Pétrole : un retour aux 100$ ? Oui mais pas trop tôt !

Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

L’Arabie Saoudite joue un jeu risqué, qui vise à décourager les investissements dans le gaz de schiste. Peut-elle y arriver en maintenant les prix bas pour les dix ans à venir ?

Par Aymeric de Villaret.

Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Un baril à 100$ à nouveau, est-ce possible ? L’OPEP vient de dire non … L’organisation continue sa guerre des prix … La volonté de l’organisation ne serait-elle pas de continuer à pousser sa production, de manière à ce que les prix ne remontent pas trop et ainsi décourager toute volonté à l’huile de schiste américaine de revenir ?

Dans ces conditions, la réunion de l’OPEP du 5 juin ne devrait être qu’une confirmation de celle du 27 novembre. Dans notre papier du 3 mai, nous écrivions : La stratégie saoudienne marche ! Oui, elle marche, mais elle marche trop bien !

Du coup, les cours du baril remontent et les conséquences sont que la « douleur » supportée par les producteurs d’huile de schiste américains risque de ne pas avoir duré très longtemps… Et le risque pour l’OPEP est que la bataille engagée n’aura pas été suffisante. Alors, les producteurs américains, plus ou moins persuadés que la baisse de fin 2014 début 2015 n’aura été qu’un épiphénomène, repartiront de plus belle dans leurs développements.

Baisse des rigs de forage, stagnation de la production américaine de pétrole …

Evolution du nombre de rigs de forage de pétrole et de gaz aux Etats-Unis depuis 1987 jusqu’au 15 mai 2015 (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)
Evolution du nombre de rigs de forage de pétrole et de gaz aux Etats-Unis depuis 1987 jusqu’au 15 mai 2015 (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)

Le nombre de rigs continue de baisser mais à une vitesse moins importante pour la dernière quinzaine (de 679 à 650 pour le pétrole du 1 au 15 mai, et de 734 à 679 la quinzaine auparavant).

Evolution de la production de pétrole américaine depuis 2010 jusqu’au 8 mai 2015 et variation annuelle (en kb par jour) (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)
Evolution de la production de pétrole américaine depuis 2010 jusqu’au 8 mai 2015 et variation annuelle (en kb par jour) (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)

Quant à la production de brut américain, elle stagne depuis quelques semaines et la hausse par rapport à celle de l’année précédente est maintenant inférieure à 1 Mb/j.

Production de pétrole brut américain (Crédits EIA, tous droits réservés)
Production de pétrole brut américain (Crédits EIA, tous droits réservés)

Quant au mois de juin, il devrait indiquer, pour les bassins d’huile de schiste, une baisse avec cependant une stabilité pour le bassin « Permian » qui est le plus productif des États-Unis. Il en était de même en mai.

La peur de l’OPEP

Oui, cela peut paraître étonnant mais malgré ce ralentissement de la production américaine, nous pensons que l’OPEP craint que le baril ne soit pas resté bas assez longtemps et son message de « non-retour aux 100$ pour la décennie » apparait comme un moyen de contre-carrer tout désir de remontée trop rapide des cours du baril.

La production de l’OPEP et notamment de l’Arabie Saoudite aux plus hauts

Le rapport de l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) publié la  semaine dernière montre bien que l’OPEP n’a pas encore gagné et surtout que l’Arabie Saoudite continue de produire le maximum qu’elle peut et cela malgré le fait que le Brent soit encore sous les 70$/baril.

Production de pétrole brut de l'OPEP

Production de pétrole brut saoudien

Conclusion

Oui, les cours du brut ont bien remonté et les niveaux actuels donnent un souffle d’air à beaucoup de pays producteurs de pétrole (et de gaz) tels la Russie (le rouble s’est d’ailleurs revalorisé), le Brésil.

Certains producteurs d’huile de schiste américains ont d’ailleurs profité de ce rebond du baril pour couvrir une partie de leurs productions futures à des prix de vente plus élevés. Ainsi, la douleur n’a pas été très (trop ?) forte …

Aussi même si certains pays au sein de l’OPEP prêchent pour une baisse de production de la part de ses membres, il est difficile d’imaginer les pays du Golfe et notamment l’Arabie Saoudite arrêter aujourd’hui une bataille qui commence si bien.

L’Arabie Saoudite a su imposer ses vues lors de la réunion de l’OPEP du 27 novembre. On la voit difficilement céder lors de la prochaine réunion le 5 juin. La production d’huile de schiste américaine ne repartira vraiment que si les producteurs ont la conviction que le baril restera élevé pendant un certain temps. Le rôle de l’Arabie Saoudite n’est-il donc pas de ne pas donner ces espoirs ?