Grèce : l’euro m’a tuer !

Grèce Euro (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence CC-BY 2.0)

La Grèce a vu l’effondrement de son système productif à cause de l’adoption d’une monnaie trop forte par rapport à son niveau de productivité globale.

Par Jean-Pierre Chevallier

Contrepoints462 - Grèce Euro - René Le Honzec

La Banque (centrale) de Grèce publie les données des agrégats monétaires depuis 2001, ce qui permet de confirmer ce qui est une évidence : l’adoption de l’euro a tué la Grèce.

En effet, dès les mois qui ont suivi l’adoption de l’euro en 2001, les Grecs se sont mis plein d’euros dans les poches, du moins dans leurs portefeuilles et sur leurs comptes bancaires, ce qui est visible dans l’augmentation de M1, puis ils ont augmenté leur épargne (correspondant à M2-M1), le tout au détriment des entreprises grecques dont les trésoreries se sont effondrées, ce qui apparait dans la chute à quasiment zéro de M3-M2,

Document 1, sommes en milliards d’euros :

grèce-m1-chevallier

Avant l’adoption de l’euro, la trésorerie des entreprises (M3-M2) se montait à 25% du PIB, ce qui était satisfaisant, tandis qu’il y avait déjà une hypertrophie en M1 compensée par un manque d’épargne (M2-M1),

Document 2 :

grèce m1pib chevallier

Les pics de débuts d’années montrent que les Grecs ont de bonnes raisons de croire au Père Noël, surtout à partir de 2008 !… mais ils risquent d’avoir quelques déconvenues dans l’avenir proche.

Une fois de plus, il est clair que l’adoption de l’euro supprime les mécanismes régulateurs qui empêchaient auparavant la distribution d’argent non gagné laissant se développer une création monétaire non décelable au départ mais létale à terme. À partir d’un certain moment, l’hypertrophie monétaire étant trop importante, la situation n’est plus gérable et le système s’effondre profondément et durablement.

Globalement, l’évolution de M3 montre clairement la progression de cette hypertrophie, puis le début de sa résorption qui s’accentue depuis le mois de décembre 2014, surtout avec la baisse de l’agrégat M2-M1, ce qui signifie soit que les Grecs puisent dans leur épargne pour vivre, soit qu’ils sortent leur épargne de leur pays pour placer leurs économies à l’étranger,

Document 3 :

grèce m3

Le problème de la Grèce n’est pas un manque de liquidité de l’État, mais celui de l’effondrement de son système productif à cause de l’adoption d’une monnaie trop forte par rapport à son niveau de productivité globale. En pareilles circonstances, les entreprises grecques ne peuvent pas soutenir la concurrence internationale. Elles disparaissent alors que l’État-providence donne l’illusion de pouvoir offrir des solutions alternatives. Ce qui se passe en Grèce est tout à fait comparable à ce qui s’est passé en Argentine.

L’effondrement de la Grèce est le premier domino en train de tomber. La situation est moins pire dans les autres cochons de pays du Club Med, mais de toute façon les problèmes sont les mêmes : ces entreprises ne peuvent pas supporter une monnaie unique trop forte compte tenu de leur niveau de productivité.

Une fois de plus, l’analyse des agrégats monétaires permet de comprendre les évolutions fondamentales. Tout est simple, pour les monétaristes du moins.

Cliquer ici pour accéder aux données des agrégats monétaires publiés par la Banque de Grèce (données de notre ami Fred de St Louis pour le PIB).


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