Un mois de juin difficile pour la Grèce

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

Très prochainement, la Grèce sera officiellement en cessation de paiement.

Par Stéphane Montabert

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)
Grèce – Crédits : RG1033 (Creative Commons)

 

La Grèce fera officiellement défaut au mois de juin. L’information a été très publiquement révélée il y a quelques jours par le ministre de l’Intérieur Nikos Voutsis sur la chaîne privée Mega, interrogé à propos des échéances dues au FMI dès le 5 du mois jusqu’au 19 et totalisant 1,6 milliard d’euros :

« L’argent ne sera pas versé. Il n’existe pas. »

Les coffres de la Grèce sont à sec. En réalité, la Grèce aurait dû échouer à rembourser le FMI dès le mois de mai. On raconte qu’il serait resté moins de 30 millions dans les caisses. M. Tsipras avait même rédigé une lettre en ce sens au FMI de Mme Lagarde. L’échéance fut respectée au dernier moment par l’utilisation inopinée d’un fonds d’urgence du FMI de 650 million d’euros théoriquement réservés aux circonstances exceptionnelles (catastrophe naturelle par exemple) et remboursable sous un mois, et dont le gouvernement grec n’avait pas connaissance !

On croit rêver mais c’est la stricte vérité : la Grèce a payé les traites du mois de mai au FMI avec de l’argent soutiré au FMI. Bel exemple de circularité.

Même si la Grèce pratique la cavalerie aux yeux de tous depuis des années (comme toutes les social-démocraties occidentales d’ailleurs) la ficelle a été cette fois-ci suffisamment grosse pour que le FMI jette l’éponge. Il a demandé à être relevé des négociations sur un prochain plan d’aide européen pour la Grèce.

Depuis et indépendamment de cette anecdote, la Grèce se démène pour tenter d’arracher un allègement de la dette du pays, ce qui implique évidemment que les prêteurs assument des pertes sur leurs créances, articulées entre 60 et 85%. Inacceptable pour les pays européens qui sont devenus les principaux bailleurs depuis la dernière restructuration de la dette consécutive à la faillite de 2012. Ce n’était jamais que la sixième du genre

Pour ne pas provoquer une panique bancaire (qui arrivera quoi qu’il arrive dans les prochains jours), le gouvernement grec passe son temps à souffler le chaud, selon lequel un accord va bientôt être trouvé, alors que l’Europe souffle le froid à l’aide de démentis cinglants.

Les positions sont tout simplement irréconciliables.

grèce rené le honzecCôté grec, on estime avoir fait tous les efforts possibles. Le gouvernement accepte l’idée des réformes mais a posé certaines « lignes rouges » sur ce qu’il est prêt à accepter de la part de la Troïka. Malheureusement, ces lignes infranchissables concernent la privatisation de services publics, la diminution du nombre de fonctionnaires et d’autres mesures qui vont totalement à l’encontre de la base idéologique de Syriza, le parti au pouvoir (sans compter qu’elles ne ramèneraient jamais assez d’argent).

Côté européen, la position grecque exaspère. Le gouvernement Tsipras a perdu l’essentiel de sa crédibilité. Sachant que la Grèce est sur une trajectoire impossible à stopper, l’Europe n’a guère envie de lui accorder les milliards d’euros de la dernière tranche du « plan d’aide » bloquée depuis l’automne dernier.

Après des années de lutte, de tergiversations et de faux-semblants, la situation est arrivée à son dénouement. La Grèce n’a plus aucun expédient pour payer les échéances de ses dettes, et probablement plus assez pour payer les traites des fonctionnaires, les retraites ou simplement les fournitures de base de ses hôpitaux.

Incapable d’honorer les remboursements de ses créanciers, incapable de faire face à ses engagements intérieurs, le gouvernement d’Alexis Tsipras est promis à l’effondrement. Le gouvernement grec est loin de reposer sur une base solide. Le parti Syriza, peu accoutumé aux compromis qu’implique l’exercice du pouvoir, se partage entre les « pragmatiques » et les « idéalistes ». Une motion de la « plateforme de gauche » (un courant dans le parti) demandant une cessation de paiement explicite fut rejetée de justesse dimanche dernier avec une avance de seulement 20 voix. Dans le contexte actuel, ce vote n’a plus aucune importance, mais il révèle les fractures au sein du parti d’extrême-gauche.

Le 5 juin, la Grèce sera en cessation de paiement. Elle ne pourra pas allouer d’argent à son créancier le plus prioritaire. Il faudrait trouver pour cela 2,2 milliards d’euros d’ici au 16 juin ! Et il ne s’agit que du remboursement pour le FMI ; la Grèce doit encore rembourser un total de 7,8 milliards d’euros d’ici au 25 juillet. L’Europe peut faire une croix sur ces versements, tout comme la BCE d’ailleurs, qui n’avait même pas le droit de donner de l’argent au pays mais qui s’est permise de le faire tout de même…

Lorsque M. Tsipras enverra pour de bon la lettre avouant au FMI que son pays est incapable d’honorer ses engagements, il ouvrira une période de négociation d’un mois pendant laquelle il faudra que quelqu’un cède – mais quoi qu’il advienne, l’addition sera forcément pour l’Europe. Ce sera un saut dans l’inconnu.

Décidément, le mois de juin sera bien difficile pour la Grèce.


Sur le web.