Le Seigneur des Anneaux, épopée libertarienne

Publié Par Philippe Fabry, le dans Cinéma, Lecture

La sortie au cinéma de « Le Hobbit, un voyage inattendu » est l’occasion de se repencher sur l’œuvre de Tolkien. Contrepoints vous en propose une lecture libérale.

Par Wenceslas Balyre.

Note préalable de l’auteur : cet article spoile les grandes lignes de l’ouvrage de Tolkien.

J.R.R Tolkien, l’auteur du Seigneur des Anneaux, n’aimait guère que l’on cherche à établir des interprétation de son œuvre ; à l’époque où elle fut publiée, au mitan des années 1950, il était tentant de voir dans l’opposition des Peuples Libres, vivant à l’Ouest, contre le diabolique Mordor de l’Est allié aux Orientaux et aux Suderons, une allégorie de la Guerre Froide opposant le monde démocratique capitaliste occidental à un Empire soviétique qui risquait d’être le grand gagnant du processus de décolonisation, avec l’apparition de la Chine maoïste et des socialismes arabes.

On sait qu’un auteur, même sans s’en rendre compte, est nécessairement influencé par son environnement. Tolkien n’a sans doute pas échappé à cette règle : ce n’est certainement pas un hasard si Bilbo le Hobbit, publié en 1937, fut moins sombre que le Seigneur des Anneaux, marqué par les souvenirs apocalyptiques de la Seconde guerre mondiale. En revanche Tolkien réfuta catégoriquement l’idée selon laquelle la guerre de l’Anneau fût une allégorie de cette Seconde guerre mondiale.

Ce qui fait problème, dans ces diverses interprétations qui ont été soulevées, c’est l’élément pourtant central de ce monument d’heroic fantasy : l’Anneau. L’Anneau de pouvoir, redoutable, maléfique.

Bien que l’on dise Tolkien influencé par les diverses mythologies nordiques, la légende tolkienienne de l’Anneau est totalement originale sur un point : la quête de l’Anneau est une anti-quête : il ne s’agit pas, contrairement à ce genre d’histoires, de trouver et de s’emparer d’un objet magique pour s’en servir d’arme miracle contre le mal, mais au contraire d’un objet que les héros connaissent dès le début et qu’il s’agit de détruire pour sauver le monde.

Et pourquoi le détruire ?

L’Anneau a des caractéristiques assez mystérieuses. Dans l’œuvre de Tolkien il rend invisible, mais ce n’est finalement qu’accessoire. Ce qui le caractérise, en réalité, c’est qu’il donne le pouvoir suprême. Celui qui l’a peut se rendre maître du monde. Tolkien n’explique pas comment, c’est seulement ce que l’on comprend à son sujet.

Cet Anneau, c’est donc le Pouvoir. En tant que tel, il est extrêmement séduisant pour tout individu, même généreux et vertueux. Gandalf, le sage magicien, qui est l’un des principaux « gentils » du roman, et qui a l’idée du plan pour le détruire, refuse lui-même de s’en charger par peur de succomber à la tentation d’en user.

Dans le Seigneur des Anneaux, on trouve tout un tas de personnages divers et variés qui désirent ou ont peur de désirer l’Anneau. Un seul lui est indifférent : Tom Bombadil, qui représente la Nature, j’y reviendrai.

Tous, donc, convoitent ou sont tentés par l’Anneau : savants, princes, intendants, soldats. Et seule sa destruction doit les délivrer de cette tentation et anéantir la menace de la réduction du monde en esclavage ; sachant qu’il est bien expliqué que qui que ce soit qui s’emparerait de l’Anneau, le sage Gandalf, l’orgueilleux Saroumane, la douce Galadriel ou le diabolique Sauron, le résultat serait le même, l’usage de l’Anneau changeant les meilleures intentions en monstruosités.

Tolkien insiste lourdement sur ce point : il ne peut rien sortir de bon de l’usage de l’Anneau. Chercher à s’en servir pour lutter contre le mal ne ferait que le remplacer par un autre mal tout aussi terrible ; c’est pourquoi il ne faut surtout pas s’en servir, mais le détruire. C’est l’unique salut de l’humanité.

Les lecteurs auront sans doute déjà compris où nous voulons en venir, le message étant limpide : l’Anneau, c’est bel et bien le Pouvoir, l’État. Cet État dont la puissance le rend désirable par tous : réactionnaires, conservateurs, progressistes, révolutionnaires, hommes soucieux du bien de l’humanité ou seulement de leur propre ambition, intellectuels ou brutes, hommes pieux ou impies, vertueux ou vicieux, et qui dans la main de n’importe lequel d’entre eux amène au même résultat : conduire le monde à la servitude universelle. Le seul à ne pas être tenté par l’État, à n’en avoir aucun besoin, c’est encore ici Tom Bombadil, c’est-à-dire, pour le coup, le Droit naturel, qui n’a pas besoin d’État et d’une législation positiviste.

Tout usage de l’État, même par des gens vertueux et pour établir un monde meilleur, ne produit que troubles, pauvreté, arbitraire, esclavage. La seule solution pour vaincre ces malheurs, ce n’est pas de s’emparer de l’État et de se servir de son pouvoir pour instaurer un nouvel ordre à l’image du nouveau Porteur de l’Anneau, mais de le détruire.

Et dans l’œuvre de Tolkien, ce n’est pas un hasard si cette tâche est finalement dévolue à des gens du commun, Frodon Sacquet et son jardinier Sam, des individus simples qui n’ont aucune prétention à la domination, ce qui les rend extraordinairement résistants à l’attraction de l’Anneau. Quand on ne veut rien faire du Pouvoir, pourquoi le désirer ? Frodon et Sam, incarnations des libéraux prêts à faire de la politique et à ne s’emparer de l’État que pour le détruire, à l’image de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher.

