Le FN, un parti « comme les autres » pour une courte majorité de Français

Selon un sondage de BVA pour iTélé, le FN est toujours perçu comme un parti d’extrême-droite par une large majorité des Français.

Selon un sondage de BVA pour iTélé, le FN est toujours perçu comme un parti d’extrême-droite par une large majorité des Français. Marine Le Pen peine à poursuivre la banalisation de son parti.

Marine Le Pen à la tribune - Credits Rémi Noyon (CC BY 2.0)
Marine Le Pen – Credits Rémi Noyon (CC BY 2.0)

 

Le dernier sondage BVA pour Orange et iTélé soutient bien l’existence d’une tripolarisation de la vie politique française, telle qu’elle est apparue au cours des derniers scrutins (élections municipales, européennes et départementales).

Près d’un Français sur trois favorable à ce que le Front national dirige au moins une région en décembre 2015

Ainsi 31% des Français souhaiteraient que le Front national dirige au moins une région française à l’issue des élections régionales de décembre 2015 contre 68% qui ne le souhaitent pas (1% ne se sont pas prononcés). Si seuls 5% des sympathisants de la gauche souhaiteraient que le Front national dirige au moins une région en décembre 2015, ce taux est de 57% auprès des sympathisants de la droite dont 37% auprès des sympathisants de l’UMP et 99% auprès des sympathisants du Front national.

24% des Français pourraient voter pour Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle de 2017

Potentiel éléctoral du FN à la présidentiel 2017 - sondage BVA pour iTélé du 04.04.2015

Ce chiffre est bien supérieur aux 17,9% recueillis par Marine le Pen lors de l’élection présidentielle de 2012 mais il est intéressant de noter que cet indicateur de « potentiel électoral » est inférieur :

  • aux 31% de Français qui souhaiteraient que le FN dirige au moins une région à l’issue des élections régionales de décembre 2015,
  • aux 31% de Français qui se déclaraient susceptibles de voter pour un binôme d’extrême-droite aux élections départementales de 2015 (sondage BVA – iTélé, mars 2015),
  • aux 29% de Français qui déclaraient qu’ils pourraient voter pour une liste du Front national aux élections municipales de 2014 (sondage LH2-Groupe BVA pour L’Obs, février 2014).

Ce léger décalage entre le potentiel électoral du Front national aux élections locales et celui de Marine le Pen à une élection nationale montre l’évolution de la place du Front national dans le paysage politique. Jusqu’il y a peu, le Front national était un parti marquant principalement les élections présidentielles et qui pâtissait, sur le plan local, d’une implantation insatisfaisante ou d’un meilleur ancrage des partis de la gauche et de la droite traditionnelles. Aujourd’hui, le Front national semble bénéficier d’un plus fort potentiel de vote sur le plan local que sur le plan national, sur lequel les Français se montrent plus réservés.

Alors que la question de la porosité des électorats et des transferts d’électeurs de la gauche vers l’extrême-droite revient régulièrement dans l’analyse de la progression du Front national, la lecture des potentiels de vote par proximité partisane est assez instructive. Elle montre que c’est auprès des sympathisants de la droite que le Front national dispose de son réservoir de ralliements le plus important. En effet, le potentiel de vote pour Marine le Pen en 2017 n’est que de 3% auprès des sympathisants de la gauche, de 9% auprès de ceux du MoDem et de 14% chez ceux de l’UDI mais il est de 21% auprès des sympathisants de l’UMP et de 35% auprès des Français ayant voté pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2012 (contre 7% de ceux ayant voté pour François Hollande).

Le Front national toujours perçu comme un parti d’extrême-droite par une large majorité des Français

Lorsqu’on les interroge sur la position politique qu’ils attribuent au Front national, 74% des Français déclarent qu’ils considèrent plutôt le Front national comme un parti d’extrême-droite et 24% plutôt comme un parti de droite classique. Il est intéressant de comparer ces résultats avec ceux d’un sondage réalisé par LH2 (groupe BVA) pour L’Obs en octobre 2013. Ce sondage avait été réalisé alors que Marine Le Pen avait menacé de poursuivre quiconque qualifierait son parti d’extrême-droite et montrait que 64% des Français considéraient le FN comme un parti d’extrême-droite. En 18 mois, la part de Français considérant le FN comme un parti d’extrême-droite a donc progressé de 10 points. Notons que la considération du FN comme un parti d’extrême-droite ne concerne pas sa base de supporters : 79% des sympathisants du Front national considèrent le FN comme un parti de droite classique.

Le Front national, un parti « comme les autres » pour une courte majorité de Français
FN parti comme un autre - sondage BVA pour iTélé du 04.04.2015

Pour 53% des Français, le FN doit être considéré comme un parti comme les autres. Ce chiffre situe la « normalité du Front national » au même niveau que celle mesurée au lendemain des élections européennes (53%), contre 58% au soir du deuxième tour des élections municipales, 52% en mars 2011, deux mois après l’accession de Marine le Pen à la présidence du Front national, et 42% en septembre 2010.

Pour Erwan Lestrohan, directeur d’études chef BVA :

« Ces résultats montrent l’ampleur des chantiers qui attendent le FN pour les prochaines échéances électorales. Alors que la présidence de Marine Le Pen a pu améliorer la perception du FN comme un parti classique ou lui donner du crédit sur le plan local, ces réussites ne semblent pas avoir fait progresser très significativement les chances du Front national à une élection présidentielle. Son potentiel de vote à une élection nationale reste inférieur à celui exprimé pour les dernières élections locales et son parti reste très majoritairement considéré par les Français comme une formation d’extrême-droite. Alors que ces éléments soulignent la difficulté pour le FN de se positionner comme un recours crédible de deuxième tour et à mobiliser une base électorale dépassant ses soutiens traditionnels, les résultats de ce sondage montrent que c’est auprès des sympathisants de la droite, et notamment de l’UMP, que le FN dispose des plus fortes réserves de voix s’il veut étendre son socle électoral. »