Polytechnique pour tous

Le rapport Attali s’inscrit dans une cohérence idéologique dangereuse, partant du collège pour tous, lycée pour tous, bac pour tous pour finalement aboutir à Polytechnique pour tous.

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Etudiants de Polytechnique au défilé du 14 juillet 2014 (Crédits : Vince11111, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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Polytechnique pour tous

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 juin 2015
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Par Thierry Berthier.

polytechnique credits vince11111 (licence creative commons)
Etudiants de Polytechnique au défilé du 14 juillet 2014 (Crédits : Vince11111, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

« Polytechnique pour tous » : c’est un peu l’esprit du rapport que vient de livrer Bernard Attali sur le devenir de l’École polytechnique (X). Commandé par le Premier Ministre à la fin de l’année 2014, le document propose une longue liste d’adaptations et de réformes dont certaines relèvent clairement d’une stratégie de nivellement par le bas et d’égalitarisme forcé. Le rapport Attali s’inscrit d’abord dans une cohérence idéologique de transitivité, partant du collège pour tous, lycée pour tous, bac pour tous pour finalement aboutir à Polytechnique pour tous. S’il propose un certain nombre d’évolutions positives qui sont déjà en application à l’École, il préconise également un ensemble de mesures qui risquent fort de porter atteinte à l’efficacité et à l’intégrité de la structure d’excellence. Arrêtons-nous sur les plus contestables d’entre elles.

Créer l’École Polytechnique de Paris

Cette mesure suggère de dissoudre l’École polytechnique et une dizaine d’écoles présentes sur le plateau de Saclay (ou en cours de déménagement) dans une grande marmite universitaire fièrement baptisée « École polytechnique de Paris ». Il est question ici d’atteindre une taille critique suffisante pour peser et compter dans le classement de Shanghai qui défavorise systématiquement les petites entités même si celles-ci produisent une recherche de tout premier ordre. L’auteur du rapport souhaite ainsi pouvoir rivaliser dans le classement avec les grands pôles américains (Stanford, MIT), avec le Technion israélien ou encore l’EPFL et l’ETH suisses. Si l’idée semble a priori séduisante, il faut rapidement s’interroger sur les effets d’une dissolution de dix écoles et universités dans une unique mégastructure effaçant d’un trait de plume les spécificités et les acquis de chacun. La solution raisonnable consisterait à conserver les anciennes entités au sein d’une fédération active et puissante mais cet établissement existe déjà et porte le nom d’Université Paris-Saclay. Elle a le mérite de respecter les ADN de ses composantes. Donnons-lui les moyens de devenir un très grand pôle international, mondialement reconnu donc visible depuis Shanghai. Les élèves sortant obtiendraient alors le double diplôme, celui de leur école et celui de l’université Paris-Saclay. La gouvernance de Paris-Saclay aurait en charge la promotion du label à l’international, l’implantation d’antennes à l’étranger (comme sait parfaitement le faire Centrale-Supelec avec ses extensions en Chine, en Inde et au Maroc) et la remontée dans le classement de Shanghai. Cette stratégie est techniquement réalisable si chaque direction de composante accepte de jouer le jeu en mettant en commun ses réseaux et ses infrastructures. La dissolution pure et simple ferait réapparaître de manière systémique les anciennes écoles et risquerait de devenir un gouffre pour les finances publiques et pour le contribuable.

La création de L’École polytechnique de Paris relève du « syndrome de l’autocar et de la Formule 1 » : une course internationale de Formule 1 oppose les meilleures équipes composées des meilleurs ingénieurs et du meilleur pilote. La France, qui vient de perdre les dernières courses souhaite être plus « visible » dans la prochaine compétition et décide pour cela d’augmenter arbitrairement la taille de son équipe de pilotes. Elle abandonne alors sa Formule 1 au profit d’un autocar qui embarque à son bord cinquante pilotes de niveaux hétérogènes puis se lance dans la course en autocar…. contre des F1.