Voilà, me semble-t-il, la juste interprétation du Seigneur des Anneaux. Et pour cause : ce n’est finalement pas une interprétation, mais bien une lecture littérale.

Nous sommes, nous libéraux, engagés dans la véritable guerre de l’Anneau. Et nous voyons, sur l’Anneau de Pouvoir moderne, inscrite en lettres de feu l’effrayante devise du Mordor :

Un État pour les gouverner tous,

Un État pour les trouver,

Un État pour les amener tous

Et dans les ténèbres les lier.

 

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  1. Analyse amusante, mais un peu facile.
    Cet exercice de style aurait pu être fait partir de Star Wars, Harry Potter ou même les Pokemon…
    Mais il aurait pu présenter également la vision humaniste du Seigneur des Anneaux, où l’anneau est le symbole du profit personnel et de la perte de celui qui le recherche. Au final, il faut détruire la tentation personnelle pour le bien du plus grand nombre.

    Comme quoi le point de vue de départ est souvent plus important que le fait analysé ;)

    1. Non votre analyse est juste ridicule,
      « le profit de l’un est le profit de l’autre » Frédéric Bastiat
      Relisez vos classiques d’économie, où plutôt lisez les.

        1. La logique et les socialistes ça fait deux.
          Tout échange volontaire s’effectue pour autant que chaque participant accorde plus d’estime à ce qu’il reçoit qu’à ce qu’il donne. En ce sens, le profit de l’un est le profit de l’autre, sinon il n’y aurait pas échange.

          Il n’y a rien de magique là dedans, c’est seulement une loi de l’action humaine.

        2. A possede le bien X
          B souhaite l acheter
          Ils se mettend d accord sur la somme de 100 pour cette echange
          La transaction se fait (librement et sans contrainte)
          Les 2 font un profit.
          A a vendu le bien pour 100 parce qu il pensait que le bien valait moins (sinon il ne l aurait pas vendu)
          B a achete le bien pour 100 parce qu il pensait qu ‘il valait plus (sinon il ne l aurait pas acheté)
          La valeur d un bien est subjective et liée à l utilité que chacun d entre nous en a
          Donc dans une transaction libre, le profit de l un est le profit de l autre.
          Amicalement

    2. « Il faut détruire la tentation personnelle pour le bien du plus grand nombre. » Qui va s’en charger ? Vous, évidemment, qui êtes libre de toute tentation ? Heil, Graow !

      1. Humanisme pour le totalitarisme, laïcité pour la fusion des pouvoirs religieux et régalien…

        Comme J-F Revel le soulignait souvent, la dialectique socialiste aime à retourner les termes.
        À appeler d’un mot la lutte contre ce que le mot signifie.
        Orwellien.

    3. « il faut détruire la tentation personnelle pour le bien du plus grand nombre »
      Pour qui a lu le Seigneur des Anneaux, l’anneau donne puissance et pouvoir à celui qui le détient ( bon ou méchant) et il en usera pour asservir les hommes: il est au service de l’injustice et du mal . Ici on pourra relire dans la République de Platon, livre II, le passage où Glaucon , contradicteur de Socrate, attaque celui-ci : pour lui la justice n’est qu’un effet de contrainte. Pour défendre cette thèse il lui raconte la légende de Gygès. ( que reprend Tolkien)
      Si tous les hommes, croient que l’injustice leur est beaucoup plus avantageuse individuellement que la justice, il existe un petit nombre qui n’a aucun goût pour le pouvoir ( le philosophe pour Platon) et qui est capable de faire le bien.
      Il n’est pas faux alors de penser que Tolkien a pensé que pour être juste il faut combattre la tentation personnelle pour le bien du plus grand nombre.

      1. La tentation personnelle, dans le Seigneur des Anneaux, ne s’exerce que vis-à-vis de l’Anneau, qui est le Pouvoir et permet d’établir une domination à l’image du porteur.
        Dans le Seigneur des Anneaux, il apparaît clairement que la tentation ne peut pas être supprimée, que seul l’objet de la tentation le peut, et que cela vaut le coup puisque de toute façon rien ne peut sortir de bien de l’Anneau.
        C’est bien le Pouvoir qu’il faut détruire pour le bien du plus grand nombre.

        1. Je persiste à penser que Tolkien a été influencé par l’anneau de Gygès. L’anneau rend invisible, mais ce n’est pas non plus l’essentiel. L’anneau mis au doigt du juste ou de l’injuste produit le même effet : il sera tenté « d’être comme un dieu parmi les hommes » ( République, livre II).
          Mais sur qui l’anneau n’aura jamais de prise ? Sur Socrate bien sûr qui l’aurait aussi détruit, car son âme est en quête d’absolu ( Allégorie de la caverne, livre VII).
          Pour pouvoir détruire l’anneau il faut des hommes dont l’âme est pure. Si Frodon et Sam sont désignés c’est parce qu’ils peuvent s’acquitter de cette tâche qui ressemble à un parcours initiatique pour atteindre le Bien( détruire l’anneau) et libérer les hommes du mal.
          J’ai donc du mal à vous suivre lorsque vous faites une lecture libertarienne de ce conte. Moi j’en fais une lecture platonicienne.
          Eclairez- moi sur le personnage de Tom Bombadil qui représenterait le Droit naturel, qui n’a pas besoin selon vous d’Etat et d’une législation positive. Quel est votre postulat sur la nature humaine pour penser que les hommes peuvent se passer de lois, ou qu’ils pourraient y obéir sans qu’aucune autorité ne les contraigne ?

