Victoire de David Cameron : quand le courage politique paye

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Avec une large victoire aux législatives, David Cameron démontre qu’il est possible de transformer une économie en menant des réformes audacieuses et se faire réélire.

Par Kevan Saab

David Cameron - Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron – Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les Britanniques ont tranché, ils gardent David Cameron au 10 Downing Street pour cinq ans supplémentaires, convaincus par les résultats économiques obtenus lors de son premier mandat. Voilà bien un résultat qui laissera pantois une bonne partie de la classe politique de ce côté de la Manche ou bien encore les technocrates du Fond Monétaire International qui, après avoir ouvertement critiqué la politique de rigueur budgétaire de Cameron, se sont vus obligés de reconnaître publiquement s’être trompés dans leurs pronostics.

En effet, en matière de réussite économique, peu de gouvernements peuvent se targuer d’afficher un palmarès aussi impressionnant que celui de David Cameron. Pour commencer, le pays affiche la plus forte croissance économique des pays du G7 pour l’année 2014 avec 2,6% de croissance, soit 6,5 fois plus que la France de Hollande qui affiche un maigre 0,4%.

Croissance éco G7

Sur le front de l’emploi, les résultats sont là aussi excellents : tandis que la France s’enfonce mois après mois dans le chômage de masse, le Royaume-Uni affiche un taux de chômage insolent de 5,6%.

Chômage France RU

Cerise sur le gâteau, il s’agit là en majorité de créations de postes à temps plein et non d’emplois précaires à temps partiel comme le laissent entendre certains commentateurs politiques. Hasard des statistiques, France et Royaume-Uni affichaient au premier trimestre 2010 le même nombre d’employés à temps plein, chacun peut constater comment la situation a évolué depuis :

Création d'emploi France RU

Seule ombre au tableau : la dette publique. Bien que le rythme d’accumulation de la dette se soit très largement réduit depuis l’élection de David Cameron en 2010, le Royaume-Uni dépense toujours plus qu’il ne perçoit en impôts. Ainsi en 2014, le déficit budgétaire représentait encore 5,7% du PIB, une embellie par rapport aux 10% de déficit annuel laissé par Gordon Brown en quittant ses fonctions, mais encore trop pour stopper l’hémorragie.

dette publique RU

Avant de s’attacher à comprendre les vraies raisons des succès économiques de Cameron, commençons par dissiper les explications vaseuses qu’on lit régulièrement dans la presse. Non, le Royaume-Uni ne s’est pas sorti de l’ornière en faisant tourner la planche à billets, ni en pratiquant des taux directeurs plus faibles que ses partenaires, ni en laissant s’effriter la valeur de la livre sterling. À vrai dire, comme le montrent les figures suivantes, la Banque d’Angleterre affiche certes un taux directeur faible mais plutôt dans la fourchette haute des taux pratiqués par ses pairs. Enfin, la livre sterling ne s’est en aucun cas effondrée face aux monnaies des partenaires commerciaux les plus importants du Royaume-Uni : c’est-à-dire face à l’euro et au dollar américain. Bref, la recette du succès de Cameron ne réside pas dans un tour de passe-passe monétaire.

Taux directeurs des principales banques centrales

Taux directeurs des principales banques centrales

Taux de change Livre Sterling vs Euro

Taux de change Livre Sterling vs Euro

Taux de change Livre Sterling vs Dollar US

Taux de change Livre Sterling vs Dollar US

En réalité, dès son élection, David Cameron et son gouvernement ont fait le pari de miser sur la créativité et l’ardeur travailleuse des Britanniques afin de faire redémarrer la machine économique du pays. Dans les faits, ce choix s’est soldé par une cure d’amaigrissement pour le secteur public afin de supporter un généreux programme de baisse d’impôt pour le secteur privé. Ainsi, en serrant la ceinture, le gouvernement britannique est parvenu à faire reculer le poids du secteur public dans l’économie de près de 50% en 2009 à 44% cinq ans plus tard, à titre d’indication la France caracole elle à 57%. Dépense publique France RU

En contrepartie de ces efforts budgétaires, les taux d’imposition des sociétés furent baissés de 28 à 20%, contre 33,33% en France, soit un des niveaux les plus compétitifs parmi les pays de l’OCDE. Les PME ont bénéficié elles aussi de rabais fiscaux. Une accalmie fiscale qui concernera d’ailleurs aussi les particuliers dès fin 2015 grâce à une refonte des barèmes d’impôts pour les plus pauvres et la classe moyenne.

Évidemment, suite à ce bol d’oxygène donné aux entreprises britanniques, la réaction du monde des affaires ne s’est pas faite attendre. Ainsi, alors que la France voit tous les jours ses investisseurs fuir vers des cieux plus cléments, le Royaume-Uni enregistre ces dernières années des records d’investissements directs étrangers (IDE), des investissements aboutissant évidemment à des créations de postes et des salaires pour les travailleurs britanniques. À titre d’exemple de ce redressement, on citera le cas de la renaissance de l’industrie automobile anglaise qui, pour la première fois depuis 1976, exporte plus de véhicules que le pays n’en importe.

Enfin, outre les succès économiques indéniables, un observateur objectif de la vie politique britannique se doit de constater le courage d’un homme politique qui, en cinq ans à Downing Street, a su mener des réformes budgétaires audacieuses, juguler un euroscepticisme grandissant, préserver l’intégralité du Royaume-Uni en bravant les séparatistes écossais à leur référendum tant attendu et enfin conduire des réformes sociétales modernes que peu de politiciens de droite auraient osées (exemple : la légalisation du mariage homosexuel, la réforme de l’accession au trône, etc.). Une véritable leçon de politique, en particulier pour la classe politique française, qui démontre clairement que l’on peut encore de nos jours réformer profondément son pays tout en se faisant réélire, à condition d’avoir le courage de maintenir son cap pendant tout un mandat.