Tout au long de sa réflexion, l’auteur du rapport a semblé ignorer la tendance élitiste mondiale de recherche d’excellence, de quête des meilleurs talents qui accompagne désormais les économies de la connaissance et de l’innovation. L’exemple américain illustre à lui seul parfaitement ce mouvement mondial de détection des meilleures intelligences et des « gros potentiels ». Il s’inscrit aujourd’hui pleinement au cœur de la convergence NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives) qui transforme notre environnement en profondeur. L’Université de la Singularité, créée par Ray Kurzweil, Directeur de l’ingénierie de Google, soutenue par Cisco, par la Nasa et de nombreux grands groupes s’emploie à détecter et à recruter les meilleurs profils à l’échelle mondiale. Elle n’est pas la seule à le faire. La Chine s’engage dans une démarche éthiquement contestable de sélection génétique des futurs quotients intellectuels d’exception. La course au neurone se généralise et s’accélère pour devenir le moteur des économies du futur. La France de son côté possède une école mathématique (laboratoires des ENS, de l’X et d’autres grandes écoles) reconnue qui est parfaitement capable de rivaliser avec le géant américain si on ne l’entrave pas. Dans ce contexte de compétition mondiale, l’élan égalitariste qui consiste à casser l’École polytechnique relève de la faute stratégique et de l’aveuglement idéologique. C’est une forme de trahison de l’esprit des sciences qui anime l’X depuis plus de deux siècles.

Créer un accès post-bac 

Attali Polytechnique rené le honzecLa seconde proposition formulée par Bernard Attali appelle à créer un accès post-bac à l’École. Il s’agit de la proposition la plus surréaliste du rapport. Elle pourrait d’ailleurs faire sourire si elle n’engageait pas directement la survie de l’École. Cette préconisation témoigne d’un manque total de connaissance de la nature du concours d’entrée, de ses exigences et du niveau scientifique de l’École. L’auteur a-t-il déjà côtoyé une équation mathématique durant sa vie ? Certainement pas… La situation est pourtant simple : celui ou celle qui entre à Polytechnique par le concours ouvert aux élèves des classes préparatoires est nécessairement excellent en mathématiques, en sciences physiques, en français, et en langues. Il est excellent dans toutes les matières. D’une parfaite impartialité et d’une totale régularité, ce concours parvient à détecter depuis plus de deux siècles les 400 meilleurs esprits mathématiques et physiques d’une classe d’âge en France. Il ne passe jamais à côté des talents mathématiques et s’avère d’une redoutable acuité. C’est le concours le plus républicain qui soit car il donne les mêmes chances de réussite à chaque candidat. Résoudre un problème mathématique ou physique complexe pendant quatre heures, seul devant sa copie, dissipe de fait toutes les inégalités sociales ou culturelles. Seules les capacités de déduction, d’intuition et l’intelligence agissent puis déterminent la liste des reçus et celle des collés. Le rapport Attali critique la prédominance de quelques grands lycées parisiens à l’entrée de l’X (Louis Le Grand, Henri IV, Sainte Geneviève pour ne pas les citer). Effectivement, ces trois lycées approvisionnent chaque année l’École en élèves brillants qui sont souvent issus de petits lycées de province mais ayant fait le choix de faire une grande « prépa » parisienne après le bac. Pour autant, doit-on leur faire un procès pour réussite excessive ? L’auteur du rapport semble oublier que le concours est le même pour tous et que l’on n’entre pas à l’X par hasard, par chance, par piston ou par le niveau du compte en banque de papa-maman.

