Ce que la charte du PS révèle

Avez-vous lu la « charte pour le progrès humain » adoptée par le bureau national du Parti socialiste en 2014 ? Faut-il en rire ou en pleurer ?

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Ce que la charte du PS révèle

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 avril 2015
- A +

Par Patrick Coquart.

I read the news today oh boy credits Flood G. (CC BY-NC-ND 2.0)
I read the news today oh boy credits Flood G. (CC BY-NC-ND 2.0)

 

En 2014, vous ne vous en doutez probablement pas, mais les socialistes ont beaucoup travaillé. Ils ont pondu une « charte pour le progrès humain » adoptée par le bureau national du Parti socialiste (PS) le 18 novembre.

Cela vous avait-il échappé ? C’est dommage, car ce document est la « charte de l’identité socialiste ». Par conséquent, frondeurs comme réformateurs se reconnaissent dans ce texte. C’est leur plus grand dénominateur commun.

Certes, sa lecture n’est pas des plus agréables. Le style est ampoulé, déclamatif. Les rédacteurs assènent la « vérité socialiste » à tout bout de champ, sans rien définir ni démontrer. Ils sont persuadés, je pense, avoir réalisé un écrit de l’ordre de la déclaration des droits de l’homme.

La première impression à la lecture de ce document est que les socialistes n’ont rien appris, ni de la crise, ni de leurs années de gouvernement, ni de ce qui passe dans les pays voisins. Ce qui compte, c’est « la redistribution des richesses », « la conquête de nouveaux droits », « la commande publique », « la fiscalité écologique », « un nouvel interventionnisme de la puissance publique », l’élargissement de la protection sociale au logement et à la dépendance, « l’extension du temps libre », « le service public de l’audiovisuel », l’instauration au niveau mondial « de normes sanitaires, sociales et écologiques exigeantes dont les contrevenants, États ou entreprises, doivent être durement sanctionnés » et d’un « impôt mondial sur le capital et une taxation des transactions financières ». Pour l’Europe, ils réclament « un vaste programme d’investissements et de grands travaux », « des convergences sociales vers le haut » avec, notamment, « un salaire minimum européen », « l’harmonisation progressive de la fiscalité », « une taxation des transactions financières d’un haut niveau », etc.

L’important, pour les socialistes français, est de « toujours chercher à transformer le réel », même s’ils affirment agir « dans le cadre de l’économie de marché ». De temps en temps, ils tentent de montrer qu’ils ont compris ce qu’était cette économie de marché, en affirmant, par exemple, que « l’entreprise est un des lieux de création de richesses ». La charte affirme que les socialistes encouragent « les entreprises, TPE, PME, ETI, grands fleurons, pour qu’elles fassent la course en tête dans la compétition internationale ». Mais pour demander aussitôt, « en retour », aux entreprises « d’embaucher, d’investir, de former, de relocaliser des activités ». Et, bien entendu, c’est à « l’État stratège » de structurer « les politiques et les filières industrielles d’avenir » et soutenir « le développement d’activités nouvelles ». Chassez le naturel, il revient au galop.

Manifestement, le soleil frappe, et fort, rue de Solférino. Mais l’astre, aussi bizarre que cela puisse paraître, n’a pas chassé les vieilles lunes socialistes.

Pour les dirigeants du PS, le modèle reste celui qui était appliqué derrière le Rideau de fer. En effet, on peut lire, page 10 de la charte, que « depuis la chute du Mur de Berlin, la représentation de la société désirable, alternative à l’ordre existant (…) s’en trouve diluée, quand elle n’a pas disparu. Cette éclipse du but final provoque une crise de sens pour les citoyens et frappe à la source l’énergie militante. » En clair, les socialistes sont perdus, le but final, le socialisme réel, a disparu, le grand soir n’aura pas lieu. Ils ne savent plus à quel saint se vouer.

