Départementales : et si la gauche était gagnante à long terme ?

Qu’avait Manuel Valls derrière la tête en fumant le cigare ?

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Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

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Départementales : et si la gauche était gagnante à long terme ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 avril 2015
- A +

Par Olivier Feutry.

Manuel Valls credits Parti Socialiste (licence creative commons)
Manuel Valls credits Parti Socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Manuel Valls dégustant un cigare dans son bureau de l’Hôtel Matignon le soir des résultats du premier tour des élections départementales. Étrange pour une gauche divisée et à un plus bas niveau historique. Pas tant que ça lorsque l’on sait que ces élections et surtout leur nouveau mode de scrutin et le nouveau découpage des circonscriptions sont l’œuvre précisément de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur.

Deux objectifs primés pour l’exécutif dans cette refonte du scrutin départemental :

  1. Cesser la surreprésentation des cantons ruraux et à l’inverse dorénavant favoriser au-delà de la sincérité électorale les cantons urbains réputés plus favorables à la gauche ;
  2. Éliminer le plus possible de conseillers généraux divers droite ou divers gauche, bien implantés dans les zones rurales, véritables notables appréciés de la population, au profit d’apparatchiks des grandes formations politiques, notamment ceux du Parti Socialiste, formation dénuée d’idées et où le seul objectif des militants est dorénavant de se répartir les bonnes places aux frais du contribuable.

Pour arriver à ce résultat, une étude minutieuse de la carte électorale permet de dégager les deux moyens principaux mis en œuvre par l’État socialiste :

  1. Couper ces fameux élus divers droite et divers gauche de leur base électorale, de leurs soutiens au sein de la société civile, de leurs repères électoraux en créant de nouvelles circonscriptions plus grandes et parfois avec un centre géographique différent, tout en les noyant dans un binôme homme-femme ;
  2. Nationaliser au maximum la campagne. En faire un duel droite-gauche voire gauche-FN comme l’a d’ailleurs fait Manuel Valls.

Pour étayer ce raisonnement, rien de mieux que de se plonger dans le découpage du département du Calvados. À Caen, alors que la ville est passée à droite lors des dernières élections municipales, la gauche gagne trois circonscriptions et la droite seulement deux. Comment est-ce possible ? La versatilité politique se serait-elle emparée des Caennais ? Bien sûr que non.

La trouvaille des experts électoraux de la Place Beauvau à la solde du parti socialiste est la suivante : les deux circonscriptions de droite ont respectivement 26.520 inscrits et 18.859 inscrits quand les autres de gauche, acquises d’avance à celle-ci et donc peu mobilisatrices pour l’électorat de droite, en ont seulement 12.938, 13.942 et 16.688. À cela s’ajoute un découpage qui, sur la carte, n’a rien de linéaire. Quant aux cantons ruraux, ils ont fusionné à grands traits pour par exemple atteindre, dans la circonscription de Trévières, 20.473 inscrits et regrouper 60 communes alors que l’ancien canton de Trévières ne réunissait que 26 communes. Situation identique à Courseulles-sur-Mer où le nombre d’inscrits est de 23.308 et où le patron de l’UMP départementale l’emporte.

Au final, nombre de ces petits élus non encartés ont renoncé à se représenter, bien souvent perdus face à l’étendue de leur nouvelle circonscription et peu certains de pouvoir conquérir un électorat qui leur était en partie inconnu face aux grosses machines de propagande des grandes formations politiques. Et pour ceux qui avaient choisi d’aller au combat malgré ces inconvénients, nombreux sont ceux qui ont subi une défaite cuisante avec de surcroît un Front National en embuscade.

Enfin, un vieux rêve socialiste a été exaucé. L’affaire est dorénavant entendue. Ces petits élus, conseillers généraux, appréciés dans les campagnes au même titre que les maires, sont une espèce en voie de disparition. Ils représentaient pourtant une vraie expression de la démocratie locale qu’une fois de plus les grands partis auront mis à mal.

Non, ce nouveau scrutin départemental n’est pas une victoire du tripartisme mais bien d’un bipartisme tueur de diversité et donc de démocratie.

