Pétrole : un retour aux 100$ ? Oui mais pas trop tôt !

L’Arabie Saoudite joue un jeu risqué, qui vise à décourager les investissements dans le gaz de schiste. Peut-elle y arriver en maintenant les prix bas pour les dix ans à venir ?

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Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

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Pétrole : un retour aux 100$ ? Oui mais pas trop tôt !

Publié le 19 mai 2015
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Par Aymeric de Villaret.

Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Plateforme pétrolière en Californie (Crédits : Pete Markham, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Un baril à 100$ à nouveau, est-ce possible ? L’OPEP vient de dire non … L’organisation continue sa guerre des prix … La volonté de l’organisation ne serait-elle pas de continuer à pousser sa production, de manière à ce que les prix ne remontent pas trop et ainsi décourager toute volonté à l’huile de schiste américaine de revenir ?

Dans ces conditions, la réunion de l’OPEP du 5 juin ne devrait être qu’une confirmation de celle du 27 novembre. Dans notre papier du 3 mai, nous écrivions : La stratégie saoudienne marche ! Oui, elle marche, mais elle marche trop bien !

Du coup, les cours du baril remontent et les conséquences sont que la « douleur » supportée par les producteurs d’huile de schiste américains risque de ne pas avoir duré très longtemps… Et le risque pour l’OPEP est que la bataille engagée n’aura pas été suffisante. Alors, les producteurs américains, plus ou moins persuadés que la baisse de fin 2014 début 2015 n’aura été qu’un épiphénomène, repartiront de plus belle dans leurs développements.

Baisse des rigs de forage, stagnation de la production américaine de pétrole …

Evolution du nombre de rigs de forage de pétrole et de gaz aux Etats-Unis depuis 1987 jusqu’au 15 mai 2015 (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)
Evolution du nombre de rigs de forage de pétrole et de gaz aux Etats-Unis depuis 1987 jusqu’au 15 mai 2015 (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)

Le nombre de rigs continue de baisser mais à une vitesse moins importante pour la dernière quinzaine (de 679 à 650 pour le pétrole du 1 au 15 mai, et de 734 à 679 la quinzaine auparavant).

Evolution de la production de pétrole américaine depuis 2010 jusqu’au 8 mai 2015 et variation annuelle (en kb par jour) (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)
Evolution de la production de pétrole américaine depuis 2010 jusqu’au 8 mai 2015 et variation annuelle (en kb par jour) (Crédits Aymeric de Villaret, tous droits réservés)

Quant à la production de brut américain, elle stagne depuis quelques semaines et la hausse par rapport à celle de l’année précédente est maintenant inférieure à 1 Mb/j.

Production de pétrole brut américain (Crédits EIA, tous droits réservés)
Production de pétrole brut américain (Crédits EIA, tous droits réservés)

Quant au mois de juin, il devrait indiquer, pour les bassins d’huile de schiste, une baisse avec cependant une stabilité pour le bassin « Permian » qui est le plus productif des États-Unis. Il en était de même en mai.

La peur de l’OPEP

Oui, cela peut paraître étonnant mais malgré ce ralentissement de la production américaine, nous pensons que l’OPEP craint que le baril ne soit pas resté bas assez longtemps et son message de « non-retour aux 100$ pour la décennie » apparait comme un moyen de contre-carrer tout désir de remontée trop rapide des cours du baril.

La production de l’OPEP et notamment de l’Arabie Saoudite aux plus hauts

Le rapport de l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) publié la  semaine dernière montre bien que l’OPEP n’a pas encore gagné et surtout que l’Arabie Saoudite continue de produire le maximum qu’elle peut et cela malgré le fait que le Brent soit encore sous les 70$/baril.

Production de pétrole brut de l'OPEP

Production de pétrole brut saoudien

Conclusion

Oui, les cours du brut ont bien remonté et les niveaux actuels donnent un souffle d’air à beaucoup de pays producteurs de pétrole (et de gaz) tels la Russie (le rouble s’est d’ailleurs revalorisé), le Brésil.

