Sommes-nous condamnés à l’indigence programmée ?

Liberté économique (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Les Français de demain vivront moins bien que les Français d’aujourd’hui. Que faire pour stopper cette indigence programmée ?

Le niveau de vie des pays développés qui négligent la liberté devrait diminuer. Selon les auteurs d’une étude récente, la raison en est simple : la liberté économique favorise l’augmentation du capital, qui à son tour favorise les augmentations de productivité. Il y a d’autres raisons à cela ; les transactions librement consenties créent plus de valeur que lorsqu’elles sont contraintes, et les décisions d’individus libres maximisent la création de valeur au lieu de servir les objectifs politiques, personnels et électoraux des dirigeants d’un pays.

Comme le progrès, le capital est cumulatif : les améliorations de productivité libèrent des ressources qui, à leur tour, viennent ajouter au capital existant et à l’amélioration du niveau de vie. Mais le capital est fragile ; pour prospérer, il a besoin d’un environnement propice que l’on peut décrire comme « liberté économique ».

L’environnement économique, facteur de prospérité ou d’indigence

Liberté économique (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

La corrélation entre liberté économique et amélioration du niveau de vie est claire. En analysant les évolutions des indices nationaux de liberté économique, Michael Cox and Richard Alm ont projeté le niveau de vie par habitant théorique de nombreux pays et l’ont comparé à son niveau actuel. Et anticipent ainsi des évolutions à la hausse ou à la baisse : les Chinois et les Indiens pourraient consommer plus (respectivement 56% et 29% de plus), mais les Américains devraient consommer 22% de moins. Concrètement, selon les auteurs, le niveau de vie des Américains devrait diminuer en conséquence de la baisse des libertés économiques depuis la fin des années 1990.

Il faut se méfier des prévisions à la virgule près d’indicateurs aussi théoriques ; mais le détail des chiffres compte moins que le raisonnement et les tendances identifiées. Il est évident que plus un pays met d’obstacles à la création de valeur et détourne des ressources de leur allocation optimale1, moins ses habitants s’enrichissent. La création de richesse a besoin d’un environnement propice pour se développer. Et en suivant ce raisonnement difficilement contestable, on peut anticiper un ralentissement de la croissance du niveau de vie dans les pays où la liberté économique se dégrade, et c’est le cas de la plupart des pays développés.

En l’occurrence, nombreux sont les pays développés pour lesquels une croissance même molle du niveau de vie sera difficile à atteindre ; il est plus que probable que les Français de demain vivront moins bien que les Français d’aujourd’hui.

Heureusement pour les habitants des pays les plus riches de la planète, ils ont des décennies de capital à grignoter pour adoucir la descente. Le hic, c’est que consommer ainsi le capital accumulé alimente le cercle vicieux de la baisse du niveau de vie.

Les premiers signes de l’indigence programmée

Les Français sont d’ailleurs conscients des difficultés qui les attendent : 86% d’entre eux pensent que les jeunes d’aujourd’hui vivront moins bien que leurs parents. Perspective peu réjouissante et nouvelle, alors que la hausse du niveau de vie est relativement continue depuis la Révolution Industrielle2.

Il y a des chiffres derrière cela. Difficile pour les jeunes actifs d’aujourd’hui d’habiter à Paris, sans même évoquer l’idée d’acheter à Paris. Au vu du nombre de lois, normes et règlements qui régissent l’immobilier en France, difficile d’attribuer ces difficultés au marché ; c’est plutôt son absence qui est en cause. La règlementation fait monter les prix, les impôts réduisent le budget, et après avoir réduit les surfaces habitées, les gens s’installent plus loin.

Au-delà des chiffres, il y a aussi ce que l’on entend aujourd’hui et que l’on n’entendait pas avant. Ces amis qui, cette année, ne partent pas en vacances. Ou qui partent moins longtemps. Ou moins loin. Ces jeunes au chômage, malgré de brillantes études ou un bon caractère. Et ces proches au chômage, jamais rappelés malgré leurs recherches sérieuses et leur CV convaincant.