Je comprends mieux alors l’intérêt de cette charte : redonner espoir aux militants, leur montrer que, malgré la tempête, le cap est maintenu vers « l’égalité réelle ». Une égalité réelle qui pourra voir le jour grâce à « l’éco-socialisme ».

Alors, quand on me parle de virage libéral du gouvernement, de découverte de l’économie de l’offre, de lutte ardente contre les déficits, j’avoue avoir bien du mal à y croire.

Mais que l’on se rassure, en 2015, en vue de leur congrès, qui se tiendra à Poitiers début juin, les socialistes vont continuer à beaucoup travailler et nous proposer du concret.

Vous pouvez consulter, sur le site dédié, les 27 contributions générales enregistrées pour le congrès. À cela s’ajoute une pléthore de contributions thématiques – j’en ai dénombré 235 – dont les intitulés sont plus divertissants les uns que les autres. Quelques exemples :

  • « Le numérique : une économie solidaire au secours du marché » ;
  • « Agir pour le transport aérien français avant qu’il ne soit trop tard » ;
  • « Élitisme et lutte des classes dans la fonction publique » ;
  • « Le genre, un concept progressiste, féministe, socialiste » ;
  • « Pour la sauvegarde éthique de l’institution hippique » ;
  • « C’est en allant vers la mer que le Parti socialiste reste fidèle à sa source » ;
  • « Revigorer la citoyenneté passe par la régulation de la communication publicitaire » ;
  • « Non mais allo quoi ! Oser la lutte contre les dangers des médias sur les jeunes ».

Y a pas à dire, les socialistes aiment écrire.

Bien entendu, il est difficile de lire tous ces textes. Je me suis contenté de lire trois contributions :

  • celle de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti, intitulée « Unir pour faire vivre la République – Les chantiers de l’égalité » ;
  • celle présentée par les « frondeurs », signée par Aurélie Filippetti, Henri Emmanuelli, Benoît Hamon, Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann pour citer les plus connus, intitulée « Le choix de l’espoir » ;
  • enfin, « Inventer l’avenir » du pôle des réformateurs, signée notamment par Gérard Collomb, Édith Cresson ou Catherine Tasca.

À suivre.


Publié initialement sur 24h Gold

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  • Edith Cresson ? Stupéfiant. Je croyais qu’elle avait disparu.

    Ca fait plaisir. Ca me rappelle des bons souvenirs. Quand elle fut un vague premier ministre à la voix de crécelle se faisant chahuter à l’Assemblée.

    Le coups des anglais gays et des japonais fourmis, aussi.

    Avec derrière le père Mitterrand qui rirait de son propre humour et de la bonne blague qu’il avait faite en la nommant.

    Désolé pour la rêverie.

    Retour en 2015.

    Alors quoi PS ? Charte ? Camba machin ? Et tous les autres clowns ?

    « Rien à cirer » !

  • Le plus grand succès des cadres du PS est d’avoir réussi à faire croire qu’ils étaient modérés, en fait ils sont depuis toujours sur une ligne résolument collectiviste et étatique.

  • Pas besoin d’aller fouiller bien loin : la loi Macron etait déjà le concentre anti libéral le plus toxique depuis les nationalisations de 1981…

    Retour sur les nombreux articles parus sur CP qui encensaient le virage libéral du gouvernement … soupirs…

    Le socialisme : un hold-up du libéralisme, depuis 1793

  • « En clair, les socialistes sont perdus, le but final, le socialisme réel, a disparu, le grand soir n’aura pas lieu. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. »

    Pas aussi sûr… ils ne parlent bien que d’ « éclipse du but final ».

    Les socialistes ne désespèrent donc pas du retour de la lumière communiste qui ne manquera pas de nous éclairer à nouveau, ou de nous aveugler un peu plus sur la solitude et pauvreté grandissantes de la France.

    Le ton mystique, quasi religieux, des propositions est édifiant.

  • Désespérants, autistes, rien à tirer de cette gauche d’opérette incompétente et bornée.
    Si, un constat tout de même, plus les élus sont de gauche, plus ils s’enrichissent. Chez eux le terme « répartition des richesses » a un sens.