    4. C’est bien tenté, mais
      * l’anneau s’appelle bel et bien « anneau de pouvoir ». Pas « corne d’abondance » ni « anneau de richesse ». Dans l’histoire il ne procure aucun avantage matériel, et elle ne parle que de pouvoir, pas de richesse sous aucune forme (les agriculteurs, marchands et artisans brillent par leur absence dans l’histoire, en tant que profession : les gens du peuple comme Bilbo ou Smeagol sont importants mais leur activité n’a aucune importance ; inversement Saroumane, Aragorn et les autres sont importants en tant qu’archétype professionnels dans leur relation avec le pouvoir)
      * L’anneau ne propose pas le profit personnel. Il propose le pouvoir pour le pouvoir (pour les petites gens : Bilbo, Smeagol, Frodo) ou le pouvoir pour une grande cause (pour les gens importants : princes, magiciens, etc.), mais jamais rien de personnel (santé, amour, opulence …)

      Comme quoi le fait analysé ne peut sans mauvaise foi être ignoré, quelque soit le point de vue de départ

    5.  » l’anneau est le symbole du profit personnel  »

      L’anneau est l’instrument du pouvoir d’opprimer, donc le symbole de l’État totalitaire. C’est comme tel qu’il est l’enjeu de l’histoire.
      S’il ne faisait qu’inciter à le conserver pour soi seul, le livre n’aurait pas d’objet.

      Jamais Gandalf, Aragorn ou Galadriel n’arrache l’anneau à Bilbon, Frodon ou même Gollum sous prétexte de le soulager de son égoïsme.
      Bien au contraire, Frodon reste le propriétaire l’anneau; même Gollum s’acharne à s’en dire le propriétaire légitime, quoi qu’il ait tué pour se l’approprier (Abel et Caïn…).
      Et la convoitise que l’anneau suscite, en tant que richesse ou en tant qu’instrument de pouvoir, est décrite comme foncièrement perverse.

      Le socialisme est foncièrement totalitaire parce qu’il nie la propriété, et impose ce qu’il définit comme vertu par la contrainte d’État, fusionnant entre ses mains l’autorité morale et régalienne.

      Il est pervers parce que son égalitarisme ressort de la convoitise, raison pour laquelle il préfère la misère générale à une richesse inégale.

      Toute l’oeuvre de Tolkien condamne cela, sur la base du christianisme (voir mon commentaire plus bas sur le christianisme de Tolkien).

      Hayek aussi a démontré indépendamment que le totalitarisme est la pente naturelle du socialisme (the road toi serfdom).

  2. « Frodon et Sam, incarnations des libéraux prêts à faire de la politique et à ne s’emparer de l’État que pour le détruire, à l’image de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. »

    Reagan ou Thatcher destructeurs de l’Etat? Pas vraiment.
    http://analyseeconomique.wordpress.com/2011/06/08/reaganisme-et-thatcherisme-entre-legende-et-realite/

    C’est dommage que vous nous sortiez un tel élément de comparaison, l’article est très bon au demeurant.

      1. Je suis moi-même (devenu) un libéral conservateur, alors je n’ai rien contre le discours de Thatcher/Reagan. Je constate seulement qu’ils ne sont pas allés jusqu’au bout de leur discours.

        J’attends un vrai moment libéral conservateur. Pas une montée au pouvoir tout bonnement chimérique de rothbardiens.

  3. Il y a aussi la récupération de la propriété privée (les nains vont récupérer leur royaume d’Erebor) et le droit à l’auto-détermination des peuples (Bilbo dit « Je vais vous aider à récupérer votre chez-vous »).

    Sans parler de la mise en exergue des capacités individuelles insoupçonnées.

    etc…

          1. Oui les films sont vraiment très en dessous et surtout par les ajouts débiles de Jackson. Comme si il tel livre pouvait être « amélioré » par un nul de son genre. Et Bilbo qui sort bientôt semble être encore pire…A quand une fidèle adaptation?

          2. Très honnêtement je suis un vieux fan des livres que j’ai découvert il y a vingt ans, et je suis dès le début devenu fan des films, qui ont réussi le passage à l’écran d’une oeuvre littéraire impossible à porter telle quelle à l’écran.
            Quand à Bilbo, je suis ressorti du film en ayant l’impression d’avoir à nouveau 9 ans. De quelques lignes du roman, Peter Jackson sort des images magnifiques, et encore une fois le travail d’adaptation, et surtout la manière de relier Bilbo à la trame du Seigneur des Anneaux, est remarquable.

  4. Tolkien n’aimait pas les allégories, il considérait cela comme une domination de l’auteur sur le lecteur, toutefois on peut en effet reconnaître que l’Anneau est l’allégorie du pouvoir. Ceci est confirmé par les opinions politiques de Tolkien dans une lettre à son fils Christopher :  » « Mes opinions politiques penchent de plus en plus vers l’Anarchie (au sens philosophique, désignant l’abolition du contrôle, non pas des hommes moustachus avec des bombes) — ou vers la Monarchie « non constitutionnelle » (Wikipédia)

    1. Je ne suis donc pas si seul ?! …bien avant d’avoir lu du Hans Hermann Hoppe, je nourrit depuis fort longtemps ce genre de reflexions qui peuvent paraître très ou trop paradoxales …

  5. par ailleurs on peut véritablement considérer la conté comme un pays libéral. A priori pas de gouvernement, pas de roi ou d’autorité et chacun vaque à ses affaires en toute indépendance. les riches sont bien considérés. Bien sur il existe quelques envieux mais ils n’ont aucun moyens de nuisance

  6. Si JRR Tolkien ne s’a pas affirmé explicitement son libéralisme ou celui de son oeuvre, il fut un fervent catholique et la considérait comme « fondamentalement catholique ». Avis partagé par les cathos.

