Bénin : une gouvernance économique douteuse

Passants à Abomey, Bénin (Crédits Guillaume Colin & Pauline Penot, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Avec la suspension de l’aide au développement par le Danemark, le Bénin se voit attaqué une énième fois par les « griffes de la corruption » ; la gouvernance économique du Bénin expose ses tares au grand jour. Décryptage.

Par Renauld Alan Akakpo.

Un article d’Imani Francophone.

Passants à Abomey, Bénin (Crédits Guillaume Colin & Pauline Penot, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Passants à Abomey, Bénin (Crédits Guillaume Colin & Pauline Penot, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Le Royaume des Pays-Bas, par la voix de sa ministre adjointe pour le Développement, Lilianne Ploumen a suspendu le mercredi 6 Mai 2015 son aide bilatérale au gouvernement du Bénin en raison d’actes  de prévarication découverts à la suite d’un audit de performance technique et financière lancé en 2014. Selon le communiqué, quatre millions d’euros, soit 2,6 milliards de FCFA versés pour des projets d’accès à l’eau potable s’étaient évaporés. La ministre a précisé que l’aide était interrompue jusqu’à ce que le gouvernement béninois prenne des mesures concrètes pour mettre un terme à la fraude. Après le cas du Danemark qui a suspendu son aide au Bénin, l’histoire se répète et la gouvernance économique du Bénin expose ses manquements au grand jour. Ce scandale montre la crise des valeurs au sein de l’administration béninoise en même temps qu’il autorise des conjectures pour un retour à une bonne gouvernance.

Le Bénin faisait partie de la liste restreinte des 15 pays de concentration de l’aide publique au développement. Le partenaire hollandais intervient au Bénin depuis 43 ans et reste le plus grand contributeur du pays en matière de projets d’accès à l’eau potable. La Hollande a axé ses programmes d’aide sur le développement du secteur privé, la prophylaxie sexuelle, l’eau, l’hygiène, l’assainissement et la sécurité alimentaire.

La fraude découverte a été commise dans le cadre de la deuxième phase du Programme Pluriannuel d’appui au secteur de l’Eau et de l’Assainissement (PPEA-II) pour un total de 40,524 milliards de FCFA pour la période 2013-2015. Le montant détourné est estimé à 2,6 milliards de FCFA, soit 6% dudit programme. L’audit a révélé que des dépenses ont été effectuées sans autorisation et des sociétés nouvellement créées se sont vues attribuer d’importantes sommes d’argent. À l’horizon 2018, le PPEA aurait pu bénéficier d’un nouvel appui centré  sur la gestion et l’extension du circuit de l’eau dans les zones rurales avec un accent particulier sur le stockage à petite échelle. Cette possibilité restera définitivement à l’étape de souhait si le gouvernement béninois ne prend pas de réelles mesures pour améliorer la qualité de sa diplomatie et faire face à ses problèmes de crise de valeur et de manque de pro activité.

Le manque de pro activité

Se fondant sur les dispositions de l’article 110 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, le député Eric Houndété a exigé du gouvernement des explications concrètes pour éclairer l’opinion publique. Une telle demande d’explication est certes à louer mais elle témoigne du manque de réactivité du citoyen béninois en général dans sa demande de transparence et de reddition de compte de son gouvernement. En réalité, avant le communiqué de la ministre adjointe néerlandaise, la presse béninoise avait fait part de la menace des Pays-bas de suspendre son aide sans qu’aucune réaction officielle ne soit enregistrée. Il est impératif que les parties prenantes s’accordent à établir un dispositif efficace de prévention de crise. Les parlementaires et les organisations de la société civile devront mettre en place des mesures concrètes pour astreindre le gouvernement à une transparence dans la gestion économique et à une reddition effective de comptes.

Des erreurs diplomatiques

Il y a eu bon nombre de scandales liés à la gouvernance au Bénin (ICC, Cen-Sad, etc.) sous le régime du Président Yayi Boni. Le Président de la république a indiqué ne pas avoir eu connaissance de certains d’entre eux. Ce n’est pas le cas du scandale actuel où la première figure du pays était informée avant le communiqué de la ministre adjointe néerlandaise.

À l’issue du conseil extraordinaire des ministres du mardi 07 avril 2015, le gouvernement avait décidé de mettre sur pied un Programme d’urgence 2015 pour l’alimentation en eau potable en zone rurale. Ce programme, qui ressemble à s’y méprendre au projet néerlandais pour lequel la fraude a été commise, devait être financé à hauteur de 3 milliards à  mobiliser auprès des sociétés et offices d’État et des opérateurs de GSM. Ce projet non budgétisé et inexistant dans le programme annuel d’activité du gouvernement suggère une décision prise à la hâte pour cacher une irrégularité, et envoie un signal éloquent aux partenaires néerlandais.

En outre, dans ce dossier, le ministre de l’économie et des finances Komi Koutché est monté au créneau pour signifier à l’opinion publique que le gouvernement n’était pas informé  du rapport d’audit. Un second communiqué est venu discréditer définitivement le gouvernement béninois dans ce dossier. De telles erreurs diplomatiques donnent une image négative du Bénin sur la scène internationale. Il faudra améliorer la communication à cet égard et décourager par des actes officiels tout mensonge public.

Une crise de valeur

Le Ministre de l’Énergie, des Recherches Pétrolières et Minières, de l’Eau et du Développement des Énergies Renouvelables (MERPMEDER), Monsieur Barthélémy KASSA est directement impliqué dans ce dossier. Sa démission en réaction au scandale affirme non seulement la carence du leadership dudit ministère mais reflète aussi une crise éthique et systémique. Les agents du ministère à différents niveaux n’assument pas leur responsabilité morale face à une situation entachant la réputation de l’institution qui leur assure leur revenu.

Face à une telle situation, le gouvernement béninois devra innover en adressant par exemple, en formation aux Pays-Bas ses fonctionnaires qui occupent des postes stratégiques. Ces formations dans le pays partenaire devront porter sur les thèmes de la bonne gouvernance, la responsabilité civique et morale, la transparence et la reddition de compte. Une telle initiative permettra aux fonctionnaires béninois d’adopter de bonnes pratiques de gouvernance et d’intégrité. Ils deviendront les ambassadeurs des valeurs apprises au sein de leurs institutions et contribueront à mettre en place des systèmes efficaces. Ceci permettra également de manifester à la Hollande  la volonté du gouvernement béninois de restaurer une relation de confiance vieille  de 43 ans. Par ailleurs, de façon progressive, l’accent devra être mis sur une coopération économique fructueuse afin de réduire les effets pervers de la corruption inhérente au système de l’aide.

En matière de gouvernance, le Bénin et les Pays-Bas parlent des langues aussi différentes que le français et le néerlandais. En effet, les Pays-Bas sont classés 7èmeet le Bénin 126ème d’après le rapport 2011 de l’indice de la gouvernance mondiale. Au risque de perdre d’autres partenaires après le Danemark et  dans le but de profiter de la coopération bilatérale avec ses pays partenaires, le Bénin devra consentir des efforts réels pour améliorer la qualité de sa diplomatie et apporter des solutions concrètes à ses problèmes chroniques de manque de pro activité et de crise de valeur.

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