Ce que la charte du PS révèle

Avez-vous lu la « charte pour le progrès humain » adoptée par le bureau national du Parti socialiste en 2014 ? Faut-il en rire ou en pleurer ?

Par Patrick Coquart.

I read the news today oh boy credits Flood G. (CC BY-NC-ND 2.0)
I read the news today oh boy credits Flood G. (CC BY-NC-ND 2.0)

 

En 2014, vous ne vous en doutez probablement pas, mais les socialistes ont beaucoup travaillé. Ils ont pondu une « charte pour le progrès humain » adoptée par le bureau national du Parti socialiste (PS) le 18 novembre.

Cela vous avait-il échappé ? C’est dommage, car ce document est la « charte de l’identité socialiste ». Par conséquent, frondeurs comme réformateurs se reconnaissent dans ce texte. C’est leur plus grand dénominateur commun.

Certes, sa lecture n’est pas des plus agréables. Le style est ampoulé, déclamatif. Les rédacteurs assènent la « vérité socialiste » à tout bout de champ, sans rien définir ni démontrer. Ils sont persuadés, je pense, avoir réalisé un écrit de l’ordre de la déclaration des droits de l’homme.

La première impression à la lecture de ce document est que les socialistes n’ont rien appris, ni de la crise, ni de leurs années de gouvernement, ni de ce qui passe dans les pays voisins. Ce qui compte, c’est « la redistribution des richesses », « la conquête de nouveaux droits », « la commande publique », « la fiscalité écologique », « un nouvel interventionnisme de la puissance publique », l’élargissement de la protection sociale au logement et à la dépendance, « l’extension du temps libre », « le service public de l’audiovisuel », l’instauration au niveau mondial « de normes sanitaires, sociales et écologiques exigeantes dont les contrevenants, États ou entreprises, doivent être durement sanctionnés » et d’un « impôt mondial sur le capital et une taxation des transactions financières ». Pour l’Europe, ils réclament « un vaste programme d’investissements et de grands travaux », « des convergences sociales vers le haut » avec, notamment, « un salaire minimum européen », « l’harmonisation progressive de la fiscalité », « une taxation des transactions financières d’un haut niveau », etc.

L’important, pour les socialistes français, est de « toujours chercher à transformer le réel », même s’ils affirment agir « dans le cadre de l’économie de marché ». De temps en temps, ils tentent de montrer qu’ils ont compris ce qu’était cette économie de marché, en affirmant, par exemple, que « l’entreprise est un des lieux de création de richesses ». La charte affirme que les socialistes encouragent « les entreprises, TPE, PME, ETI, grands fleurons, pour qu’elles fassent la course en tête dans la compétition internationale ». Mais pour demander aussitôt, « en retour », aux entreprises « d’embaucher, d’investir, de former, de relocaliser des activités ». Et, bien entendu, c’est à « l’État stratège » de structurer « les politiques et les filières industrielles d’avenir » et soutenir « le développement d’activités nouvelles ». Chassez le naturel, il revient au galop.

Manifestement, le soleil frappe, et fort, rue de Solférino. Mais l’astre, aussi bizarre que cela puisse paraître, n’a pas chassé les vieilles lunes socialistes.

Pour les dirigeants du PS, le modèle reste celui qui était appliqué derrière le Rideau de fer. En effet, on peut lire, page 10 de la charte, que « depuis la chute du Mur de Berlin, la représentation de la société désirable, alternative à l’ordre existant (…) s’en trouve diluée, quand elle n’a pas disparu. Cette éclipse du but final provoque une crise de sens pour les citoyens et frappe à la source l’énergie militante. » En clair, les socialistes sont perdus, le but final, le socialisme réel, a disparu, le grand soir n’aura pas lieu. Ils ne savent plus à quel saint se vouer.

Je comprends mieux alors l’intérêt de cette charte : redonner espoir aux militants, leur montrer que, malgré la tempête, le cap est maintenu vers « l’égalité réelle ». Une égalité réelle qui pourra voir le jour grâce à « l’éco-socialisme ».

Alors, quand on me parle de virage libéral du gouvernement, de découverte de l’économie de l’offre, de lutte ardente contre les déficits, j’avoue avoir bien du mal à y croire.

Mais que l’on se rassure, en 2015, en vue de leur congrès, qui se tiendra à Poitiers début juin, les socialistes vont continuer à beaucoup travailler et nous proposer du concret.

Vous pouvez consulter, sur le site dédié, les 27 contributions générales enregistrées pour le congrès. À cela s’ajoute une pléthore de contributions thématiques – j’en ai dénombré 235 – dont les intitulés sont plus divertissants les uns que les autres. Quelques exemples :

  • « Le numérique : une économie solidaire au secours du marché » ;
  • « Agir pour le transport aérien français avant qu’il ne soit trop tard » ;
  • « Élitisme et lutte des classes dans la fonction publique » ;
  • « Le genre, un concept progressiste, féministe, socialiste » ;
  • « Pour la sauvegarde éthique de l’institution hippique » ;
  • « C’est en allant vers la mer que le Parti socialiste reste fidèle à sa source » ;
  • « Revigorer la citoyenneté passe par la régulation de la communication publicitaire » ;
  • « Non mais allo quoi ! Oser la lutte contre les dangers des médias sur les jeunes ».

Y a pas à dire, les socialistes aiment écrire.

Bien entendu, il est difficile de lire tous ces textes. Je me suis contenté de lire trois contributions :

  • celle de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti, intitulée « Unir pour faire vivre la République – Les chantiers de l’égalité » ;
  • celle présentée par les « frondeurs », signée par Aurélie Filippetti, Henri Emmanuelli, Benoît Hamon, Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann pour citer les plus connus, intitulée « Le choix de l’espoir » ;
  • enfin, « Inventer l’avenir » du pôle des réformateurs, signée notamment par Gérard Collomb, Édith Cresson ou Catherine Tasca.

À suivre.


Publié initialement sur 24h Gold