    Ce qui est intéressant, c’est que toutes les raisons de considérer son oeuvre comme libérale sont aussi des raisons de la considérer comme chrétienne. J’en suis conforté dans ma conviction que le libéralisme a le christianisme pour préalable (je veux dire ses concepts, auxquels on peut adhérer sans la foi).

    http://news.catholique.org/analyses/5716-pourquoi-le-seigneur-des-anneaux-est

    Le libéralisme est fondé sur tant de concepts chrétiens (individu libre et responsable, pouvoir séculier et religieux limités, société civile, subsidiarité…), le christianisme est si dépendant du libéralisme de l’État, bref la dépendance réciproque des partisans du libéralisme et croyants du christianisme est si évidente que leur apparente ignorance et leur déni de cette dépendance me laisse toujours pantois…

    Peut-être les fans libéraux de Tolkien sauront-ils l’écouter sur ce point ?

    1. Fucius
      Je suis libéral conservateur et peu croyant, je n’ai jamais nié ni dénié l’existence d’un lien fort entre christianisme et libéralisme.
      Les 10 commandements, ça résume bien l’esprit du libéralisme : il ne faut pas une tonne de lois pour assurer l’harmonie.

      1. « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. »

        1. Et Jésus (ce libéral) incitait à donner, mais jamais, au grand jamais, ne mettait en cause la propriété.

          Aucun des puissants n’a remis en cause la propriété de l’anneau par Frodon.
          Une longue scène est consacrée au DON de l’anneau à Frodon par Bilbon, en présence de Gandalf. Gandalf a informé le donneur et le receveur de la nature exacte de l’anneau. Il a le pouvoir de le prendre, et pour lui seul parmi eux trois l’anneau signifie le pouvoir.
          Gandalf ne le veut pourtant pas. Il incite Bilbon à donner, le raisonne, le rappelle à la raison en lui montrant l’étendue de son pouvoir, mais ne lui prend pas l’anneau.
          L’anneau n’a pas été pris à Bilbon pour être donné à Frodon, mais donné à Frodon par Bilbon en toute connaissance de cause: Une transaction parfaite selon le libéralisme.

          Dans une autre scène prolongée, Frodon accablé et confondu par sa beauté et sa sagesse, offre l’anneau à Galadriel, la très-puissante reine des Elfes. Celle-ci décline et préfère la perspective du déclin et de l’exil commun aux Elfes, plutôt que le pouvoir absolu et pervers. Mais sa réaction, le bouleversement que Frodon suscite chez elle par son offre est extraordinaire: Comment peut-elle être tentée, bouleversée par cette offre, en quoi cette offre a-t-elle la moindre importance, pour elle qui, entre la force et la séduction, n’a qu’un mot à dire pour prendre l’Anneau ?

          1. Encore faudrait-il que Jésus ait existé. A votre grand dépit, je vous annonce qu’il ne s’agit que d’un mythe créé au 4 ème siècle. Vous devriez relire Onfray plutôt que de croire en de telles niaiseries !

    1. Anti-libéral à raison. L’attribution des diplômes doivent désormais être controlés par un bureau politique et citoyen. Les lumières du socialisme glorieux sont les seules a montrer la vraie voie du savoir !
      Mais bon sang !,… ou est passé l’ampoule ?…

  7. Ayant lu ce livre étant au collège est-ce une des cause de ma « déviance libérale « …bon sujet de reflexion pour les Maîtres incontestés de l’éducation du peuple…ces derniers ne reconnaissant d’importance qu’à l’environnement pour déduire toute la personnalité d’un individu…

    Plus sérieusement ce livre m’avait redonner courage et entêtement dans le bon sens du terme celui de poursuivre ce qui me semble bon malgré de grand obstacles ainsi qu’un certain mépris pour « les petites vies pusillanimes sans élans ni aventure…certains dirons Bourgeoise et ce serait intéressant de savoir si ceux qui usent de ce terme réfléchissent vraiment à qui est le plus « pantouflard » entre celui qui compte sur l’état pour régler entièrement sa vie ou celui qui prends déjà le risque d’être identifié comme bourgeois a cause de signes purement extérieurs ou certaines de ses inclinaisons esthétiques et morales, celui qui prend le risque de voir son business s’effondrer ? …

  8. C’est vraiment archi-faux comme analyse. La chronologie ne tient tout simplement pas!!!
    Le Seigneur des anneaux est écrit de 1938 à 1947 ! Bande d’idiots !

  9. anarcholiberocapitalotrouduc

    Bien sûr, Pierre bite-oh, Frodon et Sam tentent de détruirent l’Etat pour sauver, entre autres, deux symboles même de l’étatisme que sont les royaumes du Rohan et du Gondor avec leur structure et hiérarchie sociale bien établies. De même, aucune régulation environnementale n’est soufflée. Lorsque les ents entrent en guerre contre Sarouman, mère nature n’est pas dans son droit, puisque Sarou-reagan avait toute légitimité libérale à dévaster les forêts pour son industrie de guerre. Que doit-on penser des havres, vers lesquels se réfugie un malheureux Frodon ne pouvant plus s’insérer dans une société libérée de l’Etat ? Sans doute sa blessure socialisante qui ne se refermera jamais. Sont-ce des goulags libéraux pour réformer les aliénés ? L’anneau symbole de l’Etat a eu un drôle d’effet sur Gollum, qui vivait, lorsqu’il en était le propriétaire, en ermite dans les montagnes ! Sur quelle société le pouvoir de l’anneau pouvait-elle s’exercer, si c’en était la finalité ? Les poissons d’eau douce dont raffole notre ami fureteur ? Allons, allons, vous vous montez la tête je ne sais où avec votre seigneur de l’anus (ah bah tiens, voilà !).

