Loi Renseignement, Robert Ménard : deux poids, deux mesures

Robert Ménard à Paris le 28 mai 2008 - Crédit photo : Philippe Leroyer via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Pendant que nos députés s’assoient sur nos libertés, tout le monde y va de son commentaire définitif sur « les fichiers de la honte » de Robert Ménard.

Pendant que nos députés s’assoient sur nos libertés fondamentales dans une indifférence générale, tout le monde y va de son commentaire définitif sur « les fichiers de la honte » de Robert Ménard.

Par Marc Suivre

Robert Ménard à Paris le 28 mai 2008 - Crédit photo Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)
Robert Ménard à Paris le 28 mai 2008 – Crédit photo : Philippe Leroyer via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Dans le paysage apocalyptique qui nous tient lieu de débat politique, l’apparence l’emporte systématiquement sur la conviction. Dans ces conditions il n’y a rien d’étonnant à ce que des acteurs fatigués nous imposent le spectacle obscène de leurs leçons de morale perpétuelles. Alors que nous entamons l’an 4 du règne de François, nous glissons chaque jour un peu plus de la liberté vers l’oppression, au nom de cette morale que brandissent fièrement les fanatiques de la bien-pensance. Le fait qu’en dehors d’eux, plus personne n’adhère à ces fadaises pour instituteurs à cols roulés ne fait que décupler leurs ardeurs de Savonarole. La grande pieuvre de la pensée unique étend maintenant ses tentacules liberticides des médias, à l’école en passant par nos ordinateurs. Comme tout organisme dont la domination est remise en question, c’est quand elle perd pied que la bête est la plus dangereuse. De la loi sur le renseignement, à la comédie grotesque autour des fichiers fantômes de la ville de Béziers, le moindre événement médiatique donne lieu à une avalanche de moraline où les paradoxes apparents le disputent aux contradictions flagrantes, pour raboter toujours plus les libertés fondamentales que nos Pères nous ont léguées.

Le Patriot Act à la française

À la suite de l’attaque perpétrée par des salafistes saoudiens contre le World Trade center et le Pentagone, l’Amérique prit une série de mesures destinées à contrer la menace terroriste sur son sol. Ces lois d’exception ont permis aux gouvernements (le pluriel est capital) qui se sont succédés depuis à la tête du pays de prendre de considérables libertés avec la Liberté. Comme l’Amérique n’est pas la France, quelques consciences locales se sont élevées pour dénoncer les abus, dans lesquels se sont voluptueusement roulés les services américains spécialisés dans le renseignement.

Dans notre beau pays épris de paix et de concorde civique, des causes dissemblables viennent de produire un effet sensiblement similaire. L’attaque odieuse contre la « liberté d’expression » des gauchistes qui a eu lieu le 11 janvier 2015, puis le massacre antisémite (nettement moins condamné) qui survint deux jours après, ont donné lieu à une innovation législative qui n’a rien à envier aux expérimentations hasardeuses des Américains sur le sujet. Tout comme en Amérique, n’importe qui pourra désormais être écouté et enregistré, sous le prétexte commode qu’il pourrait (le conditionnel fait tout à l’affaire) porter atteinte aux intérêts vitaux de la France (lesquels ne sont pas définis avec une précision d’orfèvre, c’est le moins que l’on puisse dire). Les socialistes – qui sont à la Liberté ce que la guillotine est à l’humanisme – protestent de leurs bonnes intentions et entonnent l’air connu du « nous n’en abuserons pas » (c’est ça, fume c’est du Belge !).

Ce dispositif est disproportionné et parfaitement inefficace (en ce qui concerne le terrorisme). Le problème ce n’est pas la collecte des données, mais leur exploitation. Alors que nous ne savons que faire de nos « chances pour la France » qui reviennent en masse du pays des barbus en folie, le couteau entre les dents et la Kalach dans le slip, on nous explique que cette loi indigne va permettre à nos forces de sécurité de nous protéger efficacement. De qui se moque-t-on ? Les Kouachi n’avaient pas cessé d’être écoutés par la faute de dispositions législatives inadaptées, mais bien parce que l’on avait décidé d’affecter ailleurs les moyens humains destinés à exploiter les données recueillies auprès d’eux. On n’attrape pas des terroristes avec des algorithmes informatiques, mais avec des enquêtes de terrain et du bon sens humain. En réalité ce texte va permettre d’écouter les déviants de la pensée et les adversaires politiques, sans craindre de se faire gauler, comme dans le cas Sarkozy.

