AREVA 1/20 : peut mieux faire !

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

Areva est peut-être en train de perdre sa place de leader dans le secteur de l’énergie nucléaire… dans l’indifférence totale de nos gouvernants.

Par Michel Gay.

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)
Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a recensé1 au 31 décembre 2014 plus de 150 projets de construction de réacteurs nucléaires à travers le monde dans son rapport présenté le 26 mai : 70 réacteurs sont en construction, et 96 sont planifiés.

La Chine est de loin le premier marché du nucléaire (26 réacteurs en construction, et 39 à l’étude). Elle est suivie par la Russie (9 réacteurs en construction et 22 planifiés), et par l’Inde (6 en construction, et 4 en projet). Le groupe russe Rosatom capte une part importante de ce marché en participant activement à 17 chantiers de construction dans le monde, et à 25 projets. Les différents groupes chinois ne sont pas en reste, avec 19 projets.

Pendant ce temps, AREVA construit 4 réacteurs dans le monde (2 EPR en Chine, un EPR en Finlande (Olkiluoto) et un EPR en France (Flamanville)) avec quelques difficultés. Quatre constructions sur 70 (soit une « note » de 1,2 sur 20) pour une entreprise qui possède des capacités et des talents, ce n’est pas satisfaisant… et, à voir le manque d’enthousiasme de nos responsables politiques2 Depuis plusieurs années, on ne va sans doute pas dans le bon sens ! Cette attitude frileuse ne les empêche pas de se servir copieusement des dividendes d’AREVA et d’EDF3… Les taux de distribution élevés témoignent de la préférence de l’État pour un rendement à court terme de ses participations au détriment des intérêts de long terme des entreprises.

Heureusement, nos amis anglais ont clairement choisi de s’équiper en EPR pour leur futur parc de production d’électricité (deux réacteurs déjà prévu en 2012 à Hinkley Point). AREVA participera avec EDF et… la Chine4.

La France est (encore) un des grands acteurs internationaux du nucléaire avec AREVA, EDF et de nombreuses entreprises au savoir-faire remarquable, mais sa brillante position suscite des convoitises industrielles et financières. Elle est peut-être en train de perdre le marché mondial concurrentiel de la construction, en plein essor contrairement à ce qui est parfois colporté, au profit de la Russie et de la Chine, voire même de l’Inde et de la Corée du Sud, dans l’indifférence de nos gouvernants : c’est ballot…

  1.  Dans sa publication annuelle « Nuclear power reactors in the world », présentée le 26 mai 2015. Le rapport est consultable à cette adresse : http://urlz.fr/20H5.
  2.  Le premier ministre japonais s’est déplacé en Turquie pour soutenir le contrat conjoint France / Japon de la vente à la Turquie de quatre réacteurs franco-japonais ATMEA  signé en mai 2013. Les responsables politiques français de l’époque (mai 2013) ont brillé par leur absence. http://www.energymed.eu/2013/05/06/la-turquie-choisit-latmea-de-mhiareva-pour-la-2eme-centrale-nucleaire-du-pays/
  3. Cour des comptes « Recettes non fiscales de l’État / Note d’analyse de l’exécution budgétaire 2014 http://www.ifrap.org/sites/default/files/articles/fichiers/neb-2014-recettes-non-fiscales.pdf
  4. China National Nuclear Corporation (CNNC) et China General Nuclear Power Corporation (CGN, anciennement China Guangdong Nuclear Power)