Si l’on essaie maintenant d’imaginer un recrutement post-bac à la façon des écoles d’ingénieurs INSA, on doit alors détecter les meilleurs élèves d’une classe d’âge scolarisés en Terminale. Les milliers de mentions Très Bien obtenues au bac chaque année ne suffisent pas pour sélectionner efficacement les candidats à l’entrée. Il faut donc s’orienter vers un nouveau concours classant et très sélectif à l’image du Concours Général. Les petits lycées de province seront-il en mesure de mettre en place une préparation pertinente à ce concours afin de rivaliser avec les grands lycées ? On peut raisonnablement en douter. Le dispositif ne fera que déplacer le problème du vivier de recrutement en amont. D’autre part, il est impossible d’effectuer un simple recrutement sur dossier de Terminale qui soit équitable, compte-tenu de l’hétérogénéité des notes et des appréciations à l’échelle nationale. Pour être totalement cohérent, il faudrait que Bernard Attali, lui-même Énarque de formation, propose un accès à l’ENA post-bac ou par apprentissage puis un accès aux études de chirurgie post-bac… Cette proposition rappelle beaucoup les adaptations du concours d’entrée à Sciences Po imaginées et mises en œuvre par Richard Descoings. Celles-ci s’appuient sur des critères sociaux favorisant la diversité et brisant du même coup l’égalité républicaine d’accès à l’IEP. Cette stratégie de concours parallèle appliquée par Sciences Po ne fonctionne pas pour les sciences dures. Ce n’est peut-être pas politiquement correct de l’affirmer mais c’est une réalité scientifique. En souhaitant court-circuiter la classe préparatoire, l’auteur du rapport montre son niveau de considération pour le travail réalisé durant ces deux années de travail intense… On notera que le système des classes préparatoires fait lui aussi l’objet de critiques régulières et de tentatives de déstabilisation ou de suppression alors qu’il a démontré son efficacité depuis des décennies. C’est bien connu, en France, on aime casser ce qui fonctionne ! Comme le dit si bien Sylvie Bonnet, Présidente de l’UPS (l’Union des Professeurs de Spéciales), « la voie d’accès post-bac à l’X existe déjà : ce sont les classes préparatoires scientifiques ! »

Supprimer le classement de sortie 

L’obsession égalitariste s’exprime à nouveau dans cette proposition. Le classement actuel permet de sélectionner les élèves candidats aux grands corps de l’État (Mines, Ponts et Chaussées, Armement…) et aux poursuites en quatrième année dans les plus prestigieuses universités américaines. La différence de niveau académique séparant l’élève major de l’élève classé trois-centième existe bel et bien. En général, les recruteurs apprécient de connaître le classement de sortie des candidats à un poste, et ceci quelle que soit l’école concernée ! La suppression de ce classement n’aura aucun effet positif sur le fonctionnement de l’établissement mais aura au contraire tendance à le fragiliser en appauvrissant l’information d’évaluation. C’est une mesure purement idéologique, donc très nocive pour les élèves et leurs futurs employeurs.

Supprimer la solde des élèves polytechniciens 

Le principe du remboursement de la pantoufle vient d’être officiellement adopté. Manifestement, il ne suffit pas à l’auteur du rapport qui préconise une suppression pure et simple de la solde. Si la solde disparaît, il faut alors rester cohérent et supprimer également toutes les soldes perçues par les élèves des autres écoles militaires (Saint-Cyr, Navale). Il faut ensuite étendre la mesure aux Écoles Normales Supérieures et à toutes les formations du supérieur qui rémunèrent leurs étudiants. L’économie réalisée sera de toute évidence infinitésimale par rapport à ce que coûte l’échec en premier cycle universitaire ou par rapport au coût des quotas de bacheliers technologiques à intégrer de force dans des filières incompatibles avec leur niveau académique. Nous payons toujours beaucoup plus cher les pulsions égalitaristes que le coût de la solde annuelle des polytechniciens…

Multiplier par quatre le nombre d’élèves étrangers 

Avant de formuler cette proposition, l’auteur du rapport aurait été bien inspiré d’observer la position des élèves EV2 (élèves étrangers non recrutés sur le concours français) dans le classement de sortie (le flop50) de l’École… Les meilleurs étudiants chinois se dirigent naturellement vers les grands pôles américains puis, par défaut vers les établissements européens souvent en fonction du classement de Shanghai. Multiplier brusquement l’effectif des élèves étrangers fera baisser le niveau des promotions sans apporter de visibilité supplémentaire.