    1. Dans l’histoire il est question non pas d’un anneau, mais de

      « Trois Anneaux pour les rois elfes sous le ciel,
      Sept pour les seigneurs nains dans leurs demeures de pierre,
      Neuf pour les hommes mortels destinés au trépas,
      Un Anneau pour le Seigneur ténébreux sur son sombre trône,
      Au pays de Mordor où s’étendent les ombres  »

      Seul l’unique est détruit ; cela ne détruit pas les autres

      Les Elfes sont les conservateurs par excellence, les Havres sont le lieu de la nostalgie ; parfait pour un vieux fatigué.

      Seul un crétin imagine qu’il existe une « légitimité libérale à dévaster les forêts » ou des « goulags libéraux pour réformer les aliénés ».

  10. « Frodon et Sam, incarnations des libéraux prêts à faire de la politique et à ne s’emparer de l’État que pour le détruire, à l’image de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. » Et puis, pourquoi pas comparer Reagan à Jésus et Thatcher à la Vierge…. Tout simplement grotesque et idiot !

    1. Bonne nouvelle : de plus en plus d’antilibéraux viennent baver dans les commentaires de Contrepoints. C’est bien le signe que l’audience du site augmente !

  11. « Vous devriez relire Onfray plutôt que de croire en de telles niaiseries ! »
    Et vous voulez qu’on vous prenne au sérieux quand vous sortez une référence pareille?

  12. Tolkien était un fervent catholique et c’est aussi la religion qui sert de fond au Seigneur des Anneaux, le libéralisme j’ai plus de doute. Cela étant dit c’est également un bel hymne à la liberté, au choix individuels et à la responsabilité.

    1. Pourtant, on l’a dit plus haut, Tolkien lui-même penchait vers l’anti-étatisme : Tolkien dans une lettre à son fils Christopher :  » « Mes opinions politiques penchent de plus en plus vers l’Anarchie (au sens philosophique, désignant l’abolition du contrôle, non pas des hommes moustachus avec des bombes) — ou vers la Monarchie « non constitutionnelle » (Wikipédia)

  13. Un pavé aussi massif et aussi riche en symboliques diverses et variées que le SDA permet une tripotée d’exégèses en tous genres. Lorsque l’on se lance dans ce genre d’analyses, on y trouve surtout ce qu’on est venu y chercher. L’exercice de style est amusant mais je ne suis pas convaincu.

    Faire une lecture libérale de la trilogie de Tolkien, c’est occulter tout un pan de son oeuvre, qui me parait clairement chrétienne et conservatrice, et qui condamne moralement l’accumulation excessive de la richesse personnelle. La quête de l’anneau, c’est d’abord celle de la restauration des anciennes dynasties – Aragorn reprend le trône qui lui est dû – et du retour à un ordre naturel contre les forces expansionnistes du mal et du chaos venues du Mordor. Si l’anneau représente la tentation de l’acquisition du pouvoir personnel, comme celui de Gygès dans le mythe de Platon, il est surtout inspiré de celui des Nibelungen, dans la légende de Siegfried, volé au nain Alberich par le dieu Wotan, et source interminable de jalousies et de trahisons jusqu’à ce qu’il reprenne sa place originale au fond du Rhin. L’anneau reprend dans le SDA le rôle qui était dévolu à l’Arkenstone dans le hobbit : arraché à la montagne, sa seule propriétaire légitime, convoité par tous bien que fondamentalement stérile, il est une source d’obsessions et de divisions. L’ordre est restauré lorsqu’il est enseveli à jamais dans la tombe du roi nain. Par opposition aux méchants cupides et solitaires (le dragon smaug vautré dans son or inutile, Gollum obsédé par son anneau et croupissant seul dans une grotte humide, Saroumane ou Sauron chacun reclus dans leur tour, cherchant à obtenir le pouvoir en profitant des divisions pour renverser les institutions établies), les personnages bons sont proches de la nature, simples, bons vivants et adeptes de la franche camaraderie. Motivés par des sentiments chevaleresques, ils ne recherchent que l’aventure et une noble cause à défendre. Voilà les valeurs de l’auteur : refus de la cupidité et de l’orgueil qui mènent à la solitude et à la folie, désir de mener une vie simple, faite d’amitiés, de banquets et de chansons, et aspiration au retour à un ordre primordial : celui des rois de l’ancien temps, menacé par la corruption des temps modernes. Tolkien n’est évidemment ni individualiste ni capitaliste.

    La destruction de l’anneau permet au final d’assurer la paix, mais elle met fin au temps de la quête, qui est le véritable idéal : toujours un ennemi à combattre et un idéal à poursuivre, rien de tel pour cimenter les amitiés et mener tous les hommes de bien sous la même bannière. La victoire porte en elle-même les germes du déclin est l’histoire est cyclique. Frodon ne peut plus vivre dans le monde qu’il a libéré, et dans cette comté faite de gens ordinaires et mesquins, toujours avides de ragots et prompts à lorgner sur l’argenterie du voisin. Son départ pour les îles est un départ en dehors du monde. Le véritable objectif n’est pas la paix et la liberté, mais la quête elle-même, sources de vertus, d’héroïsme et de sacrifices. Une fois en paix le monde est bien trop laid, il n’est plus fait pour les héros mais pour les gens ordinaires, et tôt ou tard il basculera de nouveau dans le chaos.

    1. Bien sûr je n’ai pas dit que le SDA se limitait à cette lecture. Ce que je dis, c’est que la quête de l’anneau est en soi libertarienne, anti-étatique.

