Départementales : et si la gauche était gagnante à long terme ?

Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Qu’avait Manuel Valls derrière la tête en fumant le cigare ?

Par Olivier Feutry.

Manuel Valls credits Parti Socialiste (licence creative commons)
Manuel Valls credits Parti Socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Manuel Valls dégustant un cigare dans son bureau de l’Hôtel Matignon le soir des résultats du premier tour des élections départementales. Étrange pour une gauche divisée et à un plus bas niveau historique. Pas tant que ça lorsque l’on sait que ces élections et surtout leur nouveau mode de scrutin et le nouveau découpage des circonscriptions sont l’œuvre précisément de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur.

Deux objectifs primés pour l’exécutif dans cette refonte du scrutin départemental :

  1. Cesser la surreprésentation des cantons ruraux et à l’inverse dorénavant favoriser au-delà de la sincérité électorale les cantons urbains réputés plus favorables à la gauche ;
  2. Éliminer le plus possible de conseillers généraux divers droite ou divers gauche, bien implantés dans les zones rurales, véritables notables appréciés de la population, au profit d’apparatchiks des grandes formations politiques, notamment ceux du Parti Socialiste, formation dénuée d’idées et où le seul objectif des militants est dorénavant de se répartir les bonnes places aux frais du contribuable.

Pour arriver à ce résultat, une étude minutieuse de la carte électorale permet de dégager les deux moyens principaux mis en œuvre par l’État socialiste :

  1. Couper ces fameux élus divers droite et divers gauche de leur base électorale, de leurs soutiens au sein de la société civile, de leurs repères électoraux en créant de nouvelles circonscriptions plus grandes et parfois avec un centre géographique différent, tout en les noyant dans un binôme homme-femme ;
  2. Nationaliser au maximum la campagne. En faire un duel droite-gauche voire gauche-FN comme l’a d’ailleurs fait Manuel Valls.

Pour étayer ce raisonnement, rien de mieux que de se plonger dans le découpage du département du Calvados. À Caen, alors que la ville est passée à droite lors des dernières élections municipales, la gauche gagne trois circonscriptions et la droite seulement deux. Comment est-ce possible ? La versatilité politique se serait-elle emparée des Caennais ? Bien sûr que non.

La trouvaille des experts électoraux de la Place Beauvau à la solde du parti socialiste est la suivante : les deux circonscriptions de droite ont respectivement 26.520 inscrits et 18.859 inscrits quand les autres de gauche, acquises d’avance à celle-ci et donc peu mobilisatrices pour l’électorat de droite, en ont seulement 12.938, 13.942 et 16.688. À cela s’ajoute un découpage qui, sur la carte, n’a rien de linéaire. Quant aux cantons ruraux, ils ont fusionné à grands traits pour par exemple atteindre, dans la circonscription de Trévières, 20.473 inscrits et regrouper 60 communes alors que l’ancien canton de Trévières ne réunissait que 26 communes. Situation identique à Courseulles-sur-Mer où le nombre d’inscrits est de 23.308 et où le patron de l’UMP départementale l’emporte.

Au final, nombre de ces petits élus non encartés ont renoncé à se représenter, bien souvent perdus face à l’étendue de leur nouvelle circonscription et peu certains de pouvoir conquérir un électorat qui leur était en partie inconnu face aux grosses machines de propagande des grandes formations politiques. Et pour ceux qui avaient choisi d’aller au combat malgré ces inconvénients, nombreux sont ceux qui ont subi une défaite cuisante avec de surcroît un Front National en embuscade.

Enfin, un vieux rêve socialiste a été exaucé. L’affaire est dorénavant entendue. Ces petits élus, conseillers généraux, appréciés dans les campagnes au même titre que les maires, sont une espèce en voie de disparition. Ils représentaient pourtant une vraie expression de la démocratie locale qu’une fois de plus les grands partis auront mis à mal.

Non, ce nouveau scrutin départemental n’est pas une victoire du tripartisme mais bien d’un bipartisme tueur de diversité et donc de démocratie.

Quant à l’UMP, qu’elle se garde bien de crier victoire car celle du 29 mars 2015 est le prélude, si elle revient au pouvoir, à une défaite en 2021 bien supérieure à celle que le PS vient de connaître, sachant qu’en l’espèce le PS s’est livré à un charcutage électoral sans précédent sous la Vème république ; charcutage qui lui aura permis au demeurant de conserver une trentaine de départements alors que le rapport des forces face à la logique arithmétique du scrutin majoritaire aurait dû lui permettre de ne conserver qu’un maximum de vingt départements.

Certains diront : « si la droite revient au pouvoir, elle n’aura qu’à supprimer les départements ou redessiner les circonscriptions départementales et changer le mode de scrutin ».

Supprimer les départements : c’est oublier bien vite que l’UMP et accessoirement l’UDI vont avoir un nombre de conseillers départementaux dans des proportions jamais obtenues par la droite depuis la seconde guerre mondiale. Difficile dans ce cas de supprimer ces rentes d’élus.

Redessiner les circonscriptions ou changer le mode de scrutin : à ceux qui avant les régionales de 2008 avaient proposé à Nicolas Sarkozy de changer le mode de scrutin, celui-ci avait répondu en substance : « ce n’est pas la peine, la gauche a toujours eu la majorité des régions. »

La droite française est vraiment la plus bête du monde !


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