Ne sacrifions pas Polytechnique

Les mesures préconisées par Bernard Attali sont mauvaises car elles ne peuvent qu’affaiblir l’École polytechnique. Contre-productives, elles cherchent à niveler par le bas là où il faudrait « tirer vers le haut » la structure pour la rendre résiliente. Des adaptations sont certainement nécessaires à l’X comme ailleurs, dans d’autres écoles ou universités. Construire une réforme sur la seule base d’une idéologie égalitariste, c’est faire preuve d’un aveuglement coupable face aux mutations technologiques actuelles.

Monsieur Le Premier Ministre, Monsieur le ministre de la Défense, accordez-vous six mois supplémentaires pour commander une seconde étude, réalisée cette fois (gratuitement) par une équipe de scientifiques, de chercheurs, d’industriels, d’innovateurs, de décideurs civils et militaires en phase avec la modernité et la réalité internationale. Vous obtiendrez alors les bonnes propositions pour cette École de la République…

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  • « Cette préconisation témoigne d’un manque total de connaissance de la nature du concours d’entrée, de ses exigences et du niveau scientifique de l’École. L’auteur a-t-il déjà côtoyé une équation mathématique durant sa vie ? Certainement pas… »
    wikipedia jacques attali
    En 1965, Jacques sort major de promotion de l’École polytechnique… Il devient maître de conférence en sciences économiques à Polytechnique en 1968, poste qu’il conservera jusqu’en 1985
    warf apparemment il connait mieux polytechnique que l’auteur

    • Enneite : l’auteur du rapport est Bernard Attali à ne pas confondre avec son frère Jacques Attali qui est sorti major de l’X. Bernard Attali est (seulement) Enarque

    • C’est vous qui n’y connaissez rien : Bernard Attali n’a jamais fait polytechnique. C’est un énarque. Warf ! Quand on se permet d’être acide , on fait attention à la réalité de ce qu’on affirme. Sinon, on passe pour un imbécile.

  • Dans les discours ministériel, on a explicitement le doctorat pour tous, y compris après un bac pro.
    On aura donc des doctorats de plomberie par l’apprentissage.

    Pour ce qui est de l’X,
    * il n’est pas absurde de supprimer le classement de sortie. les 400 polytechniciens sont TOUS capable du meilleur, et ce sont leurs qualités que le classement ne mesure pas (relations humaines, éthique, … ) qui feront la différence après l’ecole
    * supprimer la solde fera le plus grand mal au petit peuple. C’est la solde qui fait que l’X (et, pour la même raison, normale sup !) ont une proportion plus forte qu’ailleurs d’enfants de smicards. Mais un système efficace de bourse serait plus moral. On peut tout à fait combiner les deux : verser une solde, moyennant un engagement à un montant double en fin de vie

    • Le classement de sortie sert à attribuer les places dans les corps de l’état. On pourrait donc être favorable à leur suppression en même temps que ce classement, dont je n’ai jamais vu un seul employeur privé se préoccuper. Mais la nature ayant horreur du vide, il y aurait évidemment un système bien pire qui se mettrait en place pour que les administrations publiques choisissent « leurs » X.

      Quant à la solde, je ne suis pas du tout d’accord pour la remplacer par des bourses aux plus défavorisés. Quand on entre à l’X, on est majeur (du moins depuis la majorité à 18 ans), on est enfin reconnu pour soi-même et non pour être le fils ou la fille de, on doit être considéré indépendamment de l’aisance de sa famille. Il n’y a rien d’immoral à reconnaître cette émancipation, tant qu’on applique effectivement le remboursement de la pantoufle à tous (c’est-à-dire que les salaires du public pour ceux qui y vont sont bien inférieurs d’un montant du même ordre que celle-ci sur 10 ans à ceux du privé). Les bourses sont un étendard socialiste, elles ont pour but de désigner comme favorisés ceux qui n’en auraient pas. Pour les miséreux miséreux, l’AX apportera le complément nécessaire à la solde, et j’attends toujours qu’on me montre quelqu’un qui n’aurait pas pu entrer à l’X du fait de la pauvreté de sa famille.