L’amélioration du capital ne favorise pas les plus riches au détriment des plus pauvres. Les premiers touchés par l’indigence programmée, ce sont les plus pauvres. Ils sont naturellement plus fragiles ; une petite somme fait pour eux une plus grande différence. Réduire la liberté économique, par exemple en prétendant redistribuer à la place de chaque citoyen, c’est condamner les pauvres à plus de pauvreté, et les enfermer durablement dans cette pauvreté. Quand le coût du travail est élevé (mais pas les salaires nets), qui peut embaucher les moins qualifiés ?

Déprogrammer l’indigence

Ce n’est pas une fatalité. Nous pouvons inverser la vapeur, puisque nous connaissons les causes du mal qui nous ronge : le manque de liberté économique. Concrètement, qu’est-ce que c’est ? C’est simple : toute intervention de l’État dans l’économie réduit la liberté économique. Chaque nouvelle règlementation, norme, subvention, taxe nous approche un peu plus de l’indigence programmée. Pour changer de trajectoire, il faut empêcher le recul des libertés.

Comment empêcher le recul des libertés ? La première étape, c’est de reprendre le pouvoir, ou de le détruire. Nous, citoyens, pouvons reconquérir le pouvoir qui est le nôtre. Nous pouvons élire les bons représentants, qui prendront les bonnes décisions. Mais lesquels choisir, alors qu’ils sont tous plus liberticides les uns que les autres, alors qu’ils sont tous aussi convaincus non seulement que la façon dont ils veulent nous diriger est la bonne, mais aussi que nous diriger est la meilleure chose à faire ?

« Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. » — Lord Acton

Nous pouvons détruire le pouvoir. Si un hobbit y parvient, pourquoi pas nous ? Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ; il en va de même des lois, de l’autorité et du pouvoir. Imaginez, demain, un coup d’État, et un nouveau régime qui entend régir vos vies du berceau à la tombe. Vous dire quoi manger, comment travailler, vous donne des récompenses ou des punitions si votre comportement va dans le sens ou à l’encontre de sa volonté. Comment réagiriez-vous ? Le laisseriez-vous faire ? Prendrez-vous toutes ses décisions pour argent comptant ?

Il n’y a aucune raison de ne pas appliquer le même raisonnement au pouvoir en place. Aucune. Les événements l’ont mis là où il est, vous êtes né ou venu ici, et alors ? Quand a-t-il gagné le droit de prendre votre argent et le dépenser à votre place en vous disant que c’est pour vous ? Quand le lui avez-vous donné ? Si vous lui reconnaissez ce pouvoir, n’allez pas croire que votre choix engage quiconque autre que vous.

Nous pouvons inverser la vapeur, mais cela suppose de reprendre la main sur la politique pour reprendre nos vies en main. Sommes-nous prêts ?

  • Sommes-nous prêts à faire l’effort intellectuel d’aller au-delà des discours et des bonnes intentions pour nous intéresser aux faits et aux résultats ?
  • Sommes-nous prêts à nous mettre en quête de vérité plutôt que de certitudes, de convictions ?
  • Sommes-nous prêts à prendre des risques, même le risque d’échouer, du risque de réussir, du risque d’apprendre ?
  • Sommes-nous prêts à affronter les régulateurs, les fabricants de normes, les bureaucrates, mais aussi tous ceux qui entendent bien conserver leur pouvoir et leurs privilèges aussi longtemps qu’ils le pourront ?
  • Sommes-nous prêts à assumer les responsabilités que la vie nous impose ? À nous montrer généreux, même si personne ne nous le demande ? À nous montrer raisonnables, exigeants, curieux, sensibles ? À nous montrer humains, être le meilleur de nous-mêmes ?
  • Sommes-nous prêts à laisser autrui vivre sa vie et en être seul responsable, quitte à ce qu’il la vive autrement qu’on ne l’aurait fait ou qu’on aimerait qu’il fasse ?

Si nous sommes prêts, alors n’attendons plus. Si nous ne le sommes pas, qu’attendons-nous ?

  1. Au sens où elles maximisent la création de valeur perçue par les individus.
  2. Merci le capitalisme !