Squats : dura lex, sed lex, surtout pour les sans-dents

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Intéressant développement qui secoue bien au-delà de Rennes. On apprenait la semaine dernière que Maryvonne, une retraitée de 83 ans, se retrouvait essentiellement sans domicile suite au squat de sa maison par un groupe d’individus à la conception élastique de la propriété privée. Rapidement, les réseaux sociaux s’emparaient de l’affaire, ce qui poussa la presse nationale, puis la télévision et la radio, à s’intéresser au cas.

Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour scandaliser le peuple. Une vieille dame, une situation rocambolesque qui dure depuis un moment, des protagonistes au comportement douteux, et surtout, la dure révélation pour toute une frange de la population que la justice et l’équité sont deux choses très différentes. En effet, alors que, sur le papier, la vieille dame est bel et bien propriétaire du 94, rue de Châtillon à Rennes, elle a commis l’erreur d’habiter pendant une assez longue période chez son conjoint, à quelques kilomètres de là. Période pendant laquelle sa maison était donc vide (d’elle et de tout mobilier), ce qui semblait suffisant à un groupe d’individus pour déclarer la maison abandonnée, et s’y installer. Pour ces gentils communistes, la propriété privée n’a pas de sens … sauf quand ça peut devenir la leur, bien sûr et comme d’habitude.

Communism : it's a party

Récemment, lorsque la vieille dame a voulu récupérer son bien, les autorités lui ont expliqué que « Si c’est squatté, tu peux pas test » : les squatteurs sont indélogeables sans une procédure longue et parsemée d’embûches. Le droit au logement est bien supérieur au droit de propriété privée, ma brave dame. Et si la loi DALO a effectivement grandement simplifié la procédure pour récupérer un domicile squatté, il en va tout autrement pour un simple bien inutilisé. L’absence de mobilier interdira alors de qualifier l’habitation de domicile. En quelques heures, tout nouvel habitant inopiné devient inexpugnable.

La situation, une fois connue, a enflammé les réseaux sociaux, entraînant une première manifestation devant le squat, manifestation très encadrée par une police nerveuse à l’idée d’un débordement quelconque (mais invisible lorsque le squat s’installa). Une seconde manifestation fut organisée, réclamant elle aussi l’expulsion des squatteurs, et accroissant par là-même les tensions locales, ces squatteurs refusant de partir (la propriété privée des autres, y’a que ça de vrai !). Les tensions ne s’apaiseront pas puisqu’un appel à une autre manifestation est en cours.

C’est fort tracassant, mais c’est aussi l’opportunité pour les journalistes de revenir sur l’historique de l’affaire, d’aller interroger les squatteurs et de donner la parole à la député-maire de Rennes.

Surprise ! Les services municipaux avaient informé l’octogénaire, dès 2013, de l’occupation illégale de sa maison. La propriétaire, ignorant les courriers de ces services, aurait considérablement aggravé la situation… Dit comme cela, l’affaire pourrait prendre une autre tournure, si ce n’était que la municipalité aurait dû, dès le départ, empêcher une telle situation de se produire en premier lieu. Oh, certes, il est mignon tout plein de sa part d’avoir prévenu qu’il y avait un problème, mais c’est oublier un peu vite que l’une des missions essentielles de la mairie en particulier et de l’État en général consiste justement à garantir qu’une telle situation ne se produise pas du tout. Un beau constat d’échec, donc.

De la même façon, l’entretien avec les squatteurs montre un détachement certain avec les évidences. La maison était peut-être, à leur arrivée, en piteux état. Mais voilà : elle n’est pas à eux, et leur jugement sur la déco ou les sanitaires ne donne aucun droit sur l’habitation. Malgré cela, les pauvres petits poussins constatent que les gens sont méchants avec eux :

Dès notre arrivée, notre présence a été signalée aux autorités et à Maryvonne Thamin. Nous avons été en contact avec elle une semaine plus tard, et depuis cette dernière a été systématiquement agressive et nous a signifié son intention de porter l’affaire en justice.