      • Pour ce qui est des administrations, on a actuellement un système de quota pour les X (mais aussi bien pour TOUS les corps : énarques, normaliens etc.), comme si on avait affaire à des … handicapés. Quoi de plus absurde ? C’est d’autant plus absurde pour les X qu’en plus, l’administration les fait passer 2 ans dans une AUTRE école avant de les mettre au boulot (et quel boulot … c’est à pleurer) !
        En supposant qu’on ait besoin de ce genre de recrutement (un état régalien s’en passerait très bien …) je suis sûr qu’on peut facilement trouver mieux. Même un tirage au sort parmi les candidats ayant le niveau de diplôme suffisant serait moins stupide (et ça éviterait à bien des gens de prendre le concours pour la cuisse de Jupiter, justifiant tous les privilèges ).

        Je pense que dans l’éducation comme dans le reste la vérité des prix est essentielle. Les systèmes où on est salarié pendant les études, en contrepartie d’un salaire sous-payé une fois commencé le travail proprement dit, ne respectent pas ce principe. Je pense qu’en est majeur non pas à 18 ans, mais quand on gagne sa croute et qu’on est capable de payer pour ses propres erreurs. Je pense que faire partie du 1/1000 en matière scolaire (pour ce que ça vaut…) ne donne aucun droit particulier à une émancipation financière : si les X ont droit à une solde, pourquoi pas les autres étudiants ? Et pourtant j’en ai profité, mais rétrospectivement ça ma un peu pourri-gâté, et finalement nuit dans ma carrière.
        Bref je pense que les X devraient payer leur études, et je ne doute pas que l’AX saurait organiser un système efficace de prêt étudiant qui ne prennent pas le jeune à la gorge.
        Entre signer avec l’AX (ou une banque, ou une entreprise dès AVANT les études), et signer avec l’Etat, il n’y a pas photo.

      • Totalement d’accord avec vous en ce qui concerne la solde de l’élève Polytechnicien.
        Il est en général majeur et vacciné donc indépendant de ses parents.

        Par contre pour le classement de sortie, il n’est pas seulement utilisé pour l’accès aux corps mais aussi pour l’accès à une 4eme année à l’étranger (Stanford, MIT, Caltech, et autres). Le supprimer poserait un problème à ce niveau. (ce qui a semble-t-il échappé à l’auteur du rapport…)
        Enfin, le classement est demandé (en France) à l’entrée de certaines entreprises spécialisées dans le Big Data, recrutant presque uniquement des Normaliens et des X. A salaire égal, elles préfèrent recruter un élève classé dixième que deux centième, ce qui semble cohérent…

        • De mon temps, le classement d’entrée reflétait les capacités intrinsèques de l’élève, celui de sortie sa volonté personnelle de travailler malgré les autres tentations de la vie à l’Ecole. Comme vous le dites, le classement de sortie est dans une certaine mesure celui du concours d’entrée dans la suite de la carrière. Pour le privé, je n’ai pas trop de craintes qu’il parviendrait à évaluer l’adéquation des élèves à ce qu’il propose même en son absence. Je ne crois pas que le public y parvienne, et ma plus grosse crainte est donc : que vont-ils bien pouvoir inventer pour le remplacer ?

