Quand les élus osent tout…

contrepoints 644 Thévenoud

« Là où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir »

Par Stéphane Rossard

contrepoints 644 ThévenoudAu vu de récents comportements plutôt dépourvus d’exemplarité, on peut se demander si des élus n’ont pas fait de cet adage leur favori.

Il faut, bien sûr, se garder du ‘’tous pourris’’, démagogique et qui ne reflète pas fidèlement une réalité plus nuancée. En effet, nombreux sont les élus à accomplir honnêtement, et avec le sens de l’intérêt général, parfois dans des conditions difficiles mêmes, le mandat qui leur est confié par leurs électeurs.

Mais voilà, il suffit de quelques cas pour que la suspicion de nos concitoyens reprenne le dessus. Il suffit de quelques moutons noirs pour jeter l’opprobre sur toute la classe politique. Une majorité d’élus, en quelque sorte, qui paie pour une extrême minorité, comme le veut la règle.

Aussi, les exemples d’élus ne manquent pas, qui ont fait leur cet adage.

À tout seigneur, tout honneur, Thomas Thévenoud. Mais si… rappelez-vous, ce député évincé du gouvernement en 2014 à la suite de la révélation de sa dette fiscale, justifiée à l’époque par ‘’sa phobie administrative’’. Nous sommes bien en France, et en 2015.

Eh bien, il sera candidat à sa succession aux élections législatives en 2017 dans sa circonscription de Saône-et-Loire !  Il justifie sa décision par ces propos « Puisqu’on dit que je ne suis pas digne de leur confiance (des électeurs NDLR), je vais leur prouver pendant deux ans, jusqu’en 2017, qu’ils ont eu raison de me choisir en 2012, j’ai été un bon député et je me bats tous les jours ».

Il n’a pas tort. Nous sommes en démocratie. Les électeurs sont souverains grâce au suffrage universel. Ils trancheront donc. Cependant, faut-il rappeler qu’à l’époque, en dépit du scandale et de l’onde de choc provoquée, Thomas Thévenoud avait refusé de se démettre de son mandat de député ! Un  grand écart qu’il a parfaitement assumé, sans scrupules, et sans aucun sentiment de profonde culpabilité.

Mais Thomas Thévenoud a raison d’y croire. Surtout si son regard se tourne du côté des Hauts de Seine. Avec des faits d’armes d’une gravité sans pareille, le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany a été réélu. Thomas Thévenoud a probablement raison de tenter sa chance encouragé par un exemple aussi éclatant !

Partons du côté de Grenoble à la rencontre d’autres élus adeptes de l’adage « là où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir ». Ceux de Grenoble-Alpes-Métropole, anciennement La Métro, qui, le 16 mai 2014, ont adopté la délibération n°45 augmentant leurs revenus de 256 % !  Soit  « 798 euros pour participer en moyenne à une réunion mensuelle, ainsi qu’une participation éventuelle aux travaux de commissions, mais sans la moindre responsabilité exécutive »,  mentionné sur la pétition du mouvement Nous Citoyens, demandant la suppression de ces indemnités.

Dernier exemple édifiant : les élus du département du Tarn-et-Garonne ont décidé d’augmenter de 23% leurs indemnités en avril 2015 ! Mais ils ont une bonne raison : « on augmente les indemnités des élus parce que nous venons de passer la tranche des 250.000 habitants » s’est justifié le nouveau président du Conseil départemental, Christian Astruc. Soit un coût supplémentaire de 200.000 euros par an sur le budget du département !

Vous remarquerez qu’en général, lors du vote de ces augmentations, la gauche et la droite sont à l’unisson !

Mais, au fait, pourquoi se gêneraient-ils ces élus, étant donné l’apathie de nos concitoyens ? Une inertie très frappante alors que ces cas d’élus généreux envers eux-mêmes se multiplient. D’autant plus dans un contexte de crise et de caisses vides, où l’argent public fond comme neige au soleil, et sans s’attarder sur l’endettement colossal de certaines municipalités ou collectivités territoriales.

Sans parler des dotations globales de fonctionnement de l’État, ces mannes financières sur lesquelles se reposaient grassement les collectivités locales jusqu’à présent, qui subissent un sévère coup de rabot. Réduction draconienne dont les élus locaux se plaignent et tiennent pour la principale responsable de leurs finances actuelles calamiteuses.

Argument tout trouvé pour légitimer les augmentations des impôts locaux. Ainsi, pour 2015, la hausse des impôts locaux à Bordeaux est de l’ordre de 5%, tandis qu’à Lyon, les taux d’imposition seront relevés de 4% pour la taxe d’habitation, de 6,17% pour le foncier sur le bâti et 4% sur le foncier non bâti. Toulouse bat tous les records avec des impôts locaux en hausse de 15%. À Marseille, la taxe d’habitation et les impôts fonciers grimperont de près de 5% !

En mai dernier, François Baroin, le président des maires de France, avait plaidé la cause des 36.600 communes et négocié une aide financière auprès du Premier ministre Manuel Valls en faisant prévaloir leur situation dramatique.

Mais comment expliquer au contribuable que la collectivité a les poches vides pour investir mais en trouve pour les augmentations des revenus des élus ? Un tour de passe-passe dont les électeurs ne sont pas dupes.

La parade des élus consiste généralement à accuser de démagogie ceux qui établissent ces parallèles, approche qui ne résiste plus à l’épreuve des faits et explique la lassitude extrême des Français.

En fait, suggérer l’inertie des Français est inexact, ils manifestent leur mécontentement en s’abstenant de voter ou en votant pour les extrêmes, bien qu’il soit évident que ce n’est pas la meilleure des réponses.

Cependant, malgré cette colère citoyenne qui monte de façon spectaculaire et ce divorce consommé, le pire est que des élus persistent à se comporter de cette manière qui leur est nuisible,  comme si leur impopularité n’était pas encore suffisamment grande, et contraire à l’exemplarité dont ils devraient faire preuve en période de crise majeure et de vaches terriblement maigres.

Peut-être vivent-ils encore trop avec la certitude chevillée au corps que rien ne peut leur arriver, que la menace Le Pen, par exemple, restera une menace, et s’imaginent à tort que les électeurs n’oseront pas l’impensable.

L’impensable… qu’ils relisent plus attentivement l’Histoire. Louis XVI pensait de même. Les ‘’Munichois’’ pensaient de même. Plusieurs hommes avertis…

Sur le web