      Mais s’il y a une deuxième leçon, qu’en tant que catholique je perçois parfaitement, c’est que même cette destruction de l’Etat ne règlerait pas les problèmes : il restera toujours la nature humaine, faillible, et encourant le risque permanent de s’attacher outre mesure à ce bas-monde alors que le vrai sens de la vie est l’absolu divin et la quête perpétuelle de la Vérité.

      Il ne faut donc pas mener la première quête, terrestre, de la liberté en oubliant la quête, céleste, de la Vérité.
      Mais il ne faut pas non plus penser que la quête céleste de la Vérité n’implique pas, aussi, de mener la quête terrestre de la liberté.

      La grande leçon du SDA, elle est là, bien sûr.

      1. Je ne sais pas si l’analogie entre l’anneau et l’Etat coule vraiment de source.

        Plutôt qu’anti-étatique, la quête de l’anneau me parait foncièrement a-politique. Elle est une quête personnelle, l’histoire d’un sacrifice : Frodon fait face à son destin en acceptant de supporter un fardeau écrasant dont il a hérité, et sa force vient du fait qu’il ne cherche pas à influencer le pouvoir. Le renoncement à l’anneau, c’est le rejet du politique, qui a tendance à diviser et à corrompre tout ce qu’il touche. Le personnage de Grima, par exemple, incarne cette corruption. On voit bien dans la lettre de Tolkien que vous citez, que la forme idéale des institutions politiques est quelque chose d’assez ambivalent : monarchie absolue ou anarchie, tout semble acceptable tant que les hommes ne luttent pas les uns contre les autres pour le pouvoir. Il est indifférent que l’état soit détruit où qu’il repose entièrement entre les mains d’un despote aux pouvoirs illimité mais à la légitimité irréfutable. Le seul enjeu politique dans le SDA est celui de la réconciliation : les différents royaumes et les différentes races doivent mettre de côté leurs différends et s’unir contre le mal, mais on voit mal en quoi l’ordre politique des royaumes de Gondor et de Rohan serait moins étatique ou plus libéral que celui du mordor. Ce qui sépare le camp du bien de celui du mal, ce ne sont pas des institutions moins tyranniques mais des valeurs morales (honnêteté, courage, sacrifice) contre des comportements égoïstes, destructeurs et contre-nature qui menacent le monde civilisé. Tolkien est beaucoup trop rigide sur le plan moral pour être réellement libéral.

        1. Tolkien n’était pas pour la monarchie absolue mais pour une monarchie féodale, dans laquelle le roi régnait comme arbitre, comme juge suprême, pas comme souverain mais comme suzerain.
          En fait ses idées étaient finalement très proches de celles d’Hans-Herman Hoppe qui estime qu’en fin de compte, la monarchie est peut-être le meilleur régime libéral.

  14. Je trouve cette analyse assez ridicule. Pour moi, l’analogie s’applique beaucoup plus à l’argent et au sentiment de puissance qu’il peut représenter pour certains. Ce sont plus les puissances financières qui tirent les ficelles aujourd’hui que l’Etat. Hélas. Et le pire, c’est que la responsabilité de ces puissances est diluée au point que personne ne s’en sent vraiment responsable (sauf quelques grands malades ivres de pouvoir).

    1. « Je trouve cette analyse assez ridicule. » Si vous n’avez pour vous qu’une opinion, mais pas d’arguments, autant éviter de prendre un ton condescendant et sentencieux, non?

    2. « Pour vous », sans doute, mais certainement pas dans l’œuvre de Tolkien : il n’y est absolument pas question d’argent ni de biens matériels, et l’anneau, ou plutôt les anneaux, n’offrent pas l’opulence. Personne n’y achète rien à prix d’argent.

      « Ce sont plus les puissances financières qui tirent les ficelles aujourd’hui que l’Etat ». C’est ce que les gens qui contrôlent 56 % du PIB font croire. Rien que ça devrait mettre la puce à l’oreille…

      1. @P
        « ceux qui controlent », heu… Pas vraiment à lire les journaux, « l’Etat » plutôt un « machin » avec sa tête des gens qui ne controlent plus rien mais qui ont lu Machiavel… Nous faire croire qu’ »ils » organisent le merdier actuel leur ferait trop d’honneur…

  15. Quand on connait un peu l’œuvre de Tolkien dans son ensemble votre analyse ne tient pas deux minutes.

    Les anneaux ne sont pas à la base des objets de domination, c’est la volonté de Sauron, incarnée dans l’unique et propagée dans les 9 et les 7 qui est corruptrice.
    A l’époque du SDA, dans la mythologie de Tolkien, les 3 anneaux confiés aux elfes sont portés par Elrond, Galadriel et Gandalf. Sauron ne les ayant même jamais touché ils sont décrit comme la force qui protège Fondcombe et la Lothlorien de ses maléfices.

    D’ailleurs comment Sauron pourrait créer « l’état » alors qu’il est lui même assez loin du haut de la hiérarchie.
    Grosso modo dans le légendaire de Tolkien, Illuvatar, sorte de dieu unique créé les valars qui engendre les maiars. Illuvatar envoie ensuite tout ce petit monde gérer sa création.
    Morgoth, un des valars, se met à vouloir assoir sa domination sur les autres, point de départ d’une guerre pour le moins épique.
    Sauron est le disciple de Morgoth, c’est un maiar. Comme Gandalf, Saroumane, Smaug, les aigles qui les sauvent, le Balrog dans la moria etc …

    1. Oui, je connais très bien la cosmogonie tolkienienne, qui est d’ailleurs essentiellement une reprise de la cosmogonie chrétienne, avec Dieu qui crée les anges, la révolte de Lucifer, la déchéance du diable et de ses anges, etc.