        • « Il est en général majeur et vacciné donc indépendant de ses parents. »
          Est-ce une blague, un étudiant sortant de classe préparatoire totalement indépendant de ses parents. Oh oui c’est vrai , il ne dort plus chez ses parents depuis 2 ans (Certains y habitent toujours par ailleurs) .Par contre financièrement, c’est toujours papa maman qui payent la vie de tous les jours car il est impossible de suivre ce genre d’étude en ayant un petit boulot à côté.Donc heureusement , que notre système de bourse « égalitaire » aide les plus défavorisé à s’assurer une préparation au même niveau que les autres.
          Pour cette solde, elle devrait bien entendu dépendre des revenus des parents, les élevés étant bien entendu dans une grande majorité toujours dépendant de leurs parents, l’argent de nos impôts que l’on leur verse n’est que de l’argent de poche supplémentaire pour leur portefeuille bien remplie.
          Ces élevés sont les meilleurs et méritent de bonnes installations et une excellente formation mais pas de l’argent.

          • « Pour cette solde, elle devrait bien entendu dépendre des revenus des parents »

            Pourquoi?

            • Comme je l’ai expliqué, ces étudiants ne sont pas indépendants de leurs parents, ils reçoivent toujours leur virement mensuel de la part de leurs parents, à quoi bon donner 1 000e à un étudiant si ses parents ont largement les moyens.

              Comme pour l’APL, (la loi va bientôt changée, heureusement) mais jusqu’à maintenant qu’importe le revenu des parents ,les étudiants touchent une aide au logement conséquente.Pour ma part c’était 220 euros par mois pour un logement de 12m² en résidence dans une école d’ingénieur,de nombreux de mes camarades (toujours dépendant de leurs parents qui ont LARGEMENT les moyens contrairement aux miens ) perçoivent la même somme.
              Vous trouvez ça normal? Tant mieux pour eux, mais cet argent de vos impôts peut servir ailleurs.

              OK vous trouverez toujours d’autres gaspillages plus grave ailleurs, mais je ne trouve pas ça normal.
              Je ne sais pas pourquoi « dépendant du revenus des parents » vous gênent tant. Un jeune est indépendant lorsqu’il obtient son premier emploi (et encore passons), jusque la , il vit sur le porte monnaie de papa maman il va falloir l’accepter au bout d’un moment.

  • Payer ses études ? C’est le cas aux Etats-Unis et en Chine. Pour en savoir plus : http://usatoday30.usatoday.com/news/opinion/forum/story/2012-07-03/student-loans-debt-crisis/56006496/1
    Si on fait l’hypothèse que les bons candidats potentiels aux meilleures formations sont également répartis parmi les CSP et qu’il y a 4000 places entre ingénieurs, commerciaux, administratifs, médecins et artistes, il faut retenir une personnes sur 200, soit un premier de la classe dans chaque collège tous les deux ans. Ceux qui ont fait l’X entre amis de collège peuvent mesurer la chance qu’ils ont eue.
    Les statistiques comme :
    http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2013/15/5/NI_MESR_13_02_248155.pdf
    http://www.education.gouv.fr/cid57096/reperes-et-references-statistiques.html
    http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1030&id_groupe=10&id_mot=83&id_rubrique=6
    http://www.senat.fr/rap/r06-441/r06-44113.html
    https://www.data.gouv.fr/en/datasets/l-origine-sociale-des-etudiants-francais-00000000/
    Montrent que les prépas littéraires sont quasiment fermées aux enfants de CSP- tandis que, dans l’ensemble de l’enseignement supérieur, les chances d’un enfant d’enseignant d’être diplômé bac+5 sont vingt fois supérieures à celles d’un enfant d’ouvrier.

    Je vous propose une question ludique : si les enfant d’ouvriers étaient aussi bien coachés que les enfants de profs, par combien le nombre de candidats aux concours serait-il multiplié ? Question subsidiaire : quelle proportion des admis actuels seraient recalés ?

    • le nombre de candidats aux concours étant limité par le pool de recrutement (en gros, le nombre de places en classe prépa) je ne suis pas sûr que les proportions changeraient beaucoup. Quant aux « admis actuels qui seraient recalés », si Paris était dans une bouteille le monde serait certainement différent.