Rooh, dès leur arrivée ! Vraiment, un propriétaire d’un bien « redécoré », réaménagé et réinvesti sans contrepartie, qui rouspète et signifie son intention de porter l’affaire en justice, quelle méchanceté !

monde cruel

À ces remarques qui illustrent bien la déliquescence de la propriété privée en France, on doit ajouter celles de la député-maire de la municipalité en question, qui décrochent largement la timbale en matière de niaiseries républicaines vivrensemblo-compatibles. Dans un souffle, l’élue explique qu’elle est « en contact avec [Mme Thamin] depuis l’automne 2013, puisque ce sont les services municipaux qui lui ont appris que sa maison était squattée et ont tenté de l’accompagner dans les démarches à entreprendre », services qui n’ont pas su empêcher le problème donc, mais surtout, elle en profite pour rappeler que l’épineuse situation de l’octogénaire ne nécessite pas plus d’emballement que ça :

« Mme Thamin n’est pas dans une situation d’urgence. (…) elle ne fait pas partie des publics que nous aidons en priorité. »

Et pif : le vrai problème de Mme Thamin, c’est qu’elle n’est pas tout à fait à la rue puisqu’elle loge chez son fils. Zut alors, pas assez malheureuse ! L’autre souci, c’est qu’elle est solvable, imposable, et vieille. Cela veut dire qu’elle devrait pouvoir se débrouiller toute seule encore un moment, quitte à rogner sur son pécule (tant pis, on s’en fiche, c’est l’argent d’une autre). Zut alors, pas assez pauvre ! Et surtout, ce moment ne sera pas trop long puisqu’elle finira bien par claboter, ce qui arrangerait tout le monde à la mairie. Zut alors, pas assez jeune ! Jouer la montre, même si c’est parfaitement dégueulasse, est donc parfaitement raisonnable du point de vue de l’élue.

c'est degolas

Enfin, pour parfaire le tableau déjà somptueusement glauque, la député-maire ajoute déplorer que « cette triste affaire ait également déchaîné un flot de propos mensongers et diffamatoires d’une rare violence et des manœuvres politiques écœurantes, notamment sur les réseaux sociaux » … Le lecteur comprendra surtout que sans ces déchaînements (dont le caractère mensonger et diffamatoire semble pour le moins difficile à établir), le cas de Maryvonne n’aurait jamais été porté à la connaissance de l’élue qui n’en avait rien à cirer. Saloperie de peuple qui, lorsqu’il apprend qu’un truc marche sur la tête, décide d’agir sans passer par les petites cases des cerfas prévus à cet effet !

Cette affaire est finalement assez extraordinaire par ce qu’elle laisse entrevoir par-delà le rideau de fumée médiatique.

Elle montre assez clairement, comme je l’évoquais dans un précédent billet, que le respect de la propriété privée, pourtant pilier essentiel des droits de l’Homme, n’est plus qu’une blague à géométrie variable dans notre législation. Ainsi, que dire de ce précédent de 2013, similaire à celui de Maryvonne ?

Elle montre la complaisance des médias à atténuer l’outrage pourtant clair. Entre le droit de propriété totalement et visiblement bafoué, et le droit au logement étiré bien au-delà du raisonnable, ils ont choisi, sans surprise, d’oublier la primauté du premier et d’insister largement sur le second.

Elle montre l’impossibilité des politiciens à bien gérer les réseaux sociaux, et, de façon intéressante, suggère la vraie raison des efforts permanents de ces derniers pour les mettre sous écoute serrée.

Elle montre aussi leur incroyable impéritie lorsqu’ils excrètent des lois par douzaines pour plaire aux petits intérêts catégoriels mais qu’ils sont infoutus d’en mesurer la portée, et incapables d’en gérer les conséquences. La loi DALO, enfer législatif évident pavé de bons sentiments gluants de vivrensemble et de moraline sirupeuse, votée qui plus est sous un gouvernement dit de droite, amène à présent son cortège de profiteurs éhontés. Les propositions d’aménagement, pour passer le délai de flagrant délit d’occupation illégale de 48H à 96H, sont parfaitement grotesques. Le fond du problème subsiste. Personne ne bouge.

Elle montre enfin que même lorsque l’opinion s’empare de l’affaire, et même lorsque les abus sont manifestes, les administrations ne bronchent pas. Au motif d’une inscription dans le temps de la Loi, toujours très lent, l’État choisit d’attendre et de prendre son temps.

Décidément, aujourd’hui plus que jamais en France, dura lex, sed lex, surtout pour les sans-dents.
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