Batterie Tesla PowerWall, sachons raison garder

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La presse se fait l’écho d’une annonce de communication publicitaire faite en grande fanfare par le patron de la société Tesla. Mais qu’en est-il ?

Par Nick de Cusa

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La presse, dont Contrepoints et Philippe Silberzahn, se fait l’écho d’une annonce de communication publicitaire faite en grande fanfare par le patron de la société Tesla. De quoi s’agit-il ? D’utiliser les batteries aux ions de lithium, courantes dans les smartphones, tablettes et autres laptops, mais ici à plus grande dimension, pour stocker l’électricité à la maison. La marque de ce produit est PowerWall. Comme M. Musk déclare que ça change la donne dans le domaine de l’énergie, bien des médias reprennent cette info telle quelle. Qu’en est-il ?

Bien entendu, si un tel stockage pouvait amener une économie, les ménages en voudraient, et le marché en serait fondamentalement changé : on pourrait acheter l’électricité quand elle est la moins chère (hors pic) et la stocker, puis la consommer à partir de ce stockage quand celle du réseau est trop chère (pics de demande).

On imagine bien les changements majeurs que ceci entraînerait dans l’investissement en matière de centrales électriques. Concrètement, aujourd’hui, certaines centrales sont là pour satisfaire à la charge de base (baseload), principalement l’hydroélectrique, le charbon et le nucléaire, et certaines, à démarrage rapide, pour satisfaire les pics de demande, principalement les turbines à gaz, dont certaines en cycle combiné (qui donnent le meilleur rendement).

Notons que tout ceci est désormais diaboliquement compliqué par l’addition de pics d’offres non pilotables et non maîtrisés, introduits par les énergies renouvelables.

Cette idée d’écrêtage par stockage est tout sauf neuve, elle est même classique, et en ce sens ne présente en rien une « rupture ». Concrètement, le stockage par pompage a un rendement de 75% et se pratique en régions à dénivelé suffisant : hors pic, on utilise de l’électricité pour pomper de l’eau en hauteur vers les lacs de rétention des barrages. Lors des pics, on utilise cette eau pour produire de l’électricité.

Ce qui serait effectivement une nouvelle rupture serait de trouver une autre technologie de stockage qui soit économiquement faisable. Soyons très clairs : ce n’est aucunement le cas de la batterie Tesla, bien trop chère. Son coût représente en effet plusieurs années de consommation d’un ménage. Les annonces répétées sur cet objet manquent fort de clarté sur son coût, rapporté à son avantage. L’annonce du coût est de 3 500$. Ceci est à rapporter à une consommation moyenne des ménages de 1 322$. Combien de foyers achèteront un appareil à 3 500$ pour réduire modérément une facture annuelle de 1 322$ ?

Dès lors, en quoi y a-t-il là « rupture », s’il n’y a pas de demande pour cet objet ? Par ailleurs, n’oublions pas l’aspect de la déperdition des batteries au fur et à mesure des cycles de chargements et de déchargements.

Une objection qu’on me fera, j’en suis sûr, et qui revient systématiquement dans les commentaires de lecteurs, est que ce prix va baisser car il y aura du progrès. Sur ce point, je m’en réfère à l’observable : en ce qui concerne la capacité et le coût de la batterie d’un modèle de voiture lancé en 2010 et lancé en 2015 (puisque la batterie Tesla est dérivée de l’automobile), le progrès sur cinq ans est si mineur qu’il en est invisible.

On me rétorquera que de nouvelles technologies vont tout changer, comme les batteries métal-air ou les nanotechnologies. J’invite ici tout le monde à la plus grande prudence, car la chose au monde la mieux partagée, ces derniers temps, est la tendance à l’annonce tapageuse non suivie d’effets. En matière de batteries, ces annonces s’accumulent  sans cesse depuis 10 ans, et les progrès concrets sont ce que nous venons d’examiner scrupuleusement.

Avant donc de faire sien le sensationnalisme des annonces commerciales de la firme Tesla, il convient de se demander ce qui les étaye. J’aimerais attirer l’attention du lecteur sur deux éléments.

Le premier est que Tesla ne possède pas la science et la technologie des batteries. Ce que fait Tesla, avec un certain talent, est d’acheter de grandes quantités de petites cellules à ions de lithium, modèle utilisé dans les laptops, et de les accumuler en grand nombre pour des voitures électriques. Le succès dont on doit les féliciter est d’avoir maitrisé le risque d’incendie dans l’application automobile, ce qui n’est pas rien. Néanmoins, la science de la cellule aux ions de lithium n’est pas dans les compétences de Tesla.

Il en découle une chose très simple : s’il se produisait réellement une avancée « de rupture » dans le domaine du stockage de l’électricité par batterie, on peut être certain qu’elle ne viendrait pas de Tesla.

Rappelons que la recherche de la batterie qui change tout est une obsession quotidienne de tous les grands de l’électronique portable et de l’automobile. Le rapprochement de l’absence de progrès récent avec la taille gigantesque de l’enjeu technologique en dit long sur la facilité à obtenir toute « rupture ».

Enfin, ne perdons pas de vue que le modèle économique actuel d’Elon Musk est de collecter de l’argent de la poche de ses concurrents automobiles, sous forme de « permis d’émissions« . Oui, vous avez bien lu : Tesla perd des sous sur chaque voiture qu’il vend, et fait des profits en agissant fondamentalement comme un fermier général, collecteur de taxes auprès de ses concurrents.

Que savons-nous donc, au bout du compte, au sujet de cet effet d’annonce souvent repris sans critique ? Que c’est un objet trop cher pour trouver un marché, que la société qui le propose ne possède pas la science et la technologie qui lui permettraient d’apporter une « rupture » et enfin que cette même société a pour business model la collecte de taxes auprès de ses concurrents pour le pouvoir et les autorités.

Au vu de ces éléments, la plus grande prudence s’impose avant de reprendre pour argent comptant toute annonce tonitruante, et avant de désarmer son sens critique.


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