    • « les chances d’un enfant d’enseignant d’être diplômé bac+5 sont vingt fois supérieures à celles d’un enfant d’ouvrier » : Couplet entendu 1000 fois , le délit d’initié permanent des vilains enseignants coupables de maintenir un bain culturel à la maison permettant à leur progéniture de voler une place à d’autres candidats moins favorisés.
      Il faudrait réviser un peu vos arguments. En terme de salaire, un enseignant débutant gagne souvent moins qu’un ouvrier spécialisé. Aujourd’hui, c’est l’enseignant qui peuple la CSP- !! Quant à votre question subsidiaire… toujours la même rengaine idéologique.

    • Sauf à adopter un dogme créationniste, il est logique que ceux qui ont été sélectionnés par le système éducatif, et qui l’ont choisit comme voie professionnelle, aient des enfants qui y sont aussi comme des poissons dans l’eau. Et de même, que ceux qui sont sortis par le bas du système éducatif ont aussi des enfants du même métal ; ça ne veut pas dire qu’ils sont idiots (en tout cas pas forcément ….), juste qu’il ne sont pas adapté à ce milieu.
      Que les premiers aient plus de chance de devenir bac+5 en lettres, et les seconds moins, n’est ni en scandale ni un drame. Que le ratio soit à l’arrivée de 20 à 1 n’est pas surprenant : le système scolaire est organisé comme pour un système de distillation multi-étage, amplifiant la moindre différence initiale aussi surement qu’un match de tennis transforme un avantage de 20% (sur les chances de gagner un échange) en 6-0 6-1 6-0
      Ainsi vos questions finales sont du niveau de « si ma tante en avait ».

      Le drame et le scandale est plutôt que le système scolaire et le diplôme soit (quasiment) devenu la seule voie vers les CSP+, et qu’y échouer est (quasiment) la certitude de se retrouver en CSP-, et même au RMI.

      Le système scolaire est devenu l’alpha et l’oméga de la vie, écrivant le destin des gens quasiment dès la maternelle, comme dans les plus figées sociétés de castes. Et pire encore, on fait tout pour que ça s’aggrave en voulait coller des diplômes sur tout, comme autant de médaille en chocolat.
      L’hypertrophie étatique y participe aussi évidemment. L’état est certainement le plus fanatique des amateurs de diplôme, puisqu’il n’a pas de « bottom line » pour juger de la qualité ultime du travail fourni.

      • très bon commentaire !

      • P, accepteriez-vous de vous faire opérer par un faux chirurgien qui n’aurait pas son diplôme ?
        Le diplôme n’est pas tout mais c’est quand même un signal.

        • Je ne regarde pas les diplômes des chirurgiens, entre autre parce que je serai incapable de distinguer un vrai d’un faux.
          Pareil pour toutes les professions, de l’architecte au plombier.
          donc je fais comment ? comme tout le monde : je regarde si les clients précédents ont été satisfait ou, dans le cas d’un jeune, je lui fait confiance … pour des opérations sans risques ( ou je m’appuie sur la confiance accordée à l’ancien qui le patronne, ce qui nous ramène au cas précédent).
          Seule une réputation bien assise par une longue pratique réussie au service d’une clientèle satisfaite est un gage de confiance.

          Bref si le diplôme est un signal, c’est un signal codé, que seuls des spécialistes peuvent interpréter. Pour les autres, c’est un bruit parasite.
          Je n’irai pas jusqu’à dire que le diplôme devrait être interdit, mais en tout cas les exigences de diplômes ne devrait pas se substituer aux exigences de qualité professionnelle. Le cas récent de l’architecte NON diplômé, qui a travaillé à la satisfaction de tout le monde pendant 30 ans, ne devrait même pas existé.
          http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/yvelines-un-faux-architecte-condamne-apres-30-ans-de-mensonges-7774052685

  • « Cette préconisation témoigne d’un manque total de connaissance de la nature du concours d’entrée, de ses exigences et du niveau scientifique de l’École. L’auteur a-t-il déjà côtoyé une équation mathématique durant sa vie ? Certainement pas… »
    Oh, la belle ad hominen ! Et quand je lis la suite, je suis pas 100% certain que l’auteur ait une meilleure idée :