Quant à l’UMP, qu’elle se garde bien de crier victoire car celle du 29 mars 2015 est le prélude, si elle revient au pouvoir, à une défaite en 2021 bien supérieure à celle que le PS vient de connaître, sachant qu’en l’espèce le PS s’est livré à un charcutage électoral sans précédent sous la Vème république ; charcutage qui lui aura permis au demeurant de conserver une trentaine de départements alors que le rapport des forces face à la logique arithmétique du scrutin majoritaire aurait dû lui permettre de ne conserver qu’un maximum de vingt départements.

Certains diront : « si la droite revient au pouvoir, elle n’aura qu’à supprimer les départements ou redessiner les circonscriptions départementales et changer le mode de scrutin ».

Supprimer les départements : c’est oublier bien vite que l’UMP et accessoirement l’UDI vont avoir un nombre de conseillers départementaux dans des proportions jamais obtenues par la droite depuis la seconde guerre mondiale. Difficile dans ce cas de supprimer ces rentes d’élus.

Redessiner les circonscriptions ou changer le mode de scrutin : à ceux qui avant les régionales de 2008 avaient proposé à Nicolas Sarkozy de changer le mode de scrutin, celui-ci avait répondu en substance : « ce n’est pas la peine, la gauche a toujours eu la majorité des régions. »

La droite française est vraiment la plus bête du monde !


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  • Même situation en Lozère, où la droite local l’aurait emporté haut la main, en progressant même, sans le charcutage électoral qui permet à la gauche de remporter le département en étant très nettement minoritaire en nombre de voix (au second tour, le rapport est même quasiment de 1 à 2 : 11 000 voix pour la gauche, 20 000 pour la droite).

    • Assez honteux.

      One man = One vote. Etes vous pour la proportionnelle intégrale dans les assemblées départementales?

    • Idem pour la Bretagne dans son ensemble, la gauche était minoritaire en voix mais l’a quand même emporté…

  • très intéressante analyse, et probablement pertinente : merci !

  • D’un côté il me paraît logique que l’influence des cantons ruraux diminuent, la démocratie est aussi une affaire de démographie. Ce sont les zones urbaines qui gagnent les habitants alors que globalement les zones rurales en perdent ou stagnent.

    • la démocratie n’est pas QUE une affaire de démographie. On alors il faut être logique, et supprimer purement et simplement les découpage géographiques.
      Et dire que les zones urbaines se développe au détriment des zone rurale, c’est faux : c’est même l’exact inverse. Au point que les zones « rurales » n’existent même plus réellement : elles sont peuplées de « rurbains » qui n’y font que dormir, mais ont toutes leurs autres activité en ville.
      C’est d’ailleurs une des raisons de la disparition du petit notable local dont la force était de connaitre et d’être connu de tous. C’ets devenu impossible.

      • Le problème est encore plus aigu dans une fédération. Quand vous regardez bien, tous nos voisins européens sont des fédérations, même si cela n’apparaît pas dans le nom officiel du Pays (exemple, l’Espagne, l’Italie ..)

        Pour que cela tienne, il faut que tout le monde soit représenté (province, « communauté » nota: nom d’une province en Espagne) à égalité.
        C’est pourquoi dans une démocratie fédérale, l’une des Chambre représente les partis en ne tenant compte que de la démographie alors que l’autre, la Chambre Haute, représente chaque province, land, communauté, Etat pour un Etat fédéral) a égalité, quelque soit la population de chacun.

    • C’est une chose d’organiser un découpage cohérent des cantons, c’en est une autre de tordre leur réalité au motif sous jacent d’enjeux purement électoraux.

    • @sweepingwave
      en poussant la logique au bout on recentralise en ne laissant à la politique locale que les communautés de communes…ceci dit ce ne serait peut être pas plus mal.

  • Bonjour à tous,

    Merci pour l’analyse, qui parait assez pertinente, même si je doute que l’UMP aurait fait plus démocratique. Petit doute aussi sur « l’opportunisme » du binome homme-femme, qui correspond à une véritable croyance de la gauche (trop affirmer sans preuve dessert le propos). Il me semble que N. Sarkozy a affirmé à plusieurs reprise qu’il reviendrait sur ce découpage, jugé absurde et partial. Ma préférence irait à un scrutin de liste à un tour, à la proportionnelle intégrale, qui représenterait une véritable photographie de l’opinion dans les assemblées locales.

