Hollande : le FN et les communistes, la comparaison qui irrite

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

Sur Canal+, François Hollande a comparé le FN au Parti Communiste des années 70, en précisant toutefois qu’il ne fallait pas les confondre.

Par le Parisien libéral

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre  Solfé Communications (Creative Commons)
François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

 

Invité dimanche de l’émission Le Supplément de Canal +, François Hollande a comparé le FN au Parti Communiste des années 70, en précisant bien toutefois qu’il ne fallait pas les confondre puisqu’ils n’ont pas les mêmes valeurs.

« Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970. En pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans risque. Sauf que le Parti communiste il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres… Il avait des valeurs. »

Cette saillie du président, qui a suscité de nombreuses réactions dans la presse et sur les réseaux sociaux, n’a pas été du goût de l’extrême-gauche. Pierre Laurent, le numéro un du PCF, a exigé ce matin des excuses publiques, et a tenu à rappeler que « le Parti communiste des années 70 comme des années 2000 continue le combat contre la finance », même si « nous avons changé beaucoup de choses. » Jean-Luc Mélenchon a également exprimé son indignation et a rappelé que c’est l’alliance PS-PCF à la fin des années 70 qui avait permis la victoire de François Mitterrand : « En insultant le parti communiste des années 70, François Hollande oublie que c’était alors le programme commun qui conduisit à la grande victoire de 1981. (…) Son propos est d’une totale bassesse et indigence, indigne d’un président élu aussi par les communistes. » Il est vrai que Mélenchon, du Front de Gauche, avait appelé à voter « contre Sarkozy » dans le cadre du second tour de la présidentielle de 2012, au lieu de s’abstenir, lui qui déteste pourtant François Hollande. Imagine t-on le scandale si Marine le Pen avait appelé à voter « contre Hollande » et si Sarkozy avait gagné ? N’y aurait-il pas eu un procès permanent en extrémisme ?

En faisant cette comparaison sur le plateau de Maïtena Biraben, François Hollande a certainement voulu donner le beau rôle au PS, en le présentant comme un parti en rupture avec les partis du passé, tout en précisant qu’il ne confondait pas extrême gauche et extrême droite, puisque l’une reste malgré tout son alliée électorale directe. On se souvient d’ailleurs que, durant la campagne présidentielle de 2012, Hollande avait rendu hommage aux « valeurs » et à la « culture » du communisme, en dépit des 100 millions de morts au cours du XXe siècle.

C’est bien ce qu’a cherché à expliquer ce matin Stéphane Le Foll sur BFMTV : « Il a bien fait la différence entre ce qu’était le tract des années 70 sur les nationalisations, sur la fermeture des frontières et contre l’Europe, et ce qui est la nature du Front national, qui va sur d’autres terrains et en particulier sur l’immigration. Je crois que le président de la République a été clair sur le sujet » a déclaré le porte-parole du gouvernement, en précisant par ailleurs qu’ « il n’y aura pas d’excuses publiques ».

Mais y a-t-il vraiment une différence de nature entre le FN et l’extrême-gauche comme le prétendent François Hollande ou Stéphane Le Foll ? Et pourquoi accepte-t-on que la gauche socialiste se permette une alliance avec l’extrême gauche ? On ne peut pourtant pas se placer sur le terrain des valeurs prétendument « humanistes ». En effet, Hollande nous dit que la différence entre le FN et l’extrême-gauche, c’est que le le Parti communiste ne demandait pas de chasser les étrangers. Or, c’est faux, et un militant conservateur, Gonzague de Chantérac, a bien fait de le rappeler au président Hollande.

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En effet, ce militant fait mention de l’affaire du bulldozer de Vitry, affaire dans laquelle une municipalité communiste, en 1980, luttait à coups de machines contre les Maliens. On était très loin des discours actuels mais parfaitement en ligne avec ce que le leader des communistes disait à l’époque :

1981PCF

En 1981, les communistes ne pratiquaient pas le double langage : ils pensaient ce qu’ils disaient et le mettaient en œuvre, notamment en ce qui concerne l’immigration qu’ils percevaient comme étant un danger pour la classe ouvrière française. Ils étaient, en ce sens, très loin de l’hypocrisie de ces maires de la gauche actuelle (Ayrault, Aubry, Hidalgo, etc.) qui adorent les Roms dans leurs discours mais les expulsent de Nantes, Lille ou Paris dès que cela est possible.

On comprend donc que le discours de l’extrême-gauche du début des années 80 et celui de l’extrême-droite de la même époque étaient similaires. Comment le président Hollande, un homme instruit, qui plus est contemporain de cette période, peut-il être amnésique à ce point ? Cette fausse affirmation, « le Parti communiste ne demandait pas de chasser les étrangers, il avait des valeurs », est une honte ! Le comportement du PCF du début des années 80, et de tous ceux qui pensent en général que l’immigration est un problème, est en revanche parfaitement cohérent avec l’idéologie malthusienne du socialisme (partage du travail denrée rare, colbertisme, etc.).

Le Président Hollande était en Suisse ce week-end. Faute de comprendre les ressorts de ce petit pays anti dirigisme dont la prospérité est fondée sur la liberté et le travail, il en parle comme étant un miracle. Mais n’a-t-il pas remarqué que chez nos voisins et amis helvètes le taux d’immigration est bien plus élevé que chez nous et que le taux de chômage est plus faible ? Dans une société libérale, aussi éloignée que possible des valeurs socialistes et communistes, les immigrés s’intègrent par le travail (qualifié ou non), y compris en l’absence de salaire minimum et en présence d’un code du travail aussi réduit que possible.

Le Président Hollande veut lutter contre les valeurs extrémistes ? Qu’il commence par dénoncer le communisme qui irrigue notre pays depuis 1944. Ses valeurs constituent bel et bien le socle du Front National de 2015. Et que le Président Hollande admette la vérité : le discours du FN en 2015 est quasi identique à celui du FDG en 2015. Le PS ne se grandit pas de cette alliance avec un parti extrémiste.


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