposants de plus de 100 000 EUR.

      Les parents d’un ami avaient trimé toute leur vie à faire des ménages la nuit et autres travaux pénible en plus d’un boulot manuel de jour pour pouvoir se payer une maison pour leur retraite.
      100’000 c’est une somme ridicule que même un smicard travailleur peu avoir en banque à force de travail.

      Faites attention, je crois que vous avez laissé tomber votre humanité par terre.

      • Malheureusement vous ne comprenez rien et vous confondez (ou transformez) tout.
        -je ne vois pas le rapport avec « humanité », quand des personnes font des choix stupides, je ne vois en quoi le terme humanité a un rapport, surtout lorsque l’on parle de personnes qui ont tout de même pu placer 100 000 EUR
        -arrêtez de voir des complots partout, non vous n’êtes pas obligés si vous avez 100 000 EUR, de tout mettre dans la même banque déjà, il y a également des tas de manières d’utiliser cet argent
        -ce n’est pas un vol dans le sens ou les banques étaient en situation de faillite, l’Etat a renfloué. En toute logique lorsqu’une banque fait faillite, vous êtes garantis à hauteur de 100 000 EUR par l’Etat (si lui même ne fait pas faillite). Les déposants peuvent donc s’estimer heureux d’avoir pu récupérer quelque chose.
        -je n’ai jamais dit que déposer 100 000 EUR était une grosse somme, j’ai expliqué que je ne les plaignais pas pour les raisons invoquées plus haut, pas parce qu’ils ont pu placer 100 000 EUR
        -je ne vois pas pourquoi vous nous parlez des parents de votre ami ??? quel est le rapport ? vous voulez faire un reportage à ce sujet ??

        • Lekahn: « je ne vois en quoi le terme humanité a un rapport »

          C’est bien ce que je dit: évidemment que vous ne voyez pas.

          Lekahn: je ne vois en quoi le terme humanité a un rapport, surtout lorsque l’on parle de personnes qui ont tout de même pu placer 100 000 EUR

          Qui peut être un projet pour lequel ils ont travaillé toute une vie.

          Lekahn: « quand des personnes font des choix stupides »

          Vous n’avez pas oublié d’être con vous. Relisez avec le doigt.

  • Et là votre commentaire est affligeant de naiveté et n’a rien à voir avec le sujet.
    On parle de responsabilité, une banque n’est pas un organisme d’Etat, si elle fait faillite vos depots disparaissent c’est tout !
    Rien n’est immortel, encore moins du cash déposé dans une banque.
    c’est très triste mais c’est comme cela, quand un entrepreneur fait faillite pendant qu’il construit votre maison vous êtes dans le même pétrin.
    Ce n’est pas un vol dans le sens ou les déposants peuvent déjà être heureux d’avoir pu récupérer quelque chose, car les banques étaient tout simplement en situation de faillite.
    Quand j’ai revendu mon appartement je n’ai pas tout laissé sur le même compte, il faut aussi que la population lambda prenne de temps à autre ses responsabilités.

    • Désolé mais il s’agit bien d’un vol caractérisé! Le gouvernement a-t-il demandé leur avis aux détenteurs de compte avant de leur prendre leur argent? Non… Que ceux-ci aient été naïfs est certain mais comme vous le dites également, ils n’avaient d’autre choix que de posséder un compte et d’y mettre leurs avoirs… Quand la même chose arrivera en France, cela restera du vol – même si organisé par l’état! Ou bien êtes-vous d’accord pour que je vienne me servir sur votre compte (ou quelqu’un d’autre) et tant qu’on y est, que je vienne me servir également dans votre réfrigérateur?

    • Dans la mesure où vous n’avez pas la possibilité de mettre votre argent ailleurs que dans une banque, OUI c’est du vol pur et simple.

      Si c’était un choix d’investissement il en irait autrement.

  • En revanche, et là je rejoins l’auteur, il y a vol lorsque l’Etat vous quasi oblige à détenir des comptes bancaires, à faire toutes vos transactions via comptez bancaire etc
    Vol car vous savez très bien que si besoin l’Etat vous ponctionnera, vous traquera etc…
    Dans ce cas il y a collusion entre le public et les banques, et vous ne pouvez vous en soustraire.

    • Ça, au moins, c’est très clair! Il ne me viendrait pas à l’idée de demander à qui que ce soit d’autre qu’un associé de société, à combien se monte sa « fortune ». Je n’aime pas du tout non plus, l’idée qu’on soit obligé de tout payer (ou toucher) par banque, au-delà d’une somme de 1000 à 3000 €, suivant les pays. Et absolument pas du tout que des fonctionnaires soient mis au courant aussi facilement sous prétexte de prévention du terrorisme.

      « On ne met pas tous ses oeufs dans le même panier » (ni tout son argent dans le pays!).

      De même, il n’y a rien d’identique à posséder une quantité d’or-métal chez soi ou, en sécurité absolue, ailleurs ou bien posséder un certificat de propriété d’or, vu que comme l’argent de la banque: le jour où tout le monde le réclame en même temps, vous devrez partager avec les autres clients!

      Les banquiers ont pris la place des vendeurs de voitures d’occasion des années 60: totalement intéressé par votre argent pas du tout par vos intérêts et méfiez-vous de leurs conseils!

  • On note qu’en Grèce, l’euro fait fonction de monnaie concurrente à l’hypothétique drachme sur le retour. Plus prosaïquement, la monnaie papier gardée sous le matelas fait concurrence à la monnaie comptable des banques parce que plus personne n’ignore que ces deux monnaies (deux formes de la même monnaie) n’ont pas la même valeur. Si elles n’ont plus la même valeur, c’est qu’il s’agit bien de deux monnaies distinctes. Quand on chasse la concurrence (monétaire) par la porte, elle revient par la fenêtre.

    Les bienfaits de la concurrence monétaire au bénéfice des populations ne sont plus à démontrer.

  • Article totalement faux, il faut arrêter de dire qu’il y a d’un coté la grèce et de l’autre, l’allemagne. Les pays ayant les positions les plus durs vis à vis de la Grèce se sont les pays qui ont dû faire des efforts (pays baltes, slovaquie, italie,…) et qui ont dû mal à accepter de devoir financer la Grèce alors qu’eux aussi ont souffert. Sans ces pays, l’UE aurait déja cédé au chantage grec. Merkel est souvent présenté comme quelqu’un de dur, d’intransigeante alors que c’est totalement faux, elle est faible et préfère la compromission plutôt que d’agir de manière courageuse. Je n’ai jamais eu confiance en Merkel surtout depuis qu’elle a préféré Draghi à Weber comme président de la BCE.

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