Certains producteurs d’huile de schiste américains ont d’ailleurs profité de ce rebond du baril pour couvrir une partie de leurs productions futures à des prix de vente plus élevés. Ainsi, la douleur n’a pas été très (trop ?) forte …

Aussi même si certains pays au sein de l’OPEP prêchent pour une baisse de production de la part de ses membres, il est difficile d’imaginer les pays du Golfe et notamment l’Arabie Saoudite arrêter aujourd’hui une bataille qui commence si bien.

L’Arabie Saoudite a su imposer ses vues lors de la réunion de l’OPEP du 27 novembre. On la voit difficilement céder lors de la prochaine réunion le 5 juin. La production d’huile de schiste américaine ne repartira vraiment que si les producteurs ont la conviction que le baril restera élevé pendant un certain temps. Le rôle de l’Arabie Saoudite n’est-il donc pas de ne pas donner ces espoirs ?

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  • et si la stratégie de l’Arabie saoudite était tout simplement locale ,affaiblir les monarchies du golf et l’Iran , le prix du pétrole ne remontera que lorsque l’Arabie saoudite s’estimera hors de danger !

  • Vous oubliez de mentionner que l’Arabie Saoudite consomme un pourcentage non négligeable de son pétrole pour se refroidir (conditionneurs d’air) et s’abreuver (dessalage de l’eau de mer) et qu’elle booste les vieux gisements en injectant de l’eau de mer en profondeur. Les statistiques concernant l’Arabie Saoudite sont à l’évidence fausses même si elles proviennent de l’Agence Internationale de l’Energie. Je ne crois pas un mot de la capacité de production à 12,34 Mbj. Maintenant, ce qui pourrait très bien arriver c’est un éclatement de l’OPEP car des pays comme le Venezuela, l’Equateur ou l’Iran souffrent de ces prix bas.
    Enfin, que la stratégie de l’Arabie Saoudite soit de tuer l’extraction des huiles de roche mère aux USA (et ailleurs) ne tient pas car les USA se seraient opposé à cette stratégie menaçant la reprise économique américaine qui se fait attendre et menaçant de surcroit de faire éclater la « bulle » du schiste qui est de 5 trillions de dollars, une bagatelle ! Il faut plutôt songer à une orchestration américaine pour plier l’économie russe dans le cadre de la stratégie des néocons et qui est un prolongement de Maidan … Les Américains jouent un jeu suicidaire, les Saoudiens sont leurs serviteurs …

    • Saudi Arabia’s crude exports rose in March to their highest in almost a decade, official data showed on Monday, a sign of unexpectedly strong global demand as the top oil exporter revved up its output to the loftiest rate on record.The OPEC heavyweight shipped 7.898 million barrels per day (bpd) of crude in March, up from 7.350 million bpd in February and 7.474 million bpd in January, figures supplied by Riyadh to the Joint Organisations Data Initiative (JODI) showed.
      Bien sur il s agit de données en provenance de l’Arabie Saoudite, mais selon ces données (malgré le fait que l’Arabie consomme de plus en plus de pétrole), elle n a jamais autant exporté de pétrole depuis 9 ans.

  • Aujourd’hui , 19.05.2015 , le cours du baril ( 159 litres ) est à 59.67 $ et le coût du super 95 tourne autour de 1.45 € …si le prix du baril passe à 100 $ , à combien va être vendu le super 95 ?

    • A près de 2 € 🙁

    • le prix de l’essence n’a paradoxalement que peu de rapports avec le cours du barril.
      en effet, ce qui fait l’essentiel du coût de revient de l’essence ou du gaz oil, ce ne sont pas les coûts d’extraction, ni les coûts de transport, ni les coûts de raffinage, mais le coût des taxes.
      les taxes sont décidées par l’échelon politique, qui agit selon de tout autres critères…

  • L’Arabie Saoudite n’a aucune chance de gagner ce combat.
    Ces chiffres expriment à merveille pourquoi :

    -L’an dernier l’exploitation du pétrole de schiste était rentable à environ 70 dollars le baril, cette année c’est 60$ et on estime que cela sera rentable à 50$ en fin d’année.