    Revenir à la proposition Balladur de cumul de la fonction de conseiller départemental-régional me paraîtrait sain, tout comme la suppression de tous les doublons entre ces deux niveaux de gouvernance locale, qui ont toutes deux leur légitimité (à quoi bon un préfet de région par exemple? quelle sont ses véritables attributions par rapport à un préfet de département? 2% de la population doit être au courant).

    Par ailleurs, cela permettrait à nos hommes politiques de forger des alliances locales pertinentes et de se surveiller les uns les autres dans la gestion des affaires. On trafique moins quand un allié a accès à toutes les données et qu’il risque de se retrouver dans l’opposition. Enfin, je n’aurais dans ce cas aucun problème à voir des alliances avec le Front National, bien que les idées de ce parti ne soit aucunement les miennes, si toutefois l’ump, ou surtout le centre, pouvait, lorsque le contexte locale le demande, s’allier aux PS, aux Verts, aux Communistes. Commencer à gérer nos villes en commun serait la première étape pour une vie politique apaisée, moins grandiloquente et manichéenne.

    • d’accord avec la proportionnel, il faut quand même instaurer un seuil d’éligibilité à 5 % (au sinon, c’est ingouvernable)

      • Si c’est ingouvernable c’est que les français l’ont voulut ainsi. Les seuils sont anti-démocratique tout comme la parité imposée.

  • les élus socialistes sont obligés de verser une partie de leurs salaires au ps. la défaite du ps a fait perdre pas mal de moyens au ps

  • les départements ne servent à rien (ce sont des pompes à fric qui servent à financer le clientélisme) par conséquence, il faut les supprimer tout comme il est urgent de fusionner les communes (pour en avoir environ 5000)

  • Analyse intéressante, et sans doute vraie (il est clair que Valls avait des objectifs politiques en redécoupant)… mais franchement… c’est marginal, non ?

    OK le PS a volé quelques départements. Ca change quoi dans le Grand Ordre des choses ?

    Ce qui est proprement hallucinant est le mode de scrutin avec la monstruosité du « binôme »…

    Personne n’a réagit… On voit le degré de veautitude, la dégénérescence mentale qui affecte une large partie de la population.

    Car enfin un homme et une femme, obligatoirement. Mais une fois que l’on ouvre cette porte, le genre, pourquoi s’arrêter là ?

    On fait donc une sélection non pas sur les qualités intrinsèques des candidats, mais sur leur sexe !

    C’est une insupportable « discrimination ».

    Il faudra ensuite des binôme avec des homosexuels, des noirs, des lesbiennes, des nains, des grands, des végétariens etc.

    Bref, ces élections relèvent du grand n’importe quoi. Et le plus grave est que plus c’est gros, plus ça passe.

    • le tirage au sort sur une liste de personne de nationalité française ayant un casier judiciaire vierge serait déjà clairement beaucoup plus représentatif.
      le quota de pédés y serait, sans qu’on soit même obligé de les montrer du doigt.
      et avec la certitude de ne pas être tiré au sort une deuxième fois (ce serait gagner deux fois de suite au loto), on pourrait même espérer une gestion « en bon père de famille », fini le renvoi d’ascenseur, le clientélisme… puisqu’il n’auraient aucune utilité pour garder sa place.

      • ou encore nommer un binôme composé d’un coqs ( emblème national … ) et d’un singe ( notre ancêtre à tous … ) , et cela à vie …. personne ne serait jaloux, à moins de se rabaisser au niveau de l’animal.

        et ça ferait des économies. personnellement, je me dirige trés bien tout seul ( j’ai même une boussole sur mon vélo )

  • l’article évoque sans doute le retour au bipartisme avec la droite FN et la gauche UMP une fois le marxisme disparu politiquement.
    L’amusant serait que la gauche UMP décide de s’appeler « les républicains ».
    Le FN pourrait répliquer logiquement en s’appelant « les démocrates »

  • le problème est que ces représentants départementaux sont des élus politiques.
    Créer des groupes politiques a bien été fait par des calculs mathématiques. Gérer un budget c’est également mathématique
    Maintenant le peuple sera t’il une variable d’ajustement ?
    Le paysage est plutôt à l’arrêt

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