    « La situation est pourtant simple : celui ou celle qui entre à Polytechnique par le concours ouvert aux élèves des classes préparatoires est nécessairement excellent en mathématiques, en sciences physiques, en français, et en langues. »
    Non, celui qui entre à Polytechnique n’est pas nécessairement excellent en mathématiques, physique, français et langue. Il est très bon en mathématiques, physique, et excellent en bachotage.
    Le français et les langues ont des coefficients relativement faibles, et même s’ils peuvent faire la différence pour ceux qui sont limites, ils ne sont pas déterminants pour au moins 75% des admis.

    • C’est un concours donc ceux qui sont limites, comme vous le dites, sont éliminés et pas rattrapés par le français et les langues. Pour être admissible à l’X, le français compte pour 6/33, soit 18 %. Cela n’a rien de négligeable. L’anglais ne compte pas. L’anglais compte pour 6 pour l’admission.
      Et puis « excellent en bachotage », cela sent le jaloux. 😀
      Les polytechniciens sont excellents en maths, physique français, anglais.
      C’est un fait. Faut pas être bêtement jaloux.

      • sans être bêtement jaloux, j’en connais qui étaient médiocres en français ET anglais. Pas nuls, évidemment, parce qu’une note en dessous de la moyenne est irrattrapable, mais par contre une note simplement moyenne ça peut se compenser.

  • On n’entre pas à l’X par hasard, par chance, par piston ou par le niveau du compte en banque de papa-maman.
    Ce n’est pas faux.
    Mais pour entrer à Henri IV mieux vaut s’appeler Jean Sarkozy ou Mazarine Pingeot.

    • Jean Sarkozy n’a pas été en prépa à Henri IV.
      Connaissez-vous la façon de recruter de Henri IV dans ses classes prépa ? Le dossier. On regarde le dossier et on prend les meilleurs. Je connais un petit Soufiane avec un nom bien arabe, excellent élève, sans la moindre relation bien placée, qui a été pris à Louis Le Grand.
      Cela dit, il y a pas mal de polytechniciens qui ne sortent pas d’Henri IV de Louis Le Grand ou de Ginette.

      • C’est en tout cas ce qui est écrit dans l’article Jean Sarkozy de Wikipedia, qui n’est pas toujours d’une fiabilité totale je vous l’accorde.
        Si vous êtes sûre de vous je vous invite à modifier l’article Wikipedia vous-même, tout le monde peut le faire en ligne.

        • Jean Sarkozy aurait commencé une hypokhâgne à Henri IV, d’après Wikipédia, effectivement. Le piston marche. Mais c’est pour les prépa littéraires., qui n’ont rien à voir avec les prépa scientifiques.
          Pour les prépas scientifiques, je pense que le piston ne suffit pas. Henri IV et les autres grandes prépas ont une réputation à tenir et leur réputation vient des statistiques d’entrées à l’X et l’ENS. Ils ne peuvent pas se permettre de remplir leurs classes prépa de gens bien nés mais mauvais. Mais si des gens bien nés sont excellents, je ne vois pas pourquoi Henri IV les refuserait. Je ne parle pas de Jean Sarkozy, bien évidemment.

  • Tout à fait d’accord avec l’auteur de l’article.
    Je crois qu’on veut casser les classes prépa et le système des grandes écoles. Et on s’en prend à la tête.

    Cassons ce qui marche, c’est tout ce qu’ils savent faire. On remarque que l’énarque Attali n’a pas commencé par faire ce qui était en revanche nécessaire : casser l’ENA.

  • L’école polytechnique de paris existe déjà, et il s’agit de paristech. C’est un regroupement d’écoles parisiennes. Il serait intéressant de comparer cet ensemble avec le mit.

  • « pour peser et compter dans le classement de Shanghai »

    Est-ce réellement essentiel?

  • Les commentaires sont fermés.

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