Les Rohingyas au coeur de la crise des réfugiés asiatiques

Myanmar/Burma: Little hope for Rohingya IDPs. Credits European Commission DG ECHO via Flickr ( CC BY-ND 2.0)

La crise des réfugiés est au centre de l’actualité récente. Elle ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe.

La crise des réfugiés en Europe est au centre de l’actualité récente : selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, il s’agit même du plus important mouvement migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette crise ne s’arrête cependant pas aux frontières de l’Europe, mais s’étend au monde entier et notamment à l’Asie du Sud-Est.

Par Sophie des Beauvais.

Myanmar/Burma: Little hope for Rohingya IDPs. Credits European Commission DG ECHO via Flickr ( CC BY-ND 2.0)
Myanmar/Burma: Little hope for Rohingya IDPs. Credits European Commission DG ECHO via Flickr ( CC BY-ND 2.0)

 

Les Rohingyas sont souvent décrits comme étant la population la plus persécutée au monde. Musulmans originaires du Bengladesh, la plupart d’entre eux (environ 1,1 million dont 810.000 apatrides) vivent actuellement dans l’État de Rakhine, en Birmanie occidentale, où les premiers migrants sont arrivés il y a un peu plus d’une centaine d’années. Malgré leur ancrage en Birmanie, ils sont victimes de discriminations et de violations de leurs droits : le gouvernement refuse par exemple de leur accorder la nationalité birmane et de les reconnaître parmi les 135 groupes ethniques officiels du pays. Plus de 150.000 « Bengalis », nom qui leur est donné par les Birmans qui refusent l’appellation Rohingya, ont été forcés de rejoindre des camps de réfugiés après des massacres perpétrés par des groupes nationalistes Rakhines en 2012. Depuis, nombre d’entre eux, tentant de fuir vers des pays voisins comme la Malaisie, l’Indonésie et la Thailande, sont au cœur de la crise migratoire asiatique.

Les Rohingyas du Myanmar sont décidés à fuir le pays. Résignés, ils ont peu de chances de voir leur futur s’améliorer : le peu d’espoir qu’ils avaient après la chute de la dictature militaire en 2011 s’est rapidement évaporé avec la montée d’une panique anti-musulmane dans le pays. La situation est telle qu’ils n’auront pas l’occasion de voter lors des toutes premières élections générales en novembre prochain : ils n’ont donc aucun moyen légal de revendiquer leurs droits. Le pays pourrait toutefois faire face à davantage de pressions de la part des pays ayant soutenu les changements post-2011. Barack Obama a notamment fait savoir en mai dernier que la Birmanie devait en finir avec les discriminations envers les Rohingyas si elle souhaitait voir sa transition se terminer avec succès.  Il y a une prise de conscience « qu’il n’est pas possible de mettre de côté la crise Rohingya, ni de continuer à ‘réformer la Birmanie’ ni  ‘la démocratisation de la Birmanie’ » explique Phil Robertson,  sous-directeur de l’ONG Human Rights Watch Asie.

Depuis le début de l’année, environ 25.000 Rohingyas ont  fui précipitamment par bateaux, tentant désespérément de partir avant la saison de la mousson qui rend tout voyage impossible. Plus de 300 d’entre eux ont déjà perdu la vie dans l’océan indien, et 727 ont été débarqués sur les côtes birmanes le 3 juin dernier, découverts après avoir dérivé depuis plus jours dans la mer d’Andaman.

Cette crise émerge alors que les dix États-membres de l’ASEAN mettent en place un marché économique commun, prévu pour la fin de l’année 2015. Certains pays d’Asie du Sud-Est qui ont longtemps reposé économiquement sur une main d’œuvre étrangère et à bas coût, mettent désormais en place de strictes régulations frontalières suite à une montée des nationalismes. Ils sont d’ailleurs critiqués pour avoir renvoyé les bateaux de demandeurs d’asile ou lorsqu’ils échouent à démanteler les réseaux de passeurs illégaux.

« Les Rohingyas ont besoin d’une solution de long terme », « ils sont probablement la population méritant le plus l’asile dans le monde, et l’une des plus persécutées » indique Chris Lewa, leader du Projet  Arakan, une ONG qui traque les mouvements des bateaux de migrants dans la région. La crise des Rohingyas n’est donc pas prête de s’arrêter sans une coopération internationale pour encadrer les migrations, ou encore faire pression sur la Birmanie pour que leur statut et leurs droits soient finalement reconnus par le gouvernement en transition.

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