    Grâce à l’innovation et les efforts pour abaisser le plus possible les coûts et le gâchis le schiste va rapidement revenir sur le devant de la scène et plus fort que jamais auparavant, en fait l’Arabie aura surtout rendu service à l’industrie au final car elle pourra gagner davantage.

    Qu’est-ce que l’Arabie y aura gagné à long terme ? Presque rien.
    Bien sûr, elle aura réussir à affaiblir l’Iran et la Russie, ce qui n’est pas rien, mais au final elle aura prélevé des dizaines de milliards de dollars dans son fond pour détruire un concurrent plus inventif et résistant que prévu tout en rendant l’OPEP impuissant.

    Le pétrole à 100$ est pas prêt de revenir, à moins que l’Arabie et l’OPEP ne réduisent fortement la production, et apparemment ils n’y sont pas prêts.

  • Il va être difficile de justifier durablement les 100 dollars, si toutefois le marché parvient à s’y hisser. Mais pourquoi pas ?
    Contre :
    – stocks faramineux qui vont peser sur le marché tôt ou tard
    – point mort des producteurs les moins rentables loin sous les 100 dollars (cette crise aura au moins eu le mérite de révéler cette information)
    – risque financier associé à la bulle du schiste US
    Pour :
    – comme d’autres MP, le pétrole reste une valeur refuge en cas de choc sur les marchés financiers, par exemple à l’occasion d’un défaut grec (début juin 2015 ?) de moins en moins hypothétique
    – réactions protectionnistes, notamment US
    – rechute du dollar, QE4…
    – foirage retentissant de la COP21 le 11 décembre prochain (les escrolos bloqués 3 semaines par une tempête de neige mémorable sur Paris)
    Imprévisible :
    – adaptabilité de l’offre face à une demande rigide en baisse structurelle

    Graphique : résistances vers 65 puis 85, supports vers 55 et 40. Scénarios CT : poursuite rapide du rebond vers les résistances, latéralisation entre 55 et 65, essoufflement du rebond puis rechute sous les supports.
    http://stockcharts.com/h-sc/ui?s=$WTIC&p=W&b=3&g=0&i=t64664583319&a=309540155&r=1391796418201

    • « – adaptabilité de l’offre face à une demande rigide en baisse structurelle »

      L’expérience nous montre plutôt l’inverse : l’adaptabilité de la demande face à une offre qui réagit par seuil à cause d’une rigidité structurelle.

      • A très long terme, la demande s’adapte sans doute. Mais il faut plusieurs décennies. Dans l’intervalle, c’est l’offre qui fait les variations de prix. Par exemple, il faut un temps long (et des capitaux à la mesure) pour parvenir à industrialiser des moteurs qui consomment un peu moins. Au niveau du consommateur lambda, il ne va pas changer rapidement de voiture parce qu’un nouveau modèle consomme 1 ou 2l de moins. A court et moyen terme, la demande semble donc plutôt rigide. L’offre dispose d’une capacité de variation plus rapide comme les Saoudiens l’ont démontré sans contestation possible à plusieurs reprises, à la hausse comme à la baisse. En revanche, il est clair que l’offre de schiste US est un peu plus rigide, bien que la baisse du nombre de « rigs » soit spectaculaire, ce qui la relègue pour l’instant à la marge dans la détermination du prix.

  • L’arabie n’a aucune stratégie, il font ce que les yankee leur disent de faire car l’économie américaine n’est simplement pas viable avec un baril trop cher, les ricains ont donc donnés le choix à l’arabie, vous pompez plus de petrole pour faire baisser les prix ou il y aura une petite révolution colorée pour vous remplacer.

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