  • J’ai fait un tour sur ce site. Effectivement c’est du lourd. Je n’ai pas été surpris de lire : « le plus urgent… mutualiser les dettes ».

  • On aimerait croire qu’il s’agit d’une caricature. Toutes ces formules creuses semblent tout droit sorties d’une réunion d’étudiants en sociologie. Et ces gens-là sont aux manettes…

  • l’égalité réelle …

    « étant donné que les hommes naissent différents, s’ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux (du point de vue matériel s’entend), ils ne seront pas libres »

    Sojetlitsine

    Ce que veut lesocialisme, et ce que les libéraux ne cessent de répeter, c’est l’abolition de la Liberté, cad l’esclavage ….

  • C’est l’œuvre du diable

  • La charte du PS n’a rien à envier à la Constitution Soviétique. Seule différence, elle remplace la « liquidation du système capitaliste » par l’écologisme le plus obtus, ce qui revient au même.

    http://fr.wikisource.org/wiki/Constitution_soviétique_1936

  • P’tain ils doivent fumer de la bonne !

    Moi aussi j’ai une motion : ‘Pour un monde de bisous, plein de bisous… et des sous aussi, et des calins. »

  • L’égalité de Bitur-Camembert montre que les prélèvements obligatoires détruisent en tendance toute la valeur pillée, ce qu’on peut croire sans peine si on tient compte des ressources investies pour s’en protéger ou pour recevoir une part de butin (tout cela est perte totale), de l’incurie, la gabegie, toutes choses qui n’existent que par l’impôt.

    Le socialisme est donc pure destruction.
    C’est la révolte contre la réalité et contre la raison – un absurdisme.
    C’est l’idolâtrie de la Contrainte, de la violence étatique, par laquelle il prétend changer la réalité.

    Ne vous épuisez donc pas à montrer la réalité au socialisme: Il imaginera immédiatement les Contraintes à exercer pour la changer…

    Comment le socialisme peut-il détruire autant et perdurer néanmoins ?
    En les faisant subir à d’autres, à ceux qui produisent: Il lui faut des esclaves, des sous-hommes.
    D’où ses discours de haine.

    Une haine bien réelle d’ailleurs, car les pillards sont dépendants des producteurs, qui contrairement à eux maîtrisent la réalité (parce qu’ils s’y soumettent pour la soumettre), donc la raison.
    La redistribution est en fait celle du butin, et non la correction d’une première distribution puisque les revenus ne sont pas distribués mais gagnés.
    La justice sociale est une absurdité, un anticoncept puisque les producteurs n’ont pas pillé mais produit, et qu’il n’y a donc aucune justice à rétablir – c’est la redistribution juste est indéfinissable, irrationnelle, et fera toujours l’objet de luttes entre socialistes.

    • Révolte contre la réalité, pas contre la raison et c’est bien là le problème : la raison ne détermine pas ce qui est réel, ce qui est moral ou ce qui est beau : elle ne peut déterminer que ce qui est juste.

      Les socialistes essayent de résoudre des problèmes réels, moraux, esthétiques avec la raison : confondent droit avec justice, science avec progrès, logique avec innovation …

  • Je vous trouve durs: les socialistes qui parlent d’économie de marché et d’entreprises, c’est déjà un grand pas en avant.

  • Affligeant programme et logiciel de pensée, ce serait rigolo si ce n’était vrai. Je reste toujours dans l’expectative quant à savoir si tous ces gens sont de vrais salauds ou de réels imbéciles ?
    Le dernier chapitre, démontre à quel point la politique, depuis Mitterrand, est devenu (que) communicationnelle, Seguela avait été le publicitaire à la formule choc : « la force tranquille », celles citées en exemple par l’auteur sont gratinées.

  • Le titre aurait pu être: ce que la charte du ps confirme !

  • Les commentaires sont fermés.

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