      Mais l’origine de l’anneau ne change rien. A ce moment là vous pouvez aussi dire que ça ne peut pas représenter l’Etat parce que l’Etat n’est pas un objet magique qui en plus rend invisible…

    2. je pense que vous faites erreur
      le troisieme anneau des elfes est detenue par cirdan le charpentier dans les havres gris
      elrond lui est un semi elfe
      si les 9 ont corrompus les hommes les 7 ont ete detruit et les 3 perdent petit à petit leur ppouvoir quand l’anneau unique est detruit

  16. C’est un article intéressant, dont l’analyse est très juste. Dommage qu’il souffre de grosses maladresses parce qu’il mériterait une plus ample diffusion. En gros, on voudrait lire : « Les valeurs que Tolkien décrit dans son oeuvre sont celles que défendent les libéraux » mais on lit « Tolkien était libéral et le seigneur des anneaux décrit allégoriquement le combat des libéraux contre l’état. »

    Le libéral convaincu peut passer outre ces détails de présentation, mais pour le lecteur lambda, même liberal-friendly à priori, c’est vraiment rédhibitoire. Cela semble une sorte de viol, où un fanatique découvre une oeuvre, n’y lit que ce qui alimente ses fantasmes et détruit ou tord le reste pour l’y faire coller.

    Pour détailler :

    - Tom Bombadil = Nature = Droit Naturel : Non. À la lecture, le personnage de Tom Bombadil parait mystérieux et semble étranger à la trame. Le peu qu’en a dit Tolkien confirme que ces deux aspects étaient volontaires de sa part. L’inclure dans l’équation de l’anneau est donc erroné, et l’assimilation au droit naturel semble très artificielle.

    - Frodom et Sam = Parfaits petits militants libéraux = Reagan et Thatcher : Sérieusement ? Déjà, Reagan et Thatcher n’ont certainement pas détruit l’état. On peut penser qu’ils ont fait un usage sage et opportun de leur pouvoir, mais ils ne l’ont ni détruit ni significativement abaissé. Du coup, on voit mal ce qu’ils viennent faire là. Quant à Frodon et Sam, on ne peut pas les qualifier de libéraux. Leur démarche ne s’inscrit pas dans une philosophie politique : ils accomplissent le devoir qui leur est échu pour protéger le monde beau et paisible dans lequel ils vivent.

    - Anneau = Pouvoir = État : Bof. Le pouvoir ne se résume pas à l’état, et le libéralisme ne se résume pas à une lutte contre l’état. Encore une fois, on pourrait lire avec intérêt « Les libéraux luttent contre l’état parce qu’ils luttent contre le Pouvoir » puis un parallèle avec le Seigneur des Anneaux. Et c’est probablement ce que voulait écrire l’auteur. Mais au lieu de ça, on lit : « Quand ils luttent contre Sauron, les peuples libres luttent en fait contre l’État ! » Et on perd un peu l’envie de continuer la lecture.

    Le thème et l’article son bons pourtant, dans leur grosse partie. Plusieurs commentaires qui tentent d’assimiler l’anneau à la richesse pour détourner la charge (alors que l’analyse ne tient pas) prouvent que le sujet touche quelque chose de juste et pertinent. Mais ces maladresses le desservent complètement.

    1. @Pharcy « Le pouvoir ne se résume pas à l’état ». je ne suis pas d’accord : il n’y a que l’état qui peut faire usage de la force de manière légale, il a donc le pouvoir puisqu’il domine les autres acteurs économiques

      1. Je reformule : le pouvoir, une autorité s’exerçant par la coercition, ne prend pas nécessairement la forme d’un état, même si c’est celle à laquelle nous sommes confrontés actuellement. Un gang mafieux peut imposer sa loi sans former un état. Sauron imposant sa volonté à une armée d’esclave grâce à sa puissance personnelle n’est pas un état, et résumer toute critique du pouvoir à une critique de l’état moderne est probablement trop réducteur.

        1. Je ne vous suis pas là-dessus parce qu’il est bien expliqué que l’Anneau n’est pas juste un pouvoir violent mais octroie une puissance démiurgique qui permet à celui qui le détient de presque refondre le monde à son image : Galadriel serait une reine à la séduction redoutable, etc.
          C’est bien pour cela que tous les « méchants » : Saroumane, Sauron, ne peuvent pas uniquement s’appuyer sur leur force militaire considérable pour dominer la Terre du Milieu, il leur faut le pouvoir ultime qui légitime la domination. Ce qui caractérise l’Etat est que, contrairement à un chef mafieux, l’obéissance il ne l’exige pas seulement au nom de sa capacité à exercer la violence en réaction, mais aussi par sa propre légitimité en tant qu’Etat. L’Etat c’est ce qui permet de transformer l’exigence de celui qui le détient en exigence légitime, même si elle est inique.
          L’Anneau ne se réduit pas à n’importe quel pouvoir, mais signifie la souveraineté étatique.

          1. Effectivement, nous divergeons.

            La nature exacte du pouvoir conféré par l’Anneau reste floue. On ne peut que les deviner d’après les espoirs ou tentations que nourrissent les divers protagonistes. Il semble augmenter la puissance propre de son porteur, la sublimer complètement, mais je ne vois pas de notion de légitimité, comme si la Terre du Milieu devait revenir naturellement en héritage à son porteur. D’ailleurs, même en portant l’Anneau à l’origine, Sauron a du avoir recours à la force armée pour subjuguer les peuples, et c’est par la force armée que ses armées ont été vaincues et son anneau pris.

            C’est d’ailleurs le fond de ma critique un peu plus haut : en confondant parallèle sur les valeurs et identité sur les protagonistes, votre propos, auquel j’adhère en grande partie, perd complètement en crédibilité et en impact. Je trouve ça dommage.