Fichier Contribuables Contrepoints450Tous ceux qui, durant un débat parlementaire bien vite expédié (il en va de la sécurité de la nation, zut !) auront eu le malheur de réfléchir, un minimum, à ce que tout ce barnum sécuritaire pouvait avoir comme implication réelle et pratique, auront été vilipendés comme « traitres à la Patrie » par le toujours très mesuré Manuel Valls. Au final, l’Assemblée a approuvé le bidule par 438 voix de moutons contre celles de 86 braves. Il est amusant de relever, à l’heure où l’on convoque si facilement les « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire » que les ancêtres de cette bande de pleutres avaient voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain dans des proportions quasi identiques en Juin 1940 (étonnant, non ?).

Le fascisme biterrois

Pendant que nos députés s’asseyaient avec volupté sur nos libertés fondamentales, la gauche de salon s’émouvait à grand bruit, des agissements du « Nazi » que ces demeurés de Biterrois ont eu le mauvais goût de se donner pour maire en mars 2014. Le jovial Robert Ménard vient d’effrayer les chaisières en déclarant que plus de 64% des enfants scolarisés dans sa ville sont musulmans. Horreur, malheur et mânes du Veld’hiv réunis, ne voilà-t-y pas le retour tant annoncé attendu du ventre fécond de la bête immonde. L’indignation est générale et tout le monde y va de son commentaire définitif sur : « les fichiers de la honte ».

Faire des fichiers ethniques ce n’est pas bien… en France. Les Anglais et les Américains qui les pratiquent régulièrement sont, sans doute, des fascistes qui s’ignorent. Mais revenons aux prémices de l’holocauste du 21e siècle qui se prépare dans cette bonne ville de Béziers. Devant l’énormité du crime proféré, à une heure de grande écoute, par l’édile « liberticide », il n’y avait rien de plus urgent que de dépêcher le SRPJ de Montpellier pour perquisitionner séance tenante l’Hôtel de Ville. Je m’étonne que, pour faire bonne mesure, le GIGN n’ait pas aussi été mobilisé. Dans une ville où la Police municipale est en passe d’être armée, c’eût été expédiant (et pas plus ridicule). Comme les limiers n’ont rien trouvé, le maire a illico été auditionné par la PJ, pour un résultat… similaire.

Il faut être idiot pour croire qu’il est nécessaire d’établir un fichier pour compter le nombre de petits musulmans dans une classe. L’écrasante majorité des parents musulmans pratiquants donnant à leurs enfants un prénom non francophone, il suffit de répertorier ces prénoms pour se faire une idée assez précise du nombre d’enfants n’étant pas « stigmatisé » par un nom de Saint Catholique Apostolique et Romain, dans le système scolaire public de la ville de Béziers. Au fait : compter n’est pas ficher. Si les pandores ne trouvent pas le fichier « maudit », c’est qu’il n’existe que dans l’esprit des manipulateurs qui veulent convoquer l’esprit du « fichier juif » de la Préfecture de Police de Paris des « années sombres de notre histoire ».

Tout est affaire de méthode

Nous avons tous compris que le crime ne réside pas tant dans le comptage en lui même que dans son objet. Si quantifier les musulmans est indigne des valeurs de la République, que dire de la méthode de comptage étrangement similaire employée par le « journal » Libération pour déplorer le « manque de diversité » dans les cabinets ministériels du gouvernement de François Hollande en juin 2012 et reproduit ci-après ?

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Répertorier de façon très empirique les prénoms et les noms « à consonance chrétienne » au Journal Officiel pour en déduire qu’il n’y a que des « blancos » chez les conseillers de nos princes, c’est bien. Additionner les prénoms musulmans dans les écoles élémentaires c’est mal. D’un simple point de vue d’efficacité statistique, la méthode Libé manque cruellement de rigueur, car nos compatriotes « ultra-marins » (ce qui ne veut pas dire qu’ils préfèrent frénétiquement le bateau, juste qu’ils viennent des îles autres que la Corse), ces braves gens, disais-je, sont le plus souvent nantis de prénoms et autres patronymes qui les différencient très peu des « Gaulois ». C’est ce que l’on appelle l’assimilation…

L’air de rien, glissons bien vite à côté de la plaque…

Dans cette affaire, ce qui choque le progressiste, c’est que le maire de Béziers comptabilise des musulmans supposés. C’est vrai qu’il apparait un peu facile, à certains, de ranger un petit Mohamed au rang des musulmans, alors qu’il se peut que ce charmant bambin puisse avoir de facétieux parents bouddhistes. L’exception est toujours possible, mais relevons ensemble qu’en l’occurrence, elle ne paraît pas statistiquement dirimante. Ce sont pourtant ces mêmes consciences qui se précipitèrent le 11 janvier dernier, pour s’exclamer, comme un seul homme, en s’arrachant les poils du torse que le policier lâchement assassiné devant Charlie hebdo s’appelant Karim, les musulmans étaient, eux aussi, les victimes des frères Kouachi. Deux poids, deux mesures…

Le crime consiste donc à démontrer ce que la doxa nie farouchement. Il est alors urgent de procéder à la reductio ad hitlerium, histoire d’enterrer le débat légitime. Et il faut bien admettre qu’en l’occurrence, toutes les buses servant le culte du politiquement comme il faut y sont allées franco (si l’on peut dire). Comprenons-les : elles étaient persuadées de tenir LA preuve du fascisme bien blanc (pas vert) et bien de chez nous (pas importé du Proche Orient). Même François, alors en visite dans un pays qui se moque des droits de l’Homme, y est allé de sa réflexion définitive. On aurait voulu faire passer les intentions réellement liberticides du gouvernement en matière de surveillance des masses pour des lanternes que l’on ne s’y serait pas pris autrement.

Vers un enseignement public ethnique

Tout le monde s’indigne de ce qui s’apparente de plus en plus à un comptage et de moins en moins à un fichage, sans s’émouvoir de ce que révèle ce chiffre de 64%. Il met pourtant en lumière un phénomène que Manuel Valls n’hésitait pas à qualifier abusivement, il y a peu, d’apartheid territorial. Le terme est impropre, car l’apartheid implique une contrainte, alors que dans ce cas précis, cette séparation est librement assumée par ceux qui mettent leurs enfants dans les écoles privées. C’est même là que réside toute la question. En effet, de deux choses l’une : soit ce calcul est farfelu (et je gage que l’on ne va pas tarder à nous le faire savoir), soit il est exact et l’on ne comprend pas, dans ces conditions, comment Robert Ménard a pu être élu maire, si les deux tiers des enfants scolarisés sur sa commune sont musulmans. Leurs géniteurs ne passent pas pour être les plus fidèles des électeurs du « Rassemblement Bleu Marine ». Il doit donc y en avoir d’autres… ailleurs. Ces 64% s’expliquent par une fracture communautaire. L’école publique pour les musulmans, le privé pour les autres et tout cela est bien plus inquiétant pour le « vivre ensemble » cher à tous ces Tartuffes que le fait de compter ou même de ficher.

La même dynamique est à l’œuvre avec les projets délirants des pédagogistes du ministère de l’Éducation nationale. La réforme du collège engagée par ce gouvernement d’irresponsables contre la droite (c’est habituel) et une bonne partie du corps enseignant (ça, ça l’est beaucoup moins) en est la parfaite illustration. La fabrique à analphabètes de renommée mondiale qu’est devenue cette institution apporte ainsi la touche finale à son grand projet de société. Ils ne se cachent même plus. L’objectif des apprentis sorciers qui se sont appropriés ce ministère est de « former des citoyens » (comprendre de parfaits petits gardes rouges). Les soixante-huitards ont gagné : l’école forme l’homme nouveau, en l’arrachant à son déterminisme familial et national.

Les socialistes sont passés dans leur mode d’exercice du pouvoir et pour notre plus grand malheur, de l’imagination à la folie complète. Après avoir assuré leur emprise sur les esprits, par le biais de l’instruction publique, ils ont aujourd’hui étendu leur contrôle sur la société des médias, avant de l’étendre, demain, à l’ensemble de la population à force de manipulations et autres enfumages savamment orchestrés. La loi sur le renseignement – qui est en passe d’être adoptée – donnera au gouvernement socialiste les moyens qui lui manquent, pour venir traquer les déviants qui osent encore s’opposer à son hégémonie, jusque dans leur intimité (les toilettes c’est du vocabulaire d’autocrate russe). Il investira ainsi Internet, le dernier espace de liberté qui échappe encore à ses griffes avides. Ne nous leurrons pas et cessons de compter sur « l’esprit républicain » qui anime nos fonctionnaires d’autorité, pour échapper à cette fatalité. Ils ne s’opposeront pas à ce grand flicage à venir. Lorsque l’on voit la façon dont la Police parisienne a traité les gens qui se promenaient vêtus de vêtements siglés « Manif Pour Tous », on en déduit que la conscience de nos poulets est plus proche de celle de leurs homologues de la place Tian’anmen que de ceux qui officient à Trafalgar Square. Pouvons-nous compter sur l’opposition, une fois réinstallée au pouvoir, pour revenir sur ces lois de satrape ? Il est plus que raisonnable qu’un doute puisse, à ce sujet, légitimement s’insinuer dans nos esprits… provisoirement libres.


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