Les aides à l’emploi, ou la précarisation des travailleurs peu qualifiés

Rarement une mesure n’aura aussi mal porté son nom que les dispositifs d’aide à l’emploi.

Par Dimitri Anagnostaras, depuis la Belgique

Chômage recherche d'emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Chômage recherche d’emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

 

Récemment, j’ai revu un ancien ami du lycée. Depuis qu’il en est sorti sans diplôme, il enchaîne les petits boulots, entrecoupés de périodes de chômage. Dernièrement, il a dû quitter un travail de barman qui lui créait des insomnies. Quand je lui ai demandé où il cherchait, et il m’a répondu qu’il attendait d’avoir à nouveau droit au plan d’aide à l’emploi, car aucun employeur ne veut l’embaucher s’il n’est pas éligible à un de ces dispositifs.

Rarement une mesure n’aura aussi mal porté son nom que les dispositifs d’aide à l’emploi. Après avoir imposé au travailleur belge le plus haut niveau de taxe en Europe, le monde politique s’est étonné que le chômage augmente. Une hyper-fiscalité combinée à un droit social inflexible ont fait en sorte que des milliers de personnes trop peu productives ne puissent plus travailler légalement1. Pire encore, l’aplatissement de la grille des salaires a mené à surcharger les travailleurs au pic de leur productivité, entre 30 et 45 ans, et de précariser les autres.

Le niveau de la dépense publique étant ce qu’il est en Belgique, personne n’ose toucher aux impôts. Pour faire croire qu’on s’occupe du problème, le monde politique a eu une idée consternante : encourager les employeurs, en réduisant les charges sociales, voire en les dédommageant, à employer les personnes moins productives, par définition celles que les barrières à l’emploi qu’ils ont imposées ont mis au chômage, les jeunes, les vieux, les personnes souffrant de handicap, les chômeurs longue durée, les personnes moins formées.

Et c’est ainsi qu’on recense 120 (!) dispositifs d’aide à l’emploi en Belgique, chiffre qui ne semble devoir aller qu’en augmentant. Une bonne partie de ces aides est destinée à créer des emplois subventionnés dans le secteur public, emplois éphémères ne permettant en rien de diminuer le chômage (on estime que chaque emploi public détruit 1,5 emploi privé).

aide à l'emploi rené le honzecLe reste concerne des aides aux entreprises, dont l’exemple le plus emblématique est le plan activa. L’idée est simple, pour diminuer le chômage, lorsque un employeur embauche un chômeur, il bénéficiera  d’une réduction des cotisations sociales pendant une certaine durée ainsi que parfois le paiement d’une partie du salaire par l’assurance chômage.

Conséquence logique, les employeurs embauchent des chômeurs pour la durée du plan activa puis les virent. Cela crée bien sûr de la précarité pour le travailleur. Il est économiquement absurde de former un travailleur pour le renvoyer, mais pour les métiers les moins qualifiés, qui ne nécessitent pas de compétences particulières, un an d’expérience ne peut pas remplacer 500 euros par mois de gratification financière.

Le travailleur qui perd son travail aura moins de chance de trouver un nouvel emploi, il devra passer par la case chômage pour être éligible à un programme d’aide à l’emploi, ce qui est bien sûr le meilleur moyen de le pousser à rester au chômage.

Aux étudiants qui sortent de l’université, la première chose qu’il leur est conseillée est d’aller s’inscrire au chômage afin que leur candidature à un travail soit appuyée par un quelconque programme d’aide à l’employeur.

Et le pire étant que l’on inflige cela aux couches les plus précaires de la population. Un candidat avec un an d’expérience rapporte bien plus à son patron que les marges de ces programmes d’aide et n’aura pas grand-chose à craindre. Ce ne sont pas les métiers de médecin et d’ingénieur qui souffrent de cette politique. Ce sont les jobs d’entrée de gamme, ceux que, la main sur le cœur, le politique déclare vouloir protéger et à qui on ajoute encore une couche de précarité, le renouvellement de la main d’œuvre rendant par ailleurs impossible toute promotion interne.

Le chiffre le plus pertinent pour influer sur le taux de l’emploi, c’est la différence entre ce que donne l’employeur, et ce que reçoit l’employé, ainsi que le salaire minimum. Tout autre dispositif qu’une baisse des prélèvements est au mieux inutile au pire nocif. Le Parti Libertarien propose la suppression totale de tous les dispositifs d’aide à l’emploi, contrebalancée par l’allègement et à terme la suppression de la pression fiscale qui frappe le travail en Belgique.

  1. Il est particulièrement dégoûtant d’entendre les politiques claironner sur la productivité la plus haute d’Europe des travailleurs belges, sachant qu’elle est au prix d’un taux de chômage de 20% en Wallonie et à Bruxelles.