          2. Je n’ai pas dit que l’Anneau légitimerait la domination de Sauron. Ce que je dis c’est que l’Anneau donne une capacité de remodeler le monde qui est comparable à la capacité de remodeler la société que donne la légitimité de l’Etat, et que ne donne pas le simple pouvoir violent de la mafia.

          3. D’accord. Je peux vous rejoindre dans ce cas.

            Mais convenez d’autant plus qu’il y a une différence entre « le pouvoir de l’anneau est comparable à celui de l’état » et « à travers l’anneau, Tolkien désigne l’état. » Ce n’est pas une différence mineure : la première phrase peut faire réfléchir le lecteur alors que la seconde a de forte chances de provoquer son rejet immédiat.

            Mes critiques ne concernent pas tant le fond de votre analyse, je la partage et l’apprécie, que l’approche que vous utilisez pour la présenter. À mon sens, très contre-productive.

        2. @Pharcy « Un gang mafieux peut imposer sa loi sans former un état »
          Un état est une mafia qui a réussi, ceci est d’autant plus vrai en Europe.
          Quelle est la différence entre une mafia et un état pour vous, a part la légitimité (réel ou supposée) ?

          1. Mon but n’est pas de légitimer l’état vous savez.

            On peut considérer que tout état est une mafia, mais ça ne revient pas à dire que toute mafia est un état. Ou alors, même un criminel isolé devient un état dès qu’il utilise la force pour contraindre quelqu’un d’autre.

            L’état implique au moins une forme d’institution (c’est à dire, plus que la simple expression de pouvoirs privés) et la volonté de s’exercer sur la durée et sur un certain territoire ou certaines personnes. Ou alors, le mot n’a plus de sens.

          2. La mafia sicilienne contrôle des territoires, lève des impôts, a des actions sociales, exerce la coercition et rend la justice (je ne mettrais pas de guillemets car ils seraient tout aussi valable pour la France)
            Elle agit donc différemment d’un criminel isolé, mais de manière rigoureusement identique à un état.
            Sinon, toute mafia n’est pas un état, mais toute mafia est un état en puissance. Je suis pratiquement sur que si l’Italie s’embourbe vraiment dans des problèmes à la grec, la Sicile et l’Italie du sud seraient rapidement indépendante de fait, la corruption permettant de faire tomber les quelques barrières restante une fois que l’état italien n’a plus les moyens de lutter.
            Pour l’idée générale du texte, je suis d’accord avec vous, l’idée est intéressante mais un peu capilotractée par moment, mais je ne vois pas vraiment comment nier au Mordor son statut d’état, avec Sauron en tant que dirigeant mégalomane voulant conquérir le monde.

          3. Je pense qu’ici le désaccord ne porte que sur le vocabulaire.

            Il y a sûrement moyen d’affiner mais je pense qu’on peut parler d’état pour une organisation dont l’objet est l’exercice du pouvoir et dont les représentants tirent avant tout leur autorité de la fonction qu’ils exercent et non de leur propre personne.

            Pour Sauron par exemple, il est assez dur de se prononcer mais je pencherai vers la négative car il semble exercer un pouvoir direct sur les volontés de ses serviteurs. Mais là, j’avoue, c’est très discutable.

  17. Ca transpire l’ignorance de la vie réelle et une vision du monde théorique et manichéenne toute droit copiée de livres de propagande certainement écrits à l’époque de la guerre froide.
    Vous seriez très surpris de ce que certaines personnes qui ont vécu la période soviétique pourraient vous en raconter (de positif, sans contester le bilan humain du sanguinaire Staline).
    Avoir la naïveté de croire que la quête du pouvoir est l’apanage de l’Etat, très touchant ! Et oser se prononcer pour le droit imprescriptible à la propriété tout en cherchant à détruire l’Etat, seul garant possible de ce droit, c’est très amusant.
    Ce nouveau slogan qui circule déjà rapidement sur le net est une très mauvaise publicité pour la pensée libérale.

  18. En tant que fan de Tolkien je me permet quand même quelques remarques qui vont dans le sens de Pharcy : si l’article est intéressant sur le fond il est à déplorer que la forme ne suive pas.
    En effet : si le but de l’article est de démontrer que Tolkien n’aurait pas renié certaines des idées du courant libertarien alors il est en effet atteint, et je le reconnais d’autant mieux que je ne partage ni vos idées, ni les siennes.
    Par contre affirmer que le Seigneur des Anneaux est une oeuvre libertarienne est une absurdité, même si l’on précise « mais d’abord chrétienne » (au passage : réduire les influences de Tolkien au christianisme, même dans sa mythologie, c’est mettre de coté la principale inspiration de Tolkien qui est la raison d’être de ses écrits, c’est à dire les oeuvres païennes, bien que Tolkien les christianise et les modernisent).
    En effet, comme ça a été dit Tolkien n’écrit pas sur l’état mais sur le pouvoir, le pouvoir point, pas le pouvoir de l’état. Que vous vouliez réduire le pouvoir à l’état c’est votre problème mais ça n’est pas ce que fait Tolkien qui se refuse à toute interprétation idéologique de son oeuvre. Tolkien n’écrit pas sur le monde moderne, ni sur l’état moderne, ça n’est en rien son ambition. Son oeuvre se veut universelle et par là même la critique de l’état moderne en est exclu.
    D’où notamment (et ça aussi a déjà été dit) de nombreuses erreurs factuelles ou d’interprétation qui n’enrichissent pas le propos (sur les dates d’écritures de l’oeuvre, sur la place de Tom Bombadil).
    Personnellement j’ai du mal à comprendre que dans les commentaires de ce qui se veut une analyse de Tolkien la connaissance de son oeuvre paraisse être moins requise que celle… de Frédéric Basquiat !