Climathon, semaine 18 : l’arme de propagande massive

Propagande communiste (Crédits : Liz Lister, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Par Benoît Rittaud.

Image de propagande nord-coréenne (Crédits : Liz Lister, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

 

Belle percée cette semaine, avec un vainqueur qui repousse encore les limites de l’indécence pour s’imposer avec une innovation qui devrait faire école.

Le jury du Climathon a la joie cette semaine d’attribuer un accessit à Pierre Radanne, injustement oublié ces dernières semaines malgré les efforts hebdomadaires et méritoires qu’il fait dans sa chronique sur RFI. Cette fois-ci, il nous gratifie de conseils sur la manière dont nous devons nous alimenter pour éviter d’émettre trop de CO2. À l’inévitable méthane émis conséquemment à notre consommation de viande rouge (lisez : les vaches pètent) et à la non moins inévitable relocalisation nécessaire de la production (on suppose que ce sera moins cher pour le consommateur, il n’en parle pas, mais c’est sûrement vrai), l’ « expert énergie et climat » ajoute quelques détails intéressants. Pour notre plus grand malheur à tous en effet, nous mangeons mieux et plus varié. Par ailleurs, « la quantité d’hectare de surface cultivable par personne ne cesse de diminuer », entre autres à cause de l’ « extension des déserts« . Foin du CO2 qui nourrit les plantes, foin du progrès technologique qui améliore les rendements, foin de toute référence sur l’extension alléguée des déserts… de la belle ouvrage, donc. Un compétiteur prometteur.

Second accessit pour le journal Les Échos, qui a découvert cette semaine que lorsque la Terre se réchauffe, il y a davantage de pics de chaleur. Il paraît que ce genre de vérité première « va apporter de l’eau au moulin de ceux qui bataillent contre le réchauffement climatique ». En effet, il n’est évidemment pas nécessaire de se demander d’où vient le réchauffement : c’est l’homme le coupable, on le sait tous.

Un troisième accessit de cette semaine est attribué à tous ceux qui ont servilement recopié une dépêche AFP dignement reporté les résultats d’une « étude » tout en faisant preuve d’un louable esprit critique sur ses conclusions proprement délirantes qui nous dit que ce serait très grave. L’hypocrite Le prudent conditionnel porte cette fois sur l’éventualité qu’une espèce sur six disparaisse à cause du réchauffement climatique. L’affaire est rapportée notamment par Le Parisien, avec une trop mignonne photo de panda géant, mais le jury, grand amateur de peur exponentielle comme chacun sait, avoue avoir une préférence pour la manière dont Direct Matin essaye de nous faire très très très peur :

« Selon l’étude, le nombre d’espèces menacées d’extinction augmente pour chaque Celsius gagné. Plus inquiétant encore, cette hausse est non-linéaire et s’accélère à mesure que les températures grimpent à la surface du globe. »

En plus, Direct Matin nous montre un ouistiti pygmée qui, lui aussi, pourrait disparaître. La photo est trop chou, on craque encore plus que sur le panda.

Le vainqueur de la semaine 18

Pour gagner le climathon, il faut n’avoir aucune retenue, aucune honte, aucune limite. Et pour le plus grand plaisir du jury, ce genre d’attitude combattante a guidé avec succès les efforts du Conseil économique, social et environnemental (CESE) lors de ses deux journées consacrées au climat les 28 et 29 avril qui lui valent le titre de vainqueur de la semaine 18. Son président, Jean-Paul Delevoye, a annoncé la couleur dès le début de son discours introductif, en indiquant que le débat c’est bien, mais que bon, on parle de la planète, alors ce serait quand même mieux si on pouvait dire d’emblée qu’on est tous d’accord (1′20) :

« [Je souhaite remercier] toutes celles et ceux qui, par leur présence, leur contribution, leur travail, nous offrent aujourd’hui ce moment fort de débat, mais surtout de mobilisation autour d’une cause qui nous dépasse, et d’un bien commun qu’il nous appartient d’entretenir : l’avenir de notre planète, mais aussi l’obligation que nous avons par rapport aux générations montantes. »

Ce genre de déclamations, énoncées sur un ton monocorde particulièrement soporifique sérieux et digne, n’aurait toutefois mérité qu’un accessit si le CESE n’avait, dans un élan touchant au sublime, atteint quelques minutes plus tard un sommet en faisant intervenir deux écoliers qui ont été invités à lire à la tribune les conclusions de leur travail. Ces enfants expliquent notamment ce qu’il faut faire pour sauver le monde en se désolant que les adultes n’adhèrent pas davantage à l’idée de changer à cause du climat (Ça commence à 16′25.)

Cette pièce maîtresse de propagande peut se targuer d’un effet inédit. En effet, pour la première fois depuis le début du climathon, même le jury, pourtant rôdé, a eu un moment de révulsion si fort qu’il a dû s’y reprendre à deux fois pour parvenir à visionner en entier cette odieuse instrumentalisation d’élèves de dix ans. Ceux qui y parviendront du premier coup seront d’office nommés membres titulaires du jury pour les semaines à venir. Pour ceux en revanche, probablement nombreux, qui n’auront pas l’estomac assez solide pour digérer un tel morceau, indiquons que les enfants mentionnent avoir travaillé avec « monsieur Jean Jouzel ». « Ce sont des chercheurs du GIEC comme Jean Jouzel qui ont alerté sur le changement climatique, nous avons besoin d’eux », précisent les enfants. Nous savons ainsi à qui nous devons cette pièce unique de bourrage de crâne idéologique. À l’évidence, le vainqueur de la semaine 18 est un nouveau concurrent sérieux au